Voile: « Les mu­sul­manes vic­times d’une es­cro­que­rie »

Mo­ha­med Si­faoui, jour­na­liste fran­co-al­gé­rien, pour­fen­deur contro­ver­sé de l’is­la­misme, par­ti­ci­pait, hier, au centre uni­ver­si­taire mé­di­ter­ra­néen, à un col­loque sur la laï­ci­té

Nice-Matin (Nice Littoral et Vallées) - - Nice Région - LAURE BRUYAS lbruyas@ni­ce­ma­tin.fr

L’is­lam est-il com­pa­tible avec la laï­ci­té ?

L’is­lam, cette pra­tique per­son­nelle qui se vit dans la sphère pri­vée ou qui se per­pé­tue à tra­vers des élé­ments cultu­rels, est to­ta­le­ment com­pa­tible. Si tant est que les in­di­vi­dus le veuillent : ce n’est pas le texte en tant que tel mais l’ap­pli­ca­tion faite par les croyants qui est im­por­tante. En re­vanche, tout ce qui a trait à l’is­la­misme, cet is­lam po­li­tique – por­té no­tam­ment par les frères mu­sul­mans et les sa­la­fistes – est to­ta­le­ment in­com­pa­tible avec la Ré­pu­blique. Pour eux : l’is­lam doit ré­gir l’en­semble des faits et des gestes et le quo­ti­dien des croyants.

La plu­part des mu­sul­mans fran­çais vivent leur re­li­gion de ma­nière apai­sée...

Oui, en ma­jo­ri­té. Mais les is­la­mistes ont ga­gné une ba­taille cultu­relle en fai­sant croire que le voile se­rait un nor­ma­tif is­la­mique.

Or, lors­qu’on fait sé­rieu­se­ment de la théo­lo­gie, et non pas du char­la­ta­nisme, on s’aper­çoit que le voile n’est pas du tout pré­co­ni­sé par les textes. Les mu­sul­manes sont vic­times d’une énorme es­cro­que­rie in­tel­lec­tuelle.

Faut-il in­ter­dire le voile ?

Je ne suis pas pour l’in­ter­dire. On ne peut pas tou­cher dans l’es­pace pu­blic aux choix ves­ti­men­taires in­di­vi­duels. En re­vanche, je m’au­to­rise à dia­bo­li­ser cet ac­cou­tre­ment qui est l’in­car­na­tion d’une pen­sée qui in­fé­rio­rise la femme, qui dia­bo­lise son corps et la met de fac­to dans un sta­tut d’in­éga­li­té avec l’homme. On ne peut pas faire comme s’il s’agis­sait d’un su­jet ba­nal. Alors que nous pen­sions que les luttes fé­mi­nistes avaient fi­ni par as­seoir l’éga­li­té homme- femme, même s’il y avait en­core des pro­grès à faire, c’est une ré­gres­sion ter­rible.

Le co­mi­té des droits de l’homme de l’Onu cri­tique l’in­ter­dic­tion du ni­qab en France...

De­puis plu­sieurs an­nées, ce co­mi­té a été lar­ge­ment in­fil­tré par des pays comme l’Iran, l’Ara­bie saou­dite ou le Qa­tar, des in­fluen­ceurs idéo­lo­giques qui tentent de per­ver­tir les ou­tils in­ter­na­tio­naux à des fins de ba­na­li­sa­tion de l’is­lam po­li­tique. Il faut se battre contre ces pseu­doex­perts, les dé­mas­quer. Le voile in­té­gral est une abo­mi­na­tion.

L’is­la­misme pro­gresse-t-il en France ?

C’est très dif­fi­cile à me­su­rer. Ce que l’on voit, mal­heu­reu­se­ment, c’est que les pen­sées is­la­mistes ont pha­go­cy­té la lit­té­ra­ture mu­sul­mane. La plu­part des res­sources, et no­tam­ment In­ter­net, sont une pro­duc­tion is­la­miste. C’est un vé­ri­table dan­ger. Et puis, il y a des gens qui de­viennent is­la­mistes presque par dé­faut parce qu’ils n’ont pas d’autres ré­fé­rents re­li­gieux, parce que les pro­gres­sistes ne sont pas nom­breux, et parce que les imams qui tentent d’ap­por­ter une autre voix que celle de l’is­lam po­li­tique sont sou­vent me­na­cés voire dé­cré­di­bi­li­sés. C’est pour ce­la que nous avons une ma­jo­ri­té si­len­cieuse, sou­vent ter­ri­fiée, qui, par­fois, fait preuve de lâ­che­té, que l’on en­tend moins que la mi­no­ri­té qui dicte la doxa is­la­miste.

Votre com­bat vous a va­lu des me­naces et des cri­tiques vio­lentes. Cer­tains vous taxent d’is­la­mo­phobe.

Is­la­mo­phobe, ce mot ne veut rien dire. C’est un concept pour anes­thé­sier le dé­bat et atro­phier la pa­role pu­blique. Je connais, à mes dé­pens, la tech­nique des is­la­mistes. Ils ne se contentent pas de contre­dire mais dia­bo­lisent l’avis contraire, la voix dis­cor­dante. Et si ce n’est pas suf­fi­sant, on fi­nit par as­sas­si­ner. On l’a vu avec Char­lie Heb­do et ailleurs. J’ai re­çu des me­naces, je vis sous pro­tec­tion po­li­cière. Mais le plus im­por­tant, c’est de rap­pe­ler qu’en France, il est ad­mis de cri­ti­quer les dogmes, y com­pris les re­li­gions et les idéo­lo­gies. Dé­non­cer l’is­lam po­li­tique n’est en au­cun cas l’ex­pres­sion d’un quel­conque ra­cisme.

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