Nice-Matin (Cannes)

1965 : 8 000 fans au palais des expos

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« Quand on sort dans la rue, les gens ne nous reconnaiss­ent pas. On nous prend pour des faux Beatles ! » Le rire de George Harrison roule sur la terrasse du Negresco. Vêtu, comme ses acolytes, d’un « costume digne d’un gentleman de Soho », le guitariste donne le tempo d’une conférence de presse un brin décalée. Il est précisémen­t 17 heures, ce 29 juin 1965. Les Quatre de Liverpool ont atterri en début d’aprèsmidi à l’aéroport de Nice. Sur le tarmac, pas de foule en délire. Juste une cinquantai­ne d’adolescent­s qui piaffent d’impatience et « font du bruit comme cinq cents », note avec humour le journalist­e Claude Mercadié pour Nice-matin. Rien à voir avec les images de marée humaine qui trusteront les « unes » de l’autre côté de l’atlantique, quelques semaines plus tard.

Les Fab Four embarquent dans une limousine qui les conduit sur la promenade des Anglais. Au pied de l’hôtel, une centaine de fidèles les acclament avec ferveur.

Trois heures d’attente

Les choses sérieuses, cependant, sont prévues pour le lendemain soir. Les Beatles sont attendus au palais des exposition­s. Huit mille fans ont déboursé entre 10 et 40 francs pour applaudir les stars britanniqu­es. Près de trois cents policiers et pompiers, mobilisés sur l’événement, redoutent une Hard Day’s Night… De fait, la soirée commence plutôt mal. Le Nouveau Casino avait promis « un programme de variétés de premier ordre ». À 21 heures, ceux qui attendent les scarabées voient débouler sur scène… des trapéziste­s ! Les malheureux sont hués. André Lucchesi, dans Nice-matin, évoque ce bide avec un sourire au coin de la plume : « La première partie, bien qu’elle comportât d’excellente­s attraction­s de music-hall, parut être difficilem­ent absorbée par une assistance qui s’était déplacée avant tout pour goûter aux délices de la Beatle-manie [sic]. »

Un son épouvantab­le

Le public est en ébullition – au propre comme au figuré. « Il a fait très chaud, confirme dans nos colonnes André Lucchesi. On se prenait à souhaiter que les quatre garçons dans le vent, clou de ce spectacle, puissent effectivem­ent faire souffler de la scène un petit courant d’air frais. »

Le concert commence après trois heures interminab­les. En costumes noirs stricts, chemises bleues à larges cols et bottines de daim, les scarabées saluent. Les premières notes de Twist and Shout soulèvent une clameur immense.

Le son, pourtant, est épouvantab­le. Pour couvrir les hurlements des fans, le groupe ne dispose que d’amplis rudimentai­res et de haut-parleurs asthmatiqu­es. Sous les voûtes bétonnées du palais des exposition­s, la réverbérat­ion est pénible. Mais il en faudrait davantage pour décourager les jeunes Azuréens. Pendant les 25 minutes (!) que dure le set, la ferveur ne retombe pas. Elle aurait été plus intense encore si les fans avaient su qu’ils n’auraient plus l’occasion de revoir leurs idoles ensemble sur scène.

Quatorze mois plus tard, le 29 août 1966, les Beatles donnaient leur dernier concert public à San Francisco. Ils se sont séparés définitive­ment le 10 avril 1970.

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