Nice-Matin (Nice Littoral et Vallées)

Ennio Morricone avait un lien très fort avec notre famille”

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Kyle Eastwood a désormais cinquante-deux ans. Certains, peu au fait de son parcours et de sa carrière aboutie de jazzman, ne voient en lui « que » le fils aîné du grand Clint. Comment leur en vouloir, après tout... Son paternel, auquel il ressemble beaucoup, a planté son regard bleu acier dans les yeux de tant de spectateur­s. Là où d’autres auraient cherché à fuir loin d’une figure trop écrasante, à rejeter en bloc les dadas familiaux, Kyle, lui, s’est laissé envoûter très tôt. À l’âge de treize ans, le grand public l’avait aperçu dans Honkytonk Man, réalisé par Clint Eastwood, où il apparaissa­it une guitare à la main. La musique était entrée dans sa vie depuis un bon moment déjà. « Mon premier souvenir de concert, c’était au Monterey Jazz Festival. Je devais avoir huit ou neuf ans. Je me rappelle avoir été très impression­né. Le big band de Count Basie jouait ce soir-là. J’ai eu la chance de le rencontrer Comme Sarah Vaughan, Stan Getz et d’autres. Le fait de voir ces gens sur scène m’a poussé à vouloir maîtriser un instrument », nous expliquait-il, en marge du Nice Jazz Festival 2018. L’été dernier, il aurait dû à nouveau participer à ce rendez-vous, annulé à cause de l’épidémie de coronaviru­s. Comme pour la plupart des artistes, ses plans ont été chamboulés. Celui qui passe une partie de l’année à Paris a regagné la Californie. « J’ai composé un peu de musique, j’ai répété quelques fois avec quelques amis, puis je suis allé à la plage », glisse avec malice Kyle Eastwood, par téléphone.

Taxi Driver, La Panthère rose, Bullitt...

Peu avant le début des restrictio­ns sanitaires, le contrebass­iste avait entamé une tournée, vite avortée, avec ses musiciens (Quentin Collins, trompette et bugle ; Brandon Allen, saxophone ; Andrew McCormack, piano ; Chris Higginbott­om, batterie). Cette fois, il est temps de se lancer pour de bon, avec les titres de l’album Cinematic. Réunir ses deux grandes passions. Kyle Eastwood assure qu’il y pensait « depuis un bon bout de temps ». « Cela trottait dans mon esprit, il fallait juste trouver le temps et faire des choix. J’ai dû trouver des morceaux qui pouvaient coller avec une formation de jazz. »

Ce projet n’était-il pas une évidence pour notre homme, autant bercé par les standards musicaux des années 1950 que par les classiques du cinéma ? « Parfois, les gens me disent qu’ils trouvent un aspect très visuel à ma musique. Mais honnêtemen­t, ce n’est pas une chose à laquelle j’ai consciemme­nt pensé. Même s’il est possible que le fait d’avoir regardé tant de films ait pu m’influencer », estime celui qui compte neuf albums à son actif, en vingt-deux ans de carrière. Pour ce disque, paru en novembre dernier sur le label Jazz Village, le quintet a repris des thèmes mythiques du cinéma. Celui de Taxi Driver ,de Bullitt ,de Skyfall ou de La Panthère rose. Mais aussi des bandes originales moins célèbres, bien qu’on les doive à des géants du genre. «Ilyena une que j’aime beaucoup, c’est Per le antiche scale . En fait, on l’entend dans le film Vertiges, que je n’ai jamais pu voir », concède le musicien, presque comme un élève pris en délit de triche.

Le titre auquel il fait référence a été composé par Ennio Morricone. « Évidemment, je le considère comme l’un des plus grands. Mon père a si souvent travaillé avec lui. Il avait un lien très fort avec notre famille. »

Paris est devenue sa deuxième maison

Le quintet de Kyle Eastwood s’est également emparé de plusieurs mélodies employées dans les longs-métrages réalisés par le grand Clint. Comme The Eiger Sanction, de John Williams (La Sanction en version française, 1975, ndlr). Ou encore le générique de Gran Torino, composé en 2008 par Kyle himself. « Je l’aime beaucoup, j’avais envie de le rejouer. Quand nous sommes entrés en studio avec le groupe, c’est le premier morceau que nous avons enregistré, en version instrument­ale. Celle avec la voix de Hugh Coltman est arrivée plus tard. » Ces prochains mois, le public français aura plusieurs occasions de découvrir le fruit de ce travail. Après sa tournée automnale qui passera notamment par Grasse, avec deux représenta­tions le même soir, ce dimanche, puis un crochet par Six-Fours, le 30 octobre, et une date au Monte-Carlo Jazz Festival, le 27 novembre, Kyle Eastwood, le francophil­e, installé une partie de l’année à Paris, «ma deuxième

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