L’ef­fet clo­chette

Des di­zaines de mil­lions de pe­tites clo­chettes ont en­va­hi le mar­ché d’in­té­rêt na­tio­nal cette se­maine, en amont du 1er mai. Hier, au pe­tit ma­tin, les der­nières grosses ventes s’opé­raient

Nice-Matin (Menton) - - Menton - Dos­sier : AU­DREY MINELLI Pho­tos : Cy­ril Do­der­gny

Des mil­lions de brins de mu­guet ar­ri­vés de Loire-At­lan­tique ou is­sus de la pro­duc­tion lo­cale ont en­va­hi le MIN à Nice à l’ap­proche du er mai.

L’odeur du mu­guet en­va­hit le mar­ché d’in­té­rêt na­tio­nal (MIN) d’Azur de Nice. À deux jours du tra­di­tion­nel et in­con­tour­nable 1er mai, hier, les fleu­ristes étaient dans les star­ting-blocks pour rem­plir leurs bou­tiques de jo­lies clo­chettes blanches. À coup de caisses, car­tons et cha­riots, le MIN se vide de sa fleur star d’un jour. « Nous sommes là de­puis 3 heures, les pre­miers clients sont ar­ri­vés vers 4 h 30, as­sure l’un des rares pro­duc­teurs lo­caux de mu­guet, Fa­brice Al­lard. On dis­tri­bue dix jours avant. Au­jourd’hui, on porte tout ce qui reste, mais on est là jus­qu’à di­manche ma­tin pour dé­pan­ner. » Cou­pé, en pot ou en com­po­si­tion (1), ce porte-bon­heur, sor­ti de terre, vole la ve­dette aux pi­voines, ger­be­ras et autres roses, qui font rayon­ner le MIN chaque jour.

De Nantes à Nice

« C’est une très grosse se­maine, la ma­jo­ri­té des fleu­ristes vient s’ap­pro­vi­sion­ner, car di­manche ils ven­dront 95 % de mu­guet et 5 % d’autres fleurs », pré­cise le di­rec­teur ad­joint du MIN, Paul Bous­ca­tel. Un pe­tit or blanc qui re­pré­sen­te­rait « entre 5 et 10 % du chiffre d’af­faires an­nuel des gros­sistes du MIN d’Azur ». Au nombre de vingt-deux, ils sont le lien di­rect avec les pro­duc­teurs, es­sen­tiel­le­ment ins­tal­lés en Loire-At­lan­tique (44). Sur le MIN, de­puis 49 ans, Claude Lan­ce­lin (voir ci­contre), d’AZ Fleurs, a ses ha­bi­tudes à Nantes au­près de cinq pro­duc­teurs. « Chaque an­née, je monte cinq jours sur place. Lorsque j’ar­rive, la pre­mière chose que je fais c’est le tour de mes pro­duc­teurs pour voir dans quel état est le mu­guet, ra­conte ce pas­sion­né. Cette an­née, il est en re­tard. J’ai fait la ra­masse chez deux pro­duc­teurs qui pou­vaient me four­nir ra­pi­de­ment. » De­puis douze ans, il loue un se­mi-re­morque fri­go­ri­fique pour que le mu­guet nan­tais re­joigne la Côte d’Azur. Entre 250 000 et 300 000 tiges sont ar­ri­vées lun­di dans des car­tons, bien ran­gées dans des al­véoles in­di­vi­duelles rem­plies d’eau. De quoi faire le bon­heur des fleu­ristes et de leurs clients, qui viennent pio­cher dans les mil­lions de brins de mu­guet ven­dus seul, en pot ou en com­po­si­tion. « Lo­gi­que­ment tout est li­qui­dé au­jourd’hui », in­ter­vient la pré­si­dente du MIN et ad­jointe à l’Agri­cul­ture du maire de Nice, Ni­cole Mer­li­no-Man­zi­no, des­cen­dante d’une vieille fa­mille d’hor­ti­cul­teurs de la col­line de Pes­si­cart. Après la fête des mères, qui reste la plus grosse fête des fleu­ristes de l’an­née, Noël et la Saint-Va­len­tin, le 1er mai est une jour­née es­sen­tielle pour la pro­fes­sion.

« Pré­cieux »

« C’est très agréable, c’est une fête d’un jour qui a ses tra­di­tions, ap­pré­cie Fa­brice Al­lard. Di­manche soir, les ma­ga­sins se­ront vi­dés. » « C’est une pé­riode par­ti­cu­lière, très éphé­mère et agréable », té­moigne à son tour Mi­chèle Pei­si­no, pro­duc­trice de fleurs à Saint-Laurent-du-Var. Les quelques ma­gni­fiques brins de mu­guet qu’elle vend au­jourd’hui ont pous­sé à Saint-Jean-la-Ri­vière, « chez une amie. Ce­lui que j’ai dans mon jar­din, je me le garde, sou­rit cette pen­sion­naire du MIN de­puis qua­rante ans. Le mu­guet, c’est ma­gni­fique car on n’a pas le temps de s’en fa­ti­guer. Ce n’est pas une fleur com­mune. C’est dé­li­cat. » « Et pré­cieux », com­plète Ni­cole Mer­li­no-Man­zi­no. Une pré­cio­si­té qui re­jaillit même sur ceux, rares, qui ne vendent pas de mu­guet à l’ap­proche du 1er mai. « Il y a une forte de­mande de ger­mi­nis et de roses courtes pour ac­com­pa­gner les com­po­si­tions, le mu­guet gé­nère d’autres ventes, confie, sur place, le pré­sident de la chambre d’agri­cul­ture des Alpes-Ma­ri­times, Mi­chel Des­sus. Cette se­maine, c’est une am­biance par­ti­cu­lière.» Une ma­gie éphé­mère, source de bu­si­ness, qui re­tom­be­ra dès de­main soir. Juste le temps d’of­frir quelques brins de mu­guet au­tour de soi en guise de porte-bon­heur.

1. Quatre ca­té­go­ries de mu­guet sont ré­per­to­riées se­lon l’ad­jointe à l’Agri­cul­ture de Nice et pré­si­dente du MIN, Ni­cole Mer­li­no-Man­zi­no : 2e choix, 1er choix, l’ex­tra ou le su­per.

La jour­née d’hier est l’une des plus grosses jour­nées de vente de mu­guet aux fleu­ristes au MIN.

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