Ça va mieux ou moins mal ?

Nice-Matin (Menton) - - Menton - par De­nis Jeam­bar

C’est la vieille his­toire du verre à moi­tié vide ou à moi­tié plein. En cette fin de se­maine, pour la pre­mière fois de­puis son ins­tal­la­tion à l’Ély­sée, Fran­çois Hol­lande, consi­dère na­tu­rel­le­ment que le verre de son quin­quen­nat est à moi­tié plein et que le slo­gan de re­con­quête qu’il a lan­cé le  avril der­nier à la té­lé­vi­sion, ce «ça­va mieux» re­pris de­puis par ses fi­dèles, est à pré­sent jus­ti­fié. Il est vrai que le chef de l’État vient de connaître cinq jours de rêve : un contrat de sous-ma­rins à  mil­liards d’eu­ros,   chô­meurs en moins en mars, une crois­sance à , % su­pé­rieure à celle es­pé­rée pour le pre­mier tri­mestre,  mil­liards en­fin de nou­veaux contrats pour Air­bus. Il est lé­gi­time que le pou­voir se ré­jouisse et veuille ti­rer pro­fit de ces in­con­tes­tables bonnes nou­velles. Suf­fi­ront-elles à l’ar­ra­cher de l’or­nière dans la­quelle il est em­bour­bé ? Il lui fau­dra, de fait, bien d’autres ré­sul­tats sur tous les fronts de l’éco­no­mie pour s’en sor­tir. Seuls des suc­cès conti­nus peuvent convaincre les Fran­çais et, sur­tout, au-de­là des ef­fets d’an­nonce et des chiffres, en­core fau­dra-t-il que le re­dres­se­ment soit res­sen­ti au quo­ti­dien. Pour l’heure, dans l’opi­nion, le verre reste à moi­tié vide, voire com­plè­te­ment vide. Le re­bond du pays de­meure sta­tis­tique. Et, d’ailleurs, il est re­la­tif. On ai­me­rait pou­voir ap­pli­quer à la France cette jo­lie for­mule de Tal­ley­rand : « Quand je m’ob­serve, je me dé­sole, quand je me com­pare, je me console ». Im­pos­sible car, mal­gré nos bul­le­tins de vic­toire de cette se­maine, nous de­meu­rons un mé­diocre élève eu­ro­péen. Nos , % de crois­sance sur les trois pre­miers mois de l’an­née sont in­fé­rieurs à la moyenne eu­ro­péenne sur la même pé­riode : , %. Et pour tout dire, ce sur­saut lié à un re­dé­mar­rage de la con­som­ma­tion doit plus à une in­fla­tion nulle et à une baisse du prix du pé­trole qu’à nos ré­formes. Sur le front du chô­mage, soyons aus­si mo­destes. Les deux puis­sances eu­ro­péennes com­pa­rables à la nôtre, le Royaume-Uni et l’Al­le­magne, af­fichent des chiffres in­so­lents :  % pour Londres, , % pour Ber­lin. Pa­ris : , %, le double ! Comme tou­jours, faute de s’être mo­der­ni­sé en pro­fon­deur, notre pays est à la traîne. Ses amor­tis­seurs so­ciaux le font tou­jours en­trer plus len­te­ment dans les pé­riodes de crise mais il en sort tou­jours moins vite que les autres. En outre, une ques­tion est ou­verte : le monde est-il en train de s’ar­ra­cher à la crise ? Ce n’est pas sûr. L’Eu­rope connaît une pe­tite re­prise mais les pays émer­gents plongent. Les États-Unis certes sont re­par­tis de l’avant mais la crois­sance du pre­mier tri­mestre  y est la plus faible de­puis . Au­tant d’in­cer­ti­tudes qui éclairent les pré­vi­sions pes­si­mistes du Fonds monétaire in­ter­na­tio­nal. Nul ne peut le sou­hai­ter mais le risque de re­chute est tou­jours pré­sent. Il est donc plus pru­dent de dire au­jourd’hui que notre pays va moins mal. Pour le mieux, croi­sons les doigts.

« Ce sur­saut de la con­som­ma­tion doit plus à une in­fla­tion nulle et à une baisse du prix du pé­trole qu’à nos ré­formes. »

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