Le diable au corps

S’il ré­side de­puis tou­jours à Hol­ly­wood, Ken­neth An­ger n’a ja­mais ten­té de se for­ger une place au so­leil dans la grande usine à rêves. Le sa­ta­niste au­to­pro­cla­mé pré­fère ex­plo­rer la face sombre du sep­tième art, à tra­vers son livre sur les cou­lisses des stu

Numéro Homme - - Cinéma - Par Olivier Joyard, por­trait So­fia San­chez et Mau­ro Mon­giel­lo

Pour beau­coup, la pre­mière ren­contre avec Ken­neth An­ger a eu lieu à tra­vers un film choc, une dé­charge de sexua­li­té mor­bide aus­si per­tur­bante qu’in­ou­bliable. Dans son court-mé­trage

Fi­re­works, tour­né en su­per-8 en 1947, ce jeune Ca­li­for­nien de 20 ans à peine, adepte de Jean Ge­net, te­nait le pre­mier rôle et ex­hi­bait sans mé­na­ge­ment son corps nu, entre flammes, chaînes et fouet, sous la do­mi­na­tion de quelques ma­rins sans pi­tié. “Ce film est tout ce que j’ai à dire sur le fait d’avoir 17 ans, sur la ma­rine amé­ri­caine, sur Noël et la fête na­tio­nale du 4 juillet”,

avait-il ex­pli­qué un peu plus tard. Nous ne l’avions pas for­cé­ment vu de cette ma­nière. Au sens stric­te­ment scé­na­ris­tique du terme, le ré­cit de ce film in­sen­sé ba­layait en ma­jes­té les usages. Un scé­na­rio ? Non, mer­ci. An­ger avait sim­ple­ment ré­di­gé une porte d’en­trée poé­tique en quelques lignes : “Un rê­veur in­sa­tis­fait se ré­veille, ar­pente la nuit à la re­cherche de lu­mière et se re­trouve

pri­son­nier.” Pour la pre­mière fois, un ar­tiste mê­lait des in­fluences eu­ro­péennes et hol­ly­woo­diennes pour créer un ob­jet hy­bride aus­si bref que ful­gu­rant. Un genre al­lait naître, is­su du tra­vail avant­gar­diste de Ken­neth An­ger et de quelques autres so­li­taires comme Maya De­ren : le ci­né­ma ex­pé­ri­men­tal. Coc­teau, sé­duit, s’em­pres­sait de dé­cer­ner à ce mor­ceau de rage sur Cel­lu­loïd le prix du “fes­ti­val du film mau­dit”, à Biar­ritz, en 1949. Il écri­vait même une lettre à Ken­neth An­ger pour l’in­vi­ter à Pa­ris : “Votre oeuvre sur­git de

l’obs­cure nuit de l’âme.” Nous voi­ci soixante-quatre ans plus tard, un mar­di du mois de juin, à Los An­geles. Ken­neth An­ger a ses ha­bi­tudes dans l’une des der­nières bras­se­ries hol­ly­woo­diennes clas­siques, Mus­so & Frank Grill, à deux pas du Chinese Thea­ter et du fa­meux Walk of Fame que par­courent les tou­ristes ve­nus du monde en­tier. Il ne pos­sède pas son étoile sur le trottoir. Son sta­tut a tou­jours été ce­lui de pas­sa­ger clan­des­tin. Il s’en contente sans au­cune forme de re­gret et clôt même le débat so­bre­ment : “Je n’ai ja­mais

es­sayé de tra­vailler à Hol­ly­wood.” Il y ha­bite pour­tant tou­jours. “Ce n’est pas une rai­son.” Dans le res­tau­rant dé­sert au mi­lieu de l’après-mi­di, les ser­veurs dé­passent en nombre les clients. Tous ou presque ont plus de 70 ans. Ils ont ser­vi à boire à John Ford. Et donc à Ken­neth An­ger. Dans l’échan­crure de sa che­mi­sette, on de­vine le mot “Lu­ci­fer” ta­toué sur sa poi­trine. L’homme s’ex­prime sans en­thou­siasme dé­me­su­ré, par­fois même de ma­nière fran­che­ment la­co­nique. Ain­si, lors­qu’on lui de­mande pour­quoi il a choi­si Mus­so & Frank Grill, sym­bole fan­to­ma­tique de l’époque ré­vo­lue du ci­né­ma muet, il se contente d’en par­ler au pre­mier de­gré, comme un guide tou­ris­tique un peu las. “J’aime bien cet en­droit, c’est vrai­ment le plus jo­li des res­tau­rants à Hol­ly­wood. C’est un peu une can­tine de quar­tier qui existe de­puis 1919.” Pour per­cer une part du mys­tère An­ger, il faut pous­ser l’en­quête beau­coup plus loin. Et com­men­cer par rap­pe­ler qu’il ne fut pas seule­ment l’un des ci­néastes les plus ré­vo­lu­tion­naires du XXe siècle, mais aus­si un au­teur – son livre sur les cou­lisses trash du star-sys­tème,

Hol­ly­wood Ba­by­lone, est un suc­cès mon­dial de­puis les an­nées 70 – et sur­tout un as­so­cié du diable. Son ta­touage Lu­ci­fer n’a rien d’un ca­price d’ado. Ken­neth An­ger a con­çu ses films comme des sup­pliques en direction des forces in­fer­nales. Un titre de sa fil­mo­gra­phie ré­sume à lui seul ce tro­pisme : In­vo­ca­tion of My De­mon Bro­ther (1969). Sa pas­sion pour le “frère dé­mon” a dé­bu­té très tôt, grâce à un homme sin­gu­lier, l’An­glais Aleis­ter Crow­ley, né en 1875 et mort en 1947 d’une bron­chite contrac­tée à cause de sa consom­ma­tion com­pul­sive d’hé­roïne. Ce touche-à-tout ri­chis­sime et sur­vol­té (art, phi­lo­so­phie, yo­ga) est consi­dé­ré comme le père de l’oc­cul­tisme mo­derne, fon­da­teur du cou­rant The­le­ma en 1904, puis maître su­prême de l’OTO (Or­do Tem­pli Orien­tis) dans les an­nées 20, une or­ga­ni­sa­tion dont il avait même re­fon­dé les prin­cipes. À la fin des an­nées 60, le gou­rou psy­cho­pathe Charles Man­son avait pré­ten­du être sa ré­in­car­na­tion. An­ger n’a ja­mais trop goû­té ce “folk­lore” et les dé­ra­pages at­te­nants, sauf du­rant quelques pé­riodes des

six­ties où il se qua­li­fiait lui-même de “ci­néaste monstre”. En pleine vague hip­pie, An­ger a ha­bi­té à San Fran­cis­co et a fré­quen­té une autre per­son­na­li­té bor­der­line, le sa­ta­niste au­to­pro­cla­mé An­ton LaVey. “Cet homme pos­sé­dait un so­lide sens de l’hu­mour, je l’ai­mais bien pour ce­la. Il di­sait aux gens qu’il al­lait lan­cer une religion sa­ta­niste, The Church of Sa­tan. Il pos­sé­dait une mai­son peinte in­té­gra­le­ment en noir sur Ca­li­for­nia Street. C’était sur­tout un

en­ter­tai­ner et un ex­cellent mu­si­cien. Il pas­sait ses nuits à jouer de la mu­sique, par­fois jus­qu’à l’aube, car il connais­sait beau­coup

de mor­ceaux pré-pop du XIXe siècle. Sa mai­son n’était pas si étrange à mes yeux, mais elle l’était peut- être pour les autres vi­si­teurs. Quelques ac­teurs ont vou­lu s’y frot­ter. Jayne Mans­field a po­sé là-bas pour quelques pho­tos avec des us­ten­siles bi­zarres. Elle a pré­ten­du être sa­ta­niste, mais ce n’était pas très sé­rieux…”

An­ger n’ou­vri­ra ja­mais un mu­sée consa­cré au diable ni un ma­ga­sin de sou­ve­nirs spé­cial Bel­zé­buth. Il a pré­fé­ré ex­pri­mer ses croyances et sa pas­sion pour Crow­ley dans la ma­tière même de ses films. Après nous avoir in­di­qué que le nom de son men­tor

rime avec ma­gic un­ho­ly (“ma­gie im­pie”), il ex­plique alors son

at­ta­che­ment à cette fi­gure contro­ver­sée. “Les his­toires de sa­ta­nisme aux­quelles on m’as­so­cie par­fois, c’est n’im­porte quoi. Les cé­ré­mo­nies avec sa­cri­fice hu­main, très peu pour moi. Aleis­ter Crow­ley lui- même n’a rien à voir avec ça, il s’agit d’un contre­sens, ou au mi­ni­mum d’une in­com­pré­hen­sion. J’ai dé­cou­vert son tra­vail grâce à un ami proche, Jack Par­sons, consi­dé­ré comme son fils dans le do­maine de la ma­gie. Crow­ley a for­mé un sys­tème de croyances que l’on peut dé­fi­nir comme une re­nais­sance du

pa­ga­nisme. Est-ce qu’il y a de la pro­vo­ca­tion là-de­dans ? Peut- être. Mais son cô­té agi­té reste très su­per­fi­ciel. Crow­ley a ac­com­pli beau­coup plus que ce­la. Il a tra­vaillé la cou­leur de ma­nière très pro­fonde, une influence pré­sente dans mes films. Je pos­sède beau­coup de ses livres. Je l’ai étu­dié de près !” Plu­sieurs fois, d’ailleurs, de­puis les an­nées 50 – no­tam­ment avec son ami proche, le cé­lèbre sexo­logue Al­fred Kin­sey –, An­ger a ef­fec­tué un pè­le­ri­nage vers le vil­lage de Ce­falù, en Si­cile, dans l’ab­baye de Thé­lème. Un lieu dé­sor­mais en ruine dont les murs étaient alors cou­verts de fresques éro­tiques si­gnées Crow­ley. Le ci­néaste a long­temps contri­bué à leur pré­ser­va­tion. “J’ai pris

beau­coup de pho­tos”, dit-il au­jourd’hui. Il au­rait même réa­li­sé un film do­cu­men­taire dé­sor­mais ré­duit en pous­sière. Une in­for­ma­tion qui s’avère im­pos­sible à vé­ri­fier.

La vie oc­culte du réa­li­sa­teur de Scor­pio Ri­sing de­meure en tout cas si mys­té­rieuse qu’elle laisse place à toutes les élu­cu­bra­tions. Pra­tique-t-il la ma­gie noire dans sa mai­son de Los An­geles ? Fausse piste, évi­dem­ment. “Je n’in­vite pas grand monde à par­ta­ger mon exis­tence pri­vée. Ce se­rait dif­fi­cile de re­mar­quer quoi que ce soit, même en pas­sant du temps avec moi. J’ai une af­fi­ni­té na­tu­relle pour ce qu’on ap­pelle en gé­né­ral l’oc­culte. Et cette af­fi­ni­té s’ex­prime no­tam­ment à tra­vers mes films. Voi­là tout ce que je peux vous dire.” La ré­ponse à nos ques­tions se trou­vait donc

sous nos yeux. “J’ai re­mar­qué très jeune que le ci­né­ma pou­vait

re­flé­ter ce monde, ap­prouve-t-il. Si vous étu­diez la ques­tion, vous ap­pren­drez que Lu­ci­fer est éty­mo­lo­gi­que­ment l’ange de la Lu­mière. En d’autres termes, il est ce­lui qui ap­porte la lu­mière et di­rige le spectre des cou­leurs. Qu’est-ce que le ci­né­ma, si­non

une pro­jec­tion de lu­mière.” En quelques phrases, le mage vient de li­vrer une clé de son oeuvre. Du splen­dide Eaux d’ar­ti­fice (1953) à Lu­ci­fer Ri­sing (1971-1980, le film ayant été de nom­breuses fois re­mon­té) en pas­sant par Inau­gu­ra­tion of the Plea­sure Dome (1954) ou le fé­ti­chiste Kus­tom Kar Kom­man­dos (1965), An­ger n’a ja­mais ces­sé de faire en­trer la lu­mière dans ses films. Les images sur­gissent comme un tor­rent, un flot de cou­leurs et de formes qui s’en­che­vêtrent. Le mon­tage de­vient in­vi­sible, seule compte la beau­té folle des mé­langes, l’éclat des plans qui forment un mag­ma vi­suel fas­ci­nant. Les spé­cia­listes de la pop culture les plus au­da­cieux ont re­le­vé l’influence de Ken­neth An­ger sur toute une gé­né­ra­tion d’ar­tistes contem­po­rains et de réa­li­sa­teurs de clips. Une évi­dence. D’autres ont par­lé de “cé­ré­mo­nies païennes” à pro­pos de ses courts-mé­trages. Mais im­pos­sible de le faire en­trer dans une ca­té­go­rie aus­si spé­ci­fique. “Mes films sont un re­flet de mes vi­sions d’ar­tiste. Je les réa­lise dans un état spé­cial, comme si je pei­gnais une toile. Être in­fluent n’est pas mon but. Si des gens sont in­té­res­sés par mon tra­vail, c’est in­dé­pen­dam­ment de ma vo­lon­té : je fais d’abord du ci­né­ma pour ac­cé­der à un ailleurs.

Si ce­la marche sur les autres, tant mieux.” Conçus comme des perles vé­né­neuses de la contre-culture, les films de Ken­neth An­ger font sou­vent l’ef­fet d’un trip. Dans les an­nées 60, le réa­li­sa­teur lui-même or­ga­ni­sait des pro­jec­tions des­ti­nées aux con­som­ma­teurs de cham­pi­gnons hal­lu­ci­no­gènes. Ce­la ne si­gni­fie pas qu’il sou­haite être as­so­cié à d’autres ci­néastes hors sys­tème de l’époque, comme son ami Stan Bra­khage. “Je me suis tou­jours sen­ti à l’écart des mou­ve­ments ar­tis­tiques col­lec­tifs.” Une fois la mise au point ef­fec­tuée, il est grand temps pour Ken­neth An­ger de se re­plon­ger dans son as­siette – il dé­jeune vers 16 heures, ce qui semble in­di­quer qu’il ne se couche ja­mais. Le vieil homme aime la so­li­tude et le si­lence, un si­lence dé­ten­du, sans gêne. Plu­sieurs mi­nutes passent. Il ac­cepte d’en sor­tir pour re­ve­nir sur un autre point ma­jeur de sa vie : Hol­ly­wood. Il n’a pas sou­hai­té y tra­vailler ? Ce­la n’a ja­mais em­pê­ché sa fas­ci­na­tion, ve­nue de l’en­fance. La grand-mère de Ken­neth An­ger, Ber­tha, était cos­tu­mière pour Uni­ted Ar­tists, le stu­dio my­thique, fon­dé en 1919 par Ma­ry Pick­ford, Dou­glas Fair­banks, Char­lie Cha­plin et D.W. Grif­fith. Elle l’em­me­nait voir des films et lui per­met­tait de se glis­ser avec elle sur les pla­teaux de tour­nage. En 1949, il a réa­li­sé Puce Mo­ment, six mi­nutes belles comme un haï­ku, en hom­mage à celle qui fut la femme la plus im­por­tante de sa vie. On y voit une ac­trice es­sayer las­ci­ve­ment des robes et quit­ter une somp­tueuse villa avec ses chiens. “Le film de­vait du­rer plus

long­temps, ex­plique An­ger, mais je n’ai pas eu les moyens de le ter­mi­ner. Il a été tour­né dans la villa d’un an­cien ac­teur du ci­né­ma muet. Ma grand-mère avait connu cette époque. Dans sa fil­mo­gra­phie, on trouve un film avec Ru­dolph Va­len­ti­no, L’Aigle noir. Elle m’a lé­gué sa col­lec­tion de cos­tumes et m’a ra­con­té beau­coup d’his­toires sur Hol­ly­wood au temps du ci­né­ma muet. C’est une pé­riode que j’aime beau­coup. Les réa­li­sa­teurs in­ven­taient leur art au jour le jour, et ce­la me fas­cine to­ta­le­ment. J’au­rais peut- être été un ci­néaste hol­ly­woo­dien si j’étais né plus tôt.” Au lieu de réa­li­ser des films dans le sys­tème, Ken­neth An­ger a pré­fé­ré en ex­plo­rer les bas-fonds dans un livre de­ve­nu em­blé­ma­tique, quelques dé­cen­nies avant la mode du people :

Hol­ly­wood Ba­by­lone. Des mil­lions d’exem­plaires de cet ou­vrage sur les cou­lisses dé­goû­tantes de l’in­dus­trie du rêve ont été écou­lés aux États-Unis. Une pre­mière ver­sion avait été pu­bliée

en fran­çais dans les Ca­hiers du ci­né­ma, en 1959, alors qu’An­ger ré­si­dait à Pa­ris – il a no­tam­ment tra­vaillé comme ar­chi­viste à la Ci­né­ma­thèque fran­çaise di­ri­gée par Hen­ri Lan­glois. Il a fal­lu at­tendre 1975 pour voir naître une édi­tion amé­ri­caine non cen­su­rée. Col­lec­tion­neur ob­ses­sion­nel de cou­pures de presse, An­ger a long­temps re­cueilli les ra­gots de ses ca­ma­rades de classe à la Be­ver­ly Hills High School, qu’il fré­quen­ta du­rant les

an­nées 40. Dans Hol­ly­wood Ba­by­lone, telle une Louel­la Par­sons dé­chaî­née, il ré­vèle des secrets in­avouables, sou­vent trash, sur de nom­breuses grandes stars de l’âge d’or, de Ma­rion Da­vies à Char­lie Cha­plin, de John­ny Weiss­mul­ler à Jean Har­low et Mar­lene Die­trich. Flam­boyante et triste, la blonde ul­time Jayne Mans­field trône en cou­ver­ture. Ha­bi­tudes sexuelles, scan­dales, ad­dic­tions, meurtres : rien n’échappe aux des­crip­tions mor­bides de l’au­teur qui ob­serve les moeurs de Los An­geles sans le moindre sen­ti­men­ta­lisme. “Ce livre re­flète mon rap­port à Hol­ly­wood et aux gos­sips. Ce qui m’in­té­res­sait, c’était l’idée des cou­lisses, ce que sont vrai­ment les gens sous la sur­face de l’image. Il y avait des per­son­na­li­tés hors norme pen­dant l’âge d’or. Par contraste, je m’in­té­resse peu aux stars d’au­jourd’hui. Cer­taines ont du ta­lent, mais elles ne pos­sèdent pas ce quelque chose en plus. Lind­say Lo­han ai­me­rait être à la hau­teur de l’an­cien temps et n’y par­vient pas. J’ai to­ta­le­ment cou­pé les ponts avec le mi­lieu, même si je vais par­fois faire un tour au Cha­teau Mar­mont, l’un des der­niers en­droits qui ait une ré­so­nance avec l’an­cien Hol­ly­wood. J’ai pris des notes pour un nou­veau vo­lume de Hol­ly­wood Ba­by­lone, que je n’ai pas l’in­ten­tion de pu­blier. C’est très dif­fi­cile d’écrire à pro­pos de gens qui sont en­core en vie et pour­raient vous faire des pro­cès…” (La ru­meur pré­tend que Ken­neth An­ger a cen­tré ses re­cherches sur Tom Cruise.) L’oeuvre noire de Ken­neth An­ger re­sur­gi­ra peut-être après sa mort. Ce­lui qui signe ses films du nom de la co­lère [ an­ger, en an­glais] a mé­di­té sur son sta­tut dans l’au-de­là de­puis long­temps dé­jà. En 1967, il pu­bliait sa propre no­tice de dé­cès dans The Vil­lage Voice pour at­ti­rer l’at­ten­tion sur le fait que plu­sieurs de ses oeuvres avaient été vo­lées. Cer­tains cla­mèrent qu’il les avait lui-même brû­lées. La lé­gende s’in­vite tou­jours quand on évoque l’homme le plus étrange de Hol­ly­wood, ra­di­ca­le­ment in­clas­sable. “Un­der­ground”, “gay”, An­ger ré­fute toutes les éti­quettes : “Nom­mer les choses de cette ma­nière, c’est faire preuve de pa­resse, comme si l’on ne vou­lait sur­tout pas voir les films pour eux-mêmes.” Il n’at­tend rien des spec­ta­teurs, ce qui est aus­si une fa­çon de tout at­tendre d’eux : “Si un film est bon, on peut le re­gar­der de ma­nière ré­pé­ti­tive, comme on écoute de la mu­sique.” Avant Avant de de le le quit­ter, quit­ter, nous nous de­man­dons de­man­dons à à Mis­ter Mis­ter An­ger An­ger quelques quelques ex­pli­ca­tions ex­pli­ca­tions sur sur une une phrase phrase pro­non­cée pro­non­cée au au dé­tour dé­tour d’une d’une in­ter­view in­ter­view : : ““Les films sont une pro­duc­tion du diable.” Tout Tout un un pro­gramme. pro­gramme. ““J’avais dit ce­la parce que je suis fa­ti­gué que l’on pré­sente sys­té­ma­ti­que­ment le ci­né­ma comme un al­lié du bien. Alors j’ai dit le contraire, pour se­mer le trouble. Je pré­fère vous ex­pli­quer que c’était une blague, mais il se pour­rait que je sois sé­rieux…” Quelques Quelques se­condes se­condes plus plus tard, tard, Ken­neth Ken­neth An­ger An­ger s’éclipse s’éclipse par par la la porte porte ar­rière ar­rière de de Mus­so Mus­so & & Frank Frank Grill, Grill, aus­si aus­si bi­zarre bi­zarre et et spec­tral spec­tral que que lors­qu’il lors­qu’il est est ar­ri­vé. ar­ri­vé. Mais Mais il il est est de­ve­nu de­ve­nu dia­ble­ment dia­ble­ment at­ta­chant. at­ta­chant.

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