La mé­ta­mor­phose

Plus prag­ma­tique, moins dra­ma­tique, Olivier Theys­kens s’est ré­in­ven­té en tra­ver­sant l’at­lan­tique. Aux com­mandes de la marque Theo­ry, l’an­cien di­rec­teur ar­tis­tique de Ro­chas et de Ni­na Ricci sa­voure la créa­tion en équipe, l’éner­gie new-yor­kaise et se ré­vèl

Numéro Homme - - Style - Par Del­phine Roche, por­trait Pierre et Gilles

De­puis son dé­part pour New York il y a trois ans, la longue che­ve­lure noire d’Olivier Theys­kens n’a ces­sé de rac­cour­cir, jus­qu’à at­teindre au­jourd’hui un car­ré en­tou­rant les traits fins de son vi­sage. Si, pas­sé la tren­taine, ce choix ca­pil­laire peut sem­bler sim­ple­ment lo­gique, il ac­com­pagne sur­tout le mou­ve­ment de sa créa­tion vers un style plus prag­ma­tique, moins dra­ma­tique. À l’heure ac­tuelle, la frange la plus go­thique et snob de ses afi­cio­na­dos n’a tou­jours pas com­pris pour­quoi l’un des pro­diges de la mode pa­ri­sienne, ré­vé­lé chez Ro­chas, avait sou­dain dé­ci­dé d’em­bar­quer sous le pa­villon de la marque amé­ri­caine Theo­ry. Peu im­porte, tant le chan­ge­ment semble avoir épa­noui le créa­teur que nous re­trou­vons, dé­but juillet, dans son ap­par­te­ment du haut Ma­rais – le temps de son été pa­ri­sien, on le croi­se­ra fré­quem­ment dans le voi­si­nage en T-shirt et ber­mu­da, sou­rire aux lèvres, loin de son image d’ange té­né­breux en­fer­mé dans la tour d’ivoire de ses tour­ments. Au coeur de ce quar­tier aux rues étroites bor­dées d’im­meubles bas et an­ciens, c’est pa­ra­doxa­le­ment dans la seule ré­si­dence ul­tra­mo­derne de la rue Por­te­foin que le créa­teur a élu do­mi­cile, juste en face de chez son amie Lae­ti­tia Cra­hay, di­rec­trice ar­tis­tique de Mai­son Mi­chel et responsable des ac­ces­soires et des bi­joux chez Cha­nel. “À New York, mon cadre de vie est à l’op­po­sé, pré­cise-t-il d’em­blée. Je vis dans une mai­son en brique qui date de 1865. Je fais même du feu dans ma che­mi­née pour ré­sis­ter aux hi­vers ri­gou­reux. Mais je sors beau­coup et ne mange ja­mais chez moi. À Pa­ris, je suis beau­coup plus ca­sa­nier, et je vis comme dans un vil­lage.” La salle de sé­jour tout en lon­gueur où il nous re­çoit res­pire ce dé­sir de quié­tude : pour­vue d’une grande table haute, face à un mur où sont pu­nai­sées des images, elle in­vite au plai­sir so­li­taire du des­sin qu’il pra­ti­quait as­si­dû­ment à l’époque de son tra­vail chez Ro­chas puis chez Ni­na Ricci. “Les ate­liers at­ten­daient mes cro­quis, leur la­beur ne com­men­çait qu’une fois qu’ils les avaient re­çus, se sou­vient-il. À New York, rien ne sert de des­si­ner, tant notre dé­marche chez Theo­ry s’ins­crit dans une re­cherche per­ma­nente, sans sa­voir exac­te­ment où nous al­lons. Le pro­ces­sus est très or­ga­nique. Je me contente d’une es­quisse ra­pide, ou je drape l’étoffe di­rec­te­ment sur le man­ne­quin. Je suis en­tou­ré d’échan­tillons, de choix de fi­ni­tions ou de ma­tières. Je reste concen­tré pour ré­agir du tac au tac, car il ne s’agit pas de réa­li­ser une grande idée rê­veuse mais d’avan­cer au quo­ti­dien. Je pense qu’on se ré­vèle dif­fé­rent se­lon les villes dans les­quelles on se trouve.” Au-de­là de l’éner­gie new-yor­kaise, Olivier Theys­kens est tom­bé sous le charme de la culture d’en­tre­prise propre à Theo­ry. En 1997, An­drew Ro­sen fonde ce la­bel qui four­nit aux femmes tren­te­naires des basiques élé­gants, por­tables dans n’im­porte quel bu­reau, ren­dus confor­tables et contem­po­rains par l’ad­jonc­tion d’un pour­cen­tage de Ly­cra. Le tout à des prix abor­dables. Ce sec­teur, que l’on ap­pelle au­jourd’hui le con­tem­po­ra­ry, en est à ses bal­bu­tie­ments. Seize ans plus tard, ce noyau dur est de­ve­nu une masse en ébul­li­tion dont la puis­sance érup­tive vise tou­jours plus haut. En 2009, le la­bel T d’Alexan­der Wang a ajou­té à la com­pé­ti­tion un nou­veau concept : le con­tem­po­ra­ry des­si­né par un créa­teur. Soit des basiques uni­ver­sels mais for­te­ment in­car­nés, bé­né­fi­ciant de l’au­ra et du style d’un de­si­gner. Pour sur­fer sur la vague, Ro­sen pro­pose en 2010 à Olivier Theys­kens

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