Ber­nés par des vo­leurs, deux vi­giles se font vi­rer

Deux agents de sé­cu­ri­té tra­vaillant la nuit à Car­re­four Lin­gos­tière se sont fait li­cen­cier, lun­di, pour faute grave. Se­lon la di­rec­tion, ils n’au­raient pas res­pec­té les consignes. La CGT dé­nonce

Nice-Matin (Nice Littoral et Vallées) - - Nice - CÉ­LIA MALLECK cmal­[email protected]­ce­ma­tin.fr

Il fal­lait oser. Dans la nuit du 19 au 20 oc­tobre, deux in­di­vi­dus se sont in­tro­duits dans les lo­caux du Car­re­four Lin­gos­tière. Vers deux heures du ma­tin. Pro­fi­tant de l’obs­cu­ri­té et de l’ac­ti­vi­té sur site pour se fondre dans la masse. Dis­cu­tant tran­quille­ment avec des agents de net­toyage. Des four­nis­seurs. Des em­ployés du ma­ga­sin. No­tam­ment un agent de sé­cu­ri­té. Comme si de rien n’était. Avant de vo­ler 171 té­lé­phones por­tables. Un pré­ju­dice es­ti­mé à 35 000 eu­ros par la boîte. Et qui a coû­té cher aux deux agents de nuit en poste ce soir-là. Le lun­di 23 oc­tobre, JeanMi­chel et Alain(1) ont été mis à pied à titre conser­va­toire. Leurs sa­laires, ge­lés. Leurs ave­nirs, scel­lés. Ils ont fi­na­le­ment été li­cen­ciés pour faute grave en dé­but de se­maine. Met­tant fin à 15 ans et 17 ans de car­rière.

Des tra­vaux en cause

Le pre­mier était char­gé d’ac­cueillir les ca­mions. Dans sa gué­rite. Ou dans la cour. Pour dé­plom­ber, ou contrô­ler les ca­mions et mar­chan­dises. Le deuxième était quant à lui au poste de sur­veillance vi­déo. Les deux n’ont pas su re­pé­rer les vo­leurs qui se sont glis­sés sous une pa­lis­sade de chan­tier, au ni­veau du che­min de la Blea. Celle-ci n’étant pro­té­gée jus­qu’alors par au­cun grillage. Ac­ces­sible par un mu­ret bas. Et une al­lée plon­gée dans le noir. Sans au­cune ca­mé­ra. Une in­for­ma­tion que Jean-Mi­chel et Alain as­surent n’avoir ja­mais eue. « Pour moi, cette al­lée était in­exis­tante », clame Alain. C’est d’ailleurs sur ce­la que la CGT at­taque Car­re­four. «La di­rec­tion pré­tend avoir tout mis en oeuvre pour que deux agents de nuit suf­fisent à la sé­cu­ri­té d’un ma­ga­sin de 22000 m2 de sur­face de vente et ex­té­rieur», écrit le syn­di­cat dans un com­mu­ni­qué. Et de poin­ter : « Au­cune note de ser­vice, ni consigne, pour in­for­mer ces deux agents que des tra­vaux avaient lais­sé un pas­sage d’ac­cès sé­pa­ré par une pa­lis­sade de chan­tier vers l’ex­té­rieur. »

Une si­tua­tion qui fait bon­dir Vé­ro­nique Ol­li­vier.

« Ils étaient po­lis »

La se­cré­taire ad­jointe du syn­di­cat était pré­sente lors de l’en­tre­tien des agents de sé­cu­ri­té par la di­rec­tion qui a eu lieu au dé­but du mois. Les vi­giles ont es­sayé de dé­fendre leur poste. De s’ex­pli­quer. Comme Jean-Mi­chel qui a ren­con­tré les vo­leurs. « Ils sont sor­tis par la ré­serve avec des bennes. Et en les voyant dé­po­ser près du quai de ré­cep­tion – donc pas où il faut – je suis al­lé leur dire où ils de­vaient les dé­po­ser. Pour moi, ils étaient four­nis­seurs ou mar­chan­di­seurs. Ils m’ont ré­pon­du po­li­ment, se sont exé­cu­tés en me di­sant que la pro­chaine « ils le sau­raient » Com­ment je pou­vais de­vi­ner ?» La di­rec­tion a avan­cé qu’il au­rait dû contrô­ler leur badge. Vé­ro­nique Ol­li­vier ré­plique : « Ce ne sont pas des badges, ce sont de pauvres au­to­col­lants qu’on colle sur les ha­bits ». Des au­to­col­lants très vo­la­tiles qui ne peuvent pas faire foi sa­lon la CGT. Tout comme l’ar­gu­ment avan­cé par la di­rec­tion se­lon le­quel Jean-Mi­chel au­rait dû s’in­ter­ro­ger en voyant deux hommes fu­mer au por­tail en short et bas­ket fin oc­tobre… « Des sa­la­riés fument au por­tail… tant qu’ils ne me semblent pas sus­pect et ne pé­nètrent pas par le por­tail que je contrôle, je conti­nue mon tra­vail… »

« On ne pou­vait rien voir »

C’est en­suite Alain qui a dû s’ex­pli­quer. No­tam­ment sur les ca­mé­ras fixes. « De­puis un bra­quage, il m’a été de­man­dé de fixer les ca­mé­ras sur cer­taines en­trées. Et, à part si je vois quelque chose, je ne zoome pas si­non je n’ai plus mes ca­mé­ras fixes. » Et d’ajou­ter : «J’ai une tren­taine d’écrans di­vi­sés en quatre à re­gar­der et il faut re­gar­der au bon mo­ment. On nous re­proche de n’avoir rien vu parce qu’on ne pou­vait rien voir. » Un man­que­ment qu’au­rait pu pa­rer la di­rec­tion se­lon Vé­ro­nique Ol­li­vier. « Lors de la réu­nion dé­but no­vembre, j’ai de­man­dé à ce que des pro­cé­dures claires soient mises en place. Et la di­rec­tion ‘la fait puis­qu’au­jourd’hui les four­nis­seurs, ani­ma­teurs et sa­la­riés ont l’obli­ga­tion de por­ter des gi­lets.» Par ailleurs, la syn­di­quée tient à pré­ci­ser que le mu­ret par le­quel sont pas­sés les vo­leurs a été sur­mon­té d’une grande pa­lis­sade. Et l’al­lée qui condui­sait jus­qu’à la ré­serve a été do­tée d’une grille et d’un spot lu­mi­neux. Des amé­na­ge­ments qui ne sont pas ac­cep­tables pour la CGT, sa­chant qu’ils ont été faits après la mise à pied des agents « pour mas­quer les man­que­ments en ma­tière de sé­cu­ri­té dans le ma­ga­sin ». Le syn­di­cat compte ob­te­nir la ré­in­té­gra­tion de Jean-Mi­chel et Alain. Elle fait cir­cu­ler une pé­ti­tion au­près des em­ployés qui a ré­col­té 70 si­gna­tures en moins de 3 heures. Et ma­ni­fes­te­ra sa­me­di ma­tin. (1) Ils ont pré­fé­ré gar­der l’ano­ny­mat.

(Pho­to C. M.)

Alain et Jean-Mi­chel y tra­vaillaient de­puis 17 et 15 ans.

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