« Le sport est un le­vier du chan­ge­ment so­cial »

Pour Da­vid Blough, di­rec­teur exé­cu­tif de Play In­ter­na­tio­nal, une ONG qui uti­lise le sport comme ou­til d’in­ser­tion, le confi­ne­ment sou­ligne en creux le po­ten­tiel du sport en ma­tière d’im­pact so­cial

Nice-Matin (Nice Littoral et Vallées) - - France - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR SO­PHIE DOUET (Agence lo­cale de presse)

De­puis le confi­ne­ment, on an­nule ou on re­porte des grands évé­ne­ments in­ter­na­tio­naux. Pen­sez-vous qu’on de­vrait aus­si par­ler du sport tel que vous le pro­mou­vez ?

C’est vrai qu’on parle beau­coup de ces grandes com­pé­ti­tions qui ne pour­ront se dé­rou­ler comme pré­vu, avec un fo­cus sur l’im­pact éco­no­mique de ces bou­le­ver­se­ments. On évoque beau­coup moins l’im­pact so­cial de l’ac­ti­vi­té spor­tive. La crise que nous tra­ver­sons est pour­tant une oc­ca­sion de ré­flé­chir au sport au­tre­ment. Il l’a prou­vé, le sport est un for­mi­dable le­vier édu­ca­tif. A tra­vers une simple ac­ti­vi­té, on peut tra­vailler sur des ques­tions de vio­lence ou de har­cè­le­ment. Si le sport n’est pas une ba­guette ma­gique, il ap­porte des ré­ponses à de nom­breux en­jeux so­cié­taux. Mal­heu­reu­se­ment, on n’uti­lise qu’une faible par­tie de son po­ten­tiel, en ne le consi­dé­rant que du point de vue de la com­pé­ti­tion et du spec­tacle. Peu de gens savent que par l’ac­ti­vi­té spor­tive, nous pou­vons contri­buer à lut­ter contre le cho­lé­ra ou fa­ci­li­ter l’in­clu­sion des mi­grants.

La crise sa­ni­taire fait ap­pa­raître la fra­gi­li­té de l’éco­no­mie du sport ?

De­puis les an­nées , le sport est ma­rié avec l’éco­no­mie de mar­ché. Il gé­nère des mil­liards. Or cette crise a mon­tré que tout peut s’ef­fon­drer. C’est peut-être l’oc­ca­sion de s’in­té­res­ser à un autre vo­let, sans que ce­la soit contra­dic­toire : le sport pour tous, le sport comme fil rouge, sou­vent sous-consi­dé­ré, alors qu’il per­met aux jeunes de mieux ap­pré­hen­der d’autres dis­ci­plines, aus­si vastes que les maths, l’édu­ca­tion ci­vique ou les sciences de la vie et de la terre, et qu’il im­pacte po­si­ti­ve­ment des par­cours de vie.

Le sport comme école de la vie, comme as­cen­seur so­cial. Ce sont des no­tions uni­ver­selles ? Oui, mais il ne suf­fit pas de le dé­cré­ter : il faut réunir des condi­tions. Sans fi­nan­ce­ments pu­blics, sans for­ma­tion des ac­teurs de ter­rain, sans en­ga­ge­ment d’en­tre­prises mé­cènes, on ne peut pas y ar­ri­ver. Réunir ces condi­tions, c’est être en me­sure de li­bé­rer tou­jours plus l’im­pact so­cial du sport.

Avec le suc­cès des « tu­tos » sur In­ter­net, ce temps de se­vrage spor­tif pointe l’im­por­tance des ac­teurs de l’édu­ca­tion spor­tive…

En ef­fet, cha­cun peut se rendre compte que le sport est plus im­por­tant que ja­mais en ces temps de confi­ne­ment, qu’il re­pré­sente un exu­toire in­dis­pen­sable pour mieux gé­rer l’en­fer­me­ment. Et on ne peut que louer ce sur­saut, quand on sait que la sé­den­ta­ri­té est la qua­trième cause de mor­ta­li­té dans le monde. De­puis le dé­but du confi­ne­ment, les profs et coaches de sport se chal­lengent entre eux, et font preuve de beau­coup de créa­ti­vi­té à tra­vers leurs cours en vi­déo pour cap­ter des élèves ou ne pas les perdre.

Le sport col­lec­tif, lui, est à l’ar­rêt ?

Oui, ces séances ne peuvent plus être or­ga­ni­sées de­puis le confi­ne­ment. Et sans elles, l’édu­ca­tion par le sport est sus­pen­due. Or, comme nous nous em­ployons à le faire tout au long de l’an­née avec Play In­ter­na­tio­nal, les ac­ti­vi­tés lu­diques et spor­tives, au­de­là de l’as­pect san­té et bien-être pri­mor­dial, sont de for­mi­dables vec­teurs d’in­clu­sion so­ciale, d’édu­ca­tion à l’éga­li­té filles­gar­çons, etc. Le sport est un le­vier du chan­ge­ment so­cial.

Le « monde d’après » est dé­jà l’ob­jet d’une ré­flexion. En quoi le sport peut-il contri­buer à sa construc­tion ?

La nou­velle gé­né­ra­tion doit se pré­pa­rer à ce « monde d’après ». Le sport est un ou­til pé­da­go­gique qui peut leur per­mettre d’ac­qué­rir des clefs pour de­main, c’est-à-dire des com­pé­tences de vie. C’est pour­quoi, après la crise, nous al­lons conti­nuer de me­ner des ac­tions concrètes avec les pro­fes­sion­nels de l’édu­ca­tion, mon­ter des pro­jets dont les ef­fets s’ins­crivent dans la du­rée. Les temps de crise sont des temps pour se ré­in­ven­ter.

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