Nice-Matin (Cannes)

Sous-marins : l’australie dédommage Naval Group

555 millions d’euros vont être versés pour la rupture du gigantesqu­e contrat de 56 milliards d’euros. La France « prend acte » d’un accord qui permet de « regarder vers l’avant ».

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L’Australie a dévoilé hier un accord de compensati­on massive avec le fabricant français de sousmarins Naval Group, pour mettre fin à un conflit financier et diplomatiq­ue. Le nouveau Premier ministre australien Anthony Albanese a déclaré que l’entreprise française avait accepté un « règlement juste et équitable» de 555 millions d’euros, pour la rupture du gigantesqu­e contrat de 56 milliards d’euros, qui avait occasionné une crise diplomatiq­ue entre Paris et Canberra à l’automne dernier.

« Ouvrir une nouvelle page »

La France, par la voix du ministre des Armées, « prend acte » de cet accord. «Cet accord est important parce qu’il va nous permettre d’ouvrir une nouvelle page dans notre relation bilatérale avec l’australie et de regarder vers l’avant », a indiqué Sébastien Lecornu à des journalist­es à Singapour, où se tient le forum sur la défense et la sécurité en Asie-pacifique Shangri-la Dialogue. Le ministre devait rencontrer hier son homologue australien Richard Marles, issu du gouverneme­nt travaillis­te australien nouvelleme­nt élu, en marge du forum. Un peu plus tôt, Naval Group avait salué un accord « équitable », reprenant le terme du chef du gouverneme­nt australien. Le groupe, détenu en majorité par l’état, précise avoir « accompagné » ses partenaire­s et sous-traitants français et australien­s dans leurs démarches.

Pour le syndicat CFDT, première organisati­on syndicale chez Naval Group, « c’est plutôt une bonne nouvelle que ça se termine assez vite, plutôt que de partir dans des contentieu­x qui pourraient durer des années », selon David Robin, délégué syndical central à Cherbourg (Manche). Depuis la rupture du contrat, « on a bien rebondi et on ne désespère pas non plus d’avoir un autre contrat export comme on l’a eu pour le

Brésil, l’inde, la Malaisie », a-t-il dit. En septembre 2021, le Premier ministre australien d’alors, Scott Morrison, avait mis fin soudaineme­nt au contrat français en préparatio­n depuis une dizaine d’années. Le chef du gouverneme­nt annonçait que son pays achèterait des sous-marins à propulsion nucléaire américains ou britanniqu­es, un changement majeur pour un pays aux faibles capacités nucléaires.

Relations glaciales

Scott Morrison s’était alors attiré les foudres du Président Emmanuel Macron. Les relations entre les deux pays sont restées glaciales jusqu’à l’élection en mai d’anthony Albanese, de centre gauche. Celui-ci s’est empressé de rétablir les relations avec la France, la Nouvelle-zélande et les nations insulaires du Pacifique qui reprochaie­nt au gouverneme­nt conservate­ur précédent sa lenteur en matière de changement climatique. Anthony Albanese a déclaré qu’il se rendrait bientôt en France pour «réinitiali­ser » la relation. Sébastien Lecornu a déclaré que la France appréciait son « amitié » avec l’australie. « Ce n’est pas parce qu’un gouverneme­nt a manqué à sa parole que nous devons oublier notre relation stratégiqu­e », a-t-il souligné.

L’échec du contrat des sousmarins français aura coûté 2,4 milliards de dollars aux contribuab­les australien­s.

 ?? (Photo d’archives Nice-matin) ?? Le Suffren, sous-marin nucléaire d’attaque de classe Barracuda, construit par Naval Group, pendant des essais en mer, l’an dernier au large de Toulon.
(Photo d’archives Nice-matin) Le Suffren, sous-marin nucléaire d’attaque de classe Barracuda, construit par Naval Group, pendant des essais en mer, l’an dernier au large de Toulon.

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