Le faus­saire « Pre­fec­tor » avait pi­gnon sur Web

Ce « pro­fes­sion­nel » des faux pa­piers van­tait ses mé­rites sur In­ter­net, dans une vi­déo ! L’in­ter­pel­la­tion, à Grasse, d’un clan­des­tin por­teur d’un faux do­cu­ment a pré­ci­pi­té sa chute

Nice-Matin (Menton) - - Côte D’azur - GRÉ­GO­RY LE­CLERC gle­clerc@ni­ce­ma­tin.fr

Il s’était choi­si un nom as­sez im­pro­bable. Ce­lui d’une sorte de su­per hé­ros du faux pa­pier : « Pre­fec­tor ». Comble de l’iro­nie, le faus­saire est tom­bé à cause d’un sans-pa­pier contrô­lé en... pré­fec­ture de Grasse avec les faux do­cu­ments qu’il lui avait fa­bri­qués. « Pre­fec­tor », alias Na­bil M., Al­gé­rien de 35 ans, a été in­ter­pel­lé il y a quelques jours dans l’ap­par­te­ment qui lui ser­vait de la­bo­ra­toire clan­des­tin, à Villiers-le-Bel (Val d’Oise). Il a été mis en exa­men pour « fa­bri­ca­tion de faux do­cu­ments ad­mi­nis­tra­tifs de fa­çon ha­bi­tuelle » et « faux en écri­tures pri­vées » et écroué. Son car­net d’adresses comp­te­rait un millier de clients dans toute la France. Plus de 4 000 do­cu­ments ont été sai­sis chez lui. Un dos­sier hors normes du fait de la mé­thode uti­li­sée.

Des pa­piers sus­pects à Grasse

L’af­faire a dé­mar­ré à Grasse en 2014. La sous-pré­fec­ture se voit alors pré­sen­ter des do­cu­ments d’iden­ti­té plu­tôt sus­pects. « Un homme ten­tait de s’en ser­vir pour se faire dé­li­vrer un pas­se­port », nous a ex­pli­qué hier le pro­cu­reur de Grasse, Georges Gu­tier­rez. Le par­quet est sai­si et un juge d’ins­truc­tion nom­mé. C’est fi­na­le­ment l’Of­fice cen­tral pour la ré­pres­sion de l’im­mi­gra­tion ir­ré­gu­lière et de l’em­ploi d’étran­gers sans titre (Ocriest) qui se lan­ce­ra dans sa traque. Les en­quê­teurs vont, dès lors, al­ler de sur­prise en sur­prise. Par­tant des faux pa­piers, ils re­montent la fi­lière et dé­couvrent que leur au­teur a pi­gnon sur rue. En­fin plus pré­ci­sé­ment pi­gnon sur Web. « Pre­fec­tor » a en ef­fet pos­té une vi­déo de cinq mi­nutes to­ta­le­ment hal­lu­ci­nante (à voir sur ni­ce­ma­tin.com). Le faus­saire y vante les mé­rites de ses faux do­cu­ments. Et « Pre­fec­tor » a de la res­source : cartes d’iden­ti­té, pas­se­ports, per­mis de conduire, carte Vi­tale, fac­ture EDF, bul­le­tin de paie, etc. Dans son film pro­mo­tion­nel, il se targue d’être ca­pable de re­pro­duire tous les élé­ments de sé­cu­ri­té d’une carte d’iden­ti­té, tout ce­ci ser­vi par une plas­ti­fi­ca­tion haut de gamme évi­dem­ment. Il donne même un con­tact « pre­fec­tor@hot­mail.fr ».

De  à  eu­ros

Se­lon l’Ocriest, « Pre­fec­tor » était hy­per or­ga­ni­sé. Il avait éta­bli sa propre ta­ri­fi­ca­tion. En bon com­mer­cial, il pro­po­sait des pa­ckages au cha­land en quête de faux pa­piers. « Il était en me­sure de fa­bri­quer n’im­porte quel type de do­cu­ment, des fausses fac­tures, de faux di­plômes, ils étaient ven­dus à par­tir de 50 eu­ros, et jus­qu’à 700 eu­ros pour un kit com­plet », ex­plique le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Grasse, Georges Gu­tier­rez. Dans ce « kit », le client re­ce­vait une quit­tance de loyer, trois fiches de paie et une pièce d’iden­ti­té. Rien de plus fa­cile, en­suite, d’al­ler qué­man­der des al­lo­ca­tions, voire un cré­dit ban­caire. Pour re­mon­ter jus­qu’à « Pre­fec­tor », qui mal­gré une fa­çade très vi­sible sur le Net, tra­vaillait via le « Dark Web » (lire ci-des­sous), les li­miers de l’Ocriest ont dû en­quê­ter aux États-Unis. Après avoir iden­ti­fié d’autres ache­teurs, ils abou­ti­ront en ef­fet à un ser­veur in­for­ma­tique hé­ber­gé outre At­lan­tique. L’Ocriest dé­gai­ne­ra une de­mande d’en­traide in­ter­na­tio­nale pour coin­cer le faus­saire. Et dé­cou­vrir fi­na­le­ment que « Pre­fec­tor » se plan­quait non loin d’eux, dans l’Oise. Un ap­par­te­ment évi­dem­ment loué avec des faux pa­piers. L’homme n’avait pas de comptes ban­caires en France. In­ter­pel­lé, « Pre­fec­tor » se­ra beau joueur. Il a re­con­nu les faits, ad­met­tant s’être lan­cé dans un bu­si­ness qu’il ne sa­vait re­fré­ner, et in­di­quant aux en­quê­teurs avoir ap­pris le mé­tier de faus­saire sur In­ter­net. Ne lui reste plus qu’à trou­ver un nou­veau nom de hé­ros en pri­son. « Su­per tau­lard » ?

(Pho­to illus­tra­tion MaxPPP)

« Pre­fec­tor » au­rait éta­bli des mil­liers de faux pa­piers.

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