Nice-Matin (Nice Littoral et Vallées)

Je voulais avoir le recul nécessaire pour penser les choses”

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Est-ce à dire, qu’enfin, cette question des violences faites aux femmes compte, quelque que soit l’actualité ?

J’ai l’impression qu’on est arrivé à une période, depuis trois ans, où oui, il en faudra beaucoup plus pour nous faire taire. Il y a un besoin que les mots soient dits, qui vient de très loin. De très loin dans l’Histoire et de très loin en chacune de nous. Maintenant qu’on l’ouvre, on va continuer à parler quoiqu’il arrive, on finira bien par nous entendre. La question c’est : est-ce qu’on est entendues ? Parce que la réponse politique n’est clairement pas à la hauteur.

Récemment encore, avec le débat sur les tenues des filles à l’école : prendrait-on le problème à l’envers ?

Toujours. C’est toujours cette inversion de la culpabilit­é. Les regards se tournent toujours vers la victime. Comment était-elle habillée, où est-ce qu’elle était, comment se comportait-elle ? Et on n’a toujours pas le courage, ou l’envie, de lui foutre la paix et de regarder du côté des agresseurs. On ne pose pas les bonnes questions et tant qu’on ne les posera pas, on n’aura pas les bonnes réponses.

Cela pose aussi problème sur la manière dont on envisage les garçons, d’ailleurs ?

C’est très insultant pour les mecs ! On les prend pour des bestioles incapables de contrôler leurs pulsions. On ne les pense pas capables de réflexion, d’empathie, de rien ? Ce que ces questions montrent, c’est à quel point réfléchir à tout ça est salutaire pour tous. Pour les femmes parce que, peut-être un jour, on finira par s’habiller comme on veut et notre corps nous appartiend­ra vraiment ; pour les hommes, parce que cela les libère d’une idée de la virilité qui serait fondée sur une agressivit­é et une sexualité pulsionnel­les. Qu’on en sorte, on est tous coincés par tout ça !

Votre livre est le récit d’un viol, le vôtre, il y a vingt ans. Pourquoi écrire maintenant ?

Pour plein de choses. Pour reprendre une expression de mon compagnon : il y a vingt ans, j’avais le nez collé à la vitre. Ensuite, je ne voulais pas faire un témoignage brut. Je voulais avoir le recul nécessaire pour penser les choses. Je ne voulais pas piéger le

Vous ne vouliez pas un témoignage brut, vous faites d’ailleurs de votre livre un véritable objet littéraire ?

J’aime les mots, c’est mon métier. Et puis, oui, j’avais envie de mettre du beau dans tout ça…

Du drôle aussi ?

Ah oui, je ne peux pas m’en empêcher, c’est plus fort que moi ! C’est une façon de transcende­r la réalité. Réussir à en rire, c’est une façon de reprendre le pouvoir sur les choses. Le fait de remettre en mots cette histoire, de travailler

Projection « Femmes d’aujourd’hui » suivie d’une rencontre avec Giulia Foïs. Jeudi 15 octobre, à 18 h. Au cinéma Mercury, à Nice. Gratuit, dans la limite des places disponible­s. Dans le cadre d’Un Festival C’est Trop Court, avec la librairie

Rens. ufctc.com et www.facebook.com/librairiel­esparleuse­s

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