Rien que pour vos yeux

As­ton Mar­tin a tra­ver­sé un siècle pied au plan­cher, sans ja­mais perdre de vue son idéal de pu­re­té et d’élé­gance. Pro­pul­sée au rang d’icône par le per­son­nage de James Bond, la DB5, mo­dèle phare de la marque, per­pé­tue son mythe en al­liant luxe au­then­tique e

Numéro Homme - - Cylindrées - Par Cé­dric Mo­ris­set, pho­tos Ma­rio Pal­mie­ri

On parle d’elle avec au­tant d’at­ta­che­ment que ce­lui por­té aux bus rouges à im­pé­riale, à Burberry ou à Dr. Mar­tens. À 100 ans cette an­née, As­ton Mar­tin est un des sym­boles de l’“an­gli­ci­té” à la­quelle elle doit en par­tie son suc­cès mon­dial. Il faut dire que la com­pa­gnie n’a rien d’une grand-mère. Avec près de cinq cent quatre-vingt-dix mil­lions de livres de chiffre d’af­faires et une pro­duc­tion an­nuelle de cinq mille vé­hi­cules en moyenne, l’en­tre­prise ne cesse de se dé­ve­lop­per. Et d’im­po­ser son style inimitable à coups de nou­veaux pro­jets fu­tu­ristes. Der­nier en date, la Van­quish, à la car­ros­se­rie en fibre de car­bone, qui au­rait pu faire fi­gure d’hé­ré­sie dans le ca­ta­logue d’une marque at­ta­chée au sa­voir-faire et à la tra­di­tion. C’est pour­tant bien cet es­prit d’in­no­va­tion qui ca­rac­té­rise la so­cié­té de­puis ses dé­buts en 1913. Le 15 jan­vier de cette an­née-là, mar­quée par les pre­miers in­ci­dents fran­co-al­le­mands en Lor­raine, Ro­bert Bam­ford et Lionel Mar­tin fondent Bam­ford & Mar­tin Ltd. à Hen­ni­ker Mews, à quelques di­zaines de mètres de Ful­ham Road dans l’Ouest lon­do­nien. Bam­ford est un in­gé­nieur de 30 ans pas­sion­né de vi­tesse et de tout ce qui avance sur quatre roues ; Mar­tin, un hé­ri­tier de 35 ans fas­ci­né par la course au­to­mo­bile, dont la fa­mille a fait for­tune dans l’in­dus­trie mi­nière. Il leur fau­dra deux ans pour dé­ve­lop­per leur pre­mier mo­dèle en pleine Pre­mière Guerre mon­diale. Bap­ti­sé Coal Scut­tle, le bo­lide rem­porte plu­sieurs points à la course d’As­ton Clin­ton Hill Climb. La voiture y gagne un nou­veau nom, As­ton, as­so­cié au pa­tro­nyme du fon­da­teur le plus

riche, Mar­tin. Quand on lui de­man­da de dé­crire cette au­to­mo­bile idéale, Lionel Mar­tin ex­pli­qua qu’il rê­vait d’une ma­chine com­bi­nant les ver­tus d’une Bu­gat­ti et celles d’une Rolls-Royce. Cette toute pre­mière voiture de course n’a pour­tant ni le gla­mour d’une ita­lienne ni le luxe de la belle an­glaise. As­so­ciant un mo­teur bri­tan­nique à un châs­sis ita­lien, elle pose néan­moins les bases d’un style qui trou­ve­ra sa plus belle ex­pres­sion à par­tir des an­nées 50. Peu in­té­res­sé par le dé­ve­lop­pe­ment de mo­dèles en sé­rie, Ro­bert Bam­ford quitte dé­fi­ni­ti­ve­ment la so­cié­té en 1920, ra­conte l’his­toire of­fi­cielle. Il est rem­pla­cé par le comte Louis Zbo­rows­ki qui in­ves­tit à grands frais dans la so­cié­té, mais meurt bru­ta­le­ment à 29 ans dans une Mer­cedes-Benz au Grand Prix de Mon­za en 1924. Lionel Mar­tin ne par­vient alors pas à trans­for­mer sa so­cié­té en mo­dèle pro­fi­table et doit se ré­soudre à la vendre en 1925. Dès lors, l’his­toire du construc­teur se­ra mar­quée par une suc­ces­sion tu­mul­tueuse de ventes et de ra­chats qui par­ti­ci­pe­ront, cha­cun à sa ma­nière, à l’éla­bo­ra­tion du mythe As­ton Mar­tin. As­ton Mar­tin connaît son heure de gloire à l’is­sue de la Se­conde Guerre mon­diale sous la conduite du my­thique David Brown. En 1955, ce­lui-ci ins­talle la firme sur le site de Newport Pa­gnell. Puis il amé­liore peu à peu la DB, un de ses mo­dèles phares de l’après­guerre, et rem­porte avec, tour à tour, les Vingt- Quatre Heures du Mans et les Mille Ki­lo­mètres du Nür­bur­gring en 1959. Ra­cée, avec son grand ca­pot aux lignes dy­na­miques et ter­ri­ble­ment sexy, la voiture ima­gi­née par David Brown ajoute à ses qua­li­tés de ra­cing une nou­velle di­men­sion de luxe qui, au­jourd’hui en­core, dé­fi­nit les ca­nons de la marque. Le mo­dèle connaît son apo­gée en 1964 avec la pre­mière ap­pa­ri­tion ci­né­ma­to­gra­phique de la DB5 dans Gold­fin­ger, avec Sean Con­ne­ry au vo­lant. “C’est le mo­dèle de

lé­gende du construc­teur, ex­plique Yann Ché­not du ma­ga­zine In­ter­sec­tion. Cette ap­pa­ri­tion a été le fac­teur nu­mé­ro un dans le dé­ve­lop­pe­ment de l’image d’As­ton Mar­tin, au point d’ou­blier que, pen­dant de nom­breuses an­nées, James Bond a été in­fi­dèle à la marque, en col­la­bo­rant avec Lo­tus dans la pé­riode Ro­ger Moore, ou avec BMW dans les pé­riodes Ti­mo­thy Dal­ton et Pierce Bros­nan.” Des an­nées 50 à la fin des an­nées 60, la firme en­chaîne ain­si les suc­cès et construit son mythe grâce au de­si­gn, au sport au­to­mo­bile et au ci­né­ma, au­tour d’une de­vise : “Po­wer,

beau­ty and soul” (“puis­sance, beau­té et âme”). “La ligne As­ton Mar­tin dé­fi­nie par David Brown est une ques­tion de pro­por­tion, d’em­pla­ce­ment des roues, de ca­pot, ana­lyse Ma­rek Reich­man, di­rec­teur du de­si­gn de la marque. Il y a aus­si la cou­leur dark sil­ver green, mais, à vrai dire, nous n’avons pas be­soin d’avoir une cou­leur ca­rac­té­ris­tique pour exis­ter.” Ce der­nier est à l’ori­gine du re­nou­veau de la marque sous la direction stra­té­gique d’Ul­rich Bez, pré­sident d’As­ton Mar­tin de­puis 2000, an­cien pi­lote al­le­mand au grand cha­risme, pas­sion­né par l’en­tre­prise, qui de­vrait en cé­der les rênes dans quelques mois. “Si le Dr Bez est l’ar­chi­tecte de ce que l’en­tre­prise est de­ve­nue au­jourd’hui, l’ar­ri­vée de Ma­rek Reich­man a éga­le­ment fait to­ta­le­ment évo­luer As­ton Mar­tin après un cer­tain flou dans l’orien­ta­tion de la direction ar­tis­tique”, note Yann Ché­not. Aux com­mandes de­puis 2005, le di­rec­teur du de­si­gn s’éver­tue à per­pé­tuer le mythe du car­ros­sier sur le nou­veau site de Gay­don, dans le War­wick­shire, non loin de Bir­min­gham, à deux pas de son cé­lèbre ri­val, Ja­guar. Au mi­lieu de la cam­pagne bri­tan­nique, le site ou­vert il y a une di­zaine d’an­nées re­groupe les ate­liers de pro­duc­tion, le centre de de­si­gn et les bu­reaux ad­mi­nis­tra­tifs, dans un es­prit qui tient plus d’une ma­nu­fac­ture de mo­bi­lier haut de gamme que d’une usine de voi­tures. À l’in­té­rieur des ate­liers d’une pro­pre­té im­ma­cu­lée, mille cinq cents per­sonnes as­semblent mo­teurs, boîtes de vi­tesses et arbres de trans­mis­sion, peignent à la main les car­ros­se­ries et tra­vaillent le cuir des fau­teuils dans un bal­let par­fai­te­ment ro­dé. Tout ici évoque à la fois Fritz Han­sen, Pol­tro­na Frau et Her­mès, tant les sa­voir-faire y semblent éri­gés sur un pié­des­tal. Dans les ate­liers de sel­le­rie, des ma­chines à coudre réa­lisent en bro­de­rie les mo­tifs des sièges de la nou­velle Van­quish. Des di­zaines d’ar­ti­sans gainent avec ap­pli­ca­tion les ha­billages in­té­rieurs des voi­tures, planches de bord et ciels de pa­villon. Au terme d’une longue chaîne qui pren­dra au to­tal deux cents heures en moyenne pour la réa­li­sa­tion d’une voiture, la pose du lo­go cen­te­naire ins­pi­ré d’un sca­ra­bée sur la ca­landre est le geste sym­bo­lique qui au­to­ri­se­ra le vé­hi­cule à quit­ter son nid pour re­joindre son fu­tur pro­prié­taire.

“As­ton Mar­tin sait mettre en avant comme nul autre la ri­chesse des sa­voir-faire bri­tan­niques, qui n’a peut- être d’équi­valent que dans la chaus­sure mas­cu­line, té­moigne Yann Ché­not. Cette marque af­fiche à la fois un as­pect conser­va­teur et chau­vin.” Pour au­tant, qu’on ne s’y trompe pas. Si As­ton Mar­tin garde un oeil sur le ré­tro­vi­seur, toute la stra­té­gie d’in­no­va­tion des der­nières an­nées vise à as­su­rer le fu­tur de l’en­tre­prise. “En termes de style, nous tra­vaillons tout d’abord à ré­duire les lignes, in­dique Ma­rek

Reich­man. Le po­si­tion­ne­ment de la marque ré­side dans la pu­re­té de ses formes, dans son un­ders­ta­te­ment et dans l’au­then­ti­ci­té de ses ma­té­riaux. De mon point de vue, As­ton Mar­tin est une oeuvre d’art en mou­ve­ment que nous nous ef­for­çons d’amé­lio­rer

en per­ma­nence.” Chaque dé­tail en at­teste, à l’ex­té­rieur comme à l’in­té­rieur du mo­dèle Van­quish, dont les com­mandes de ra­dio et de cli­ma­ti­sa­tion sont en cris­tal et d’autres élé­ments en mé­tal, contrai­re­ment à la plu­part des voi­tures de luxe ac­tuelles qui pri­vi­lé­gient le plas­tique ABS mé­tal­li­sé. Cô­té son, Bang & Oluf­sen as­sure la meilleure qua­li­té pos­sible à l’in­té­rieur de l’ha­bi­tacle. “Une As­ton Mar­tin est un pro­duit de luxe qui se

dis­tingue par son ex­clu­si­vi­té, in­dique le pré­sident Ul­rich Bez. Ce­la est dû à la na­ture du pro­duit, aux sa­voir-faire et aux ma­té­riaux mis en oeuvre, à l’amour du dé­tail. Ce­la nous dis­tingue de la masse des autres construc­teurs qui ont une offre haut de gamme, et rend presque im­pos­sible la com­pa­rai­son entre As­ton Mar­tin

et une autre marque.” CQFD. Outre le luxe om­ni­pré­sent, le construc­teur s’ef­force éga­le­ment de pé­ren­ni­ser la lé­gende avec des mo­dèles ré­vo­lu­tion­naires, à l’image de la V12 Van­quish, lan­cée en 2001, dont le châs­sis en alu­mi­nium et la car­ros­se­rie en fibre de car­bone ont pro­pul­sé la marque dans le XXIe siècle. As­ton Mar­tin at­taque sur tous les fronts. Ré­pu­tée peu éco­nome en car­bu­rant et en émis­sion de CO , la marque a lan­cé en 2011 le

2 mo­dèle com­pact Cy­gnet, des­ti­né à la ville. Elle a aus­si dé­voi­lé cette an­née la Ra­pide S aux Vingt- Quatre Heures du Nür­bur­gring, une voiture de course à hy­dro­gène sans émis­sion de gaz car­bo­nique, qui pré­fi­gure peut-être le fu­tur de la marque.

Si As­ton Mar­tin a un ave­nir, elle le doit aus­si et avant tout à la mul­ti­pli­ca­tion de ses riches afi­cio­na­dos qui peuvent s’of­frir un bo­lide au prix moyen de cent cin­quante mille livres ster­ling. “Des hommes, à plus de 95 %, connais­seurs, ama­teurs de style, sou­vent col­lec­tion­neurs d’art, dé­taille Ma­rek Reich­man, en phase avec l’image vé­hi­cu­lée par James Bond, qui a tou­jours été ex­trê­me­ment po­si­tive pour nous.” Pour eux, l’en­tre­prise dé­ploie

toutes les at­ten­tions. “En ache­tant une As­ton Mar­tin, on n’achète

pas seule­ment une voiture, as­sure Yann Ché­not, mais un art de vivre.” La marque or­ga­nise ain­si chaque an­née des ses­sions “on ice” à Saint- Mo­ritz, où les pas­sion­nés peuvent ap­prendre à conduire sur un lac ge­lé. À l’oc­ca­sion de son cen­te­naire, le construc­teur bri­tan­nique a éga­le­ment ima­gi­né un ras­sem­ble­ment d’au­to­mo­biles de pres­tige qui per­met­tra de dé­cou­vrir la cam­pagne bri­tan­nique, puis l’Eu­rope. As­ton Mar­tin n’ou­blie pas les nou­veaux mar­chés en pleine ex­pan­sion. Afin de s’adap­ter à la de­mande chi­noise où les voi­tures de mil­liar­daires sont tou­jours conduites par un chauffeur, le construc­teur a dû aug­men­ter l’es­pace pas­sa­ger ar­rière. Une mi­ni-ré­vo­lu­tion. La marque sait aus­si jouer la carte du ta­peà-l’oeil quand il le faut, en po­sant par exemple cette an­née la Van­quish sur le som­met de la tour Burj al-Arab à grand ren­fort de com­mu­ni­ca­tion. Là aus­si, les temps changent. La marque As­ton Mar­tin est enfin re­ve­nue en force dans l’ima­gi­naire pla­né­taire avec une pré­sence re­mar­quée en 2012 dans Sky­fall, le James Bond le plus vu de tous les temps. La cé­lèbre DB5 de l’es­pion y re­prend du ser­vice avant de se voir to­ta­le­ment dé­truite… pour mieux re­naître de ses cendres dans le pro­chain épi­sode. Pour As­ton Mar­tin, qui a tra­ver­sé toutes les épreuves en près d’un siècle, “de­main ne meurt ja­mais”.

Faites le test au­tour de vous. Ten­tez un coup de bluff. Ex­pli­quez à vos amis ou à des in­con­nus cô­toyés pen­dant un dî­ner que vous al­lez ren­con­trer Ro­bert Pat­tin­son. Quelques-uns, gé­né­ra­le­ment âgés de plus de 45 ans, vous de­man­de­ront peut-être de ré­pé­ter le nom de cette per­sonne dont ils n’ont ja­mais en­ten­du par­ler. Mais les autres, pro­ba­ble­ment tous les autres, mar­que­ront un temps d’ar­rêt afin de di­gé­rer l’in­for­ma­tion. Ils ten­te­ront en­suite de ca­cher leur re­gard cu­rieux, voire en­vieux. Pour ter­mi­ner, ils don­ne­ront leur avis éclai­ré sur ce­lui qu’il faut bien pré­sen­ter comme l’ac­teur le plus cé­lèbre de sa gé­né­ra­tion. Une star ab­so­lue. Rap­pe­lons que Ro­bert Pat­tin­son, dé­cou­vert en 2005 dans Har­ry Pot­ter et la

coupe de feu, a te­nu le rôle du vam­pire Ed­ward Cul­len dans les cinq films de la sa­ga Twilight entre 2008 et 2012. Ces car­tons au box- of­fice ont rap­por­té des sommes ir­réelles qui se chiffrent à plus de trois mil­liards de dol­lars à tra­vers le monde, si l’on tient compte uniquement des sor­ties en salle. Le reste est à l’ave­nant : le DVD du pre­mier opus de la sé­rie s’est ven­du à trois mil­lions d’exem­plaires le jour de son ar­ri­vée sur les rayons en 2009. De­puis, Ro­bert Pat­tin­son ne peut plus sor­tir de chez lui sans que des hordes de jeunes filles en fleurs ou autres fans en pâ­moi­son n’épient ses moindres faits et gestes. Cinq cent soixante- dix-huit mille per­sonnes sont tou­jours abon­nées à son compte Twit­ter in­ac­tif – il n’y a pu­blié que sept mal­heu­reuses phrases de cent qua­rante ca­rac­tères maxi­mum. Sa re­la­tion ap­pa­rem­ment com­pli­quée avec Kris­ten Ste­wart a été plus com­men­tée aux États-Unis que l’élec­tion pré­si­den­tielle. En of­frant à l’époque une ro­mance post-ado à la fois sur l’écran et en de­hors, il n’est pas à ex­clure que “Rob” et sa girl­friend aient sau­vé l’in­dus­trie hol­ly­woo­dienne de la dé­route fi­nan­cière en pé­riode de ré­ces­sion. Voi­là qui dé­passe l’en­ten­de­ment. Em­blème d’une époque ex­trême, le garçon a tout pour que l’on se mé­fie de lui. Mais quelque chose ne cadre pas avec cette image d’idole mar­ke­ting chez le beau gosse qui nous at­tend dans une chambre du Be­ver­ly Hills Ho­tel, l’un des rares lieux calmes et iso­lés de Los An­geles où les stars ne sont en­cer­clées que par les pal­miers et les mas­sifs de su­perbes bou­gain­vil­lées. Cas­quette à l’en­vers, cernes en avant, pieds sur la table du­rant la moi­tié de l’en­tre­tien, Ro­bert Pat­tin­son a plu­tôt l’air co­ol d’une rock star échap­pée des an­nées grunge. D’ailleurs, il est mu­si­cien. Mais contrai­re­ment à tout le reste, cette ac­ti­vi­té de­meure stric­te­ment ré­ser­vée au do­maine pri­vé : “Je joue tout le temps de la mu­sique, je trim­balle ma gui­tare. Il m’ar­rive de pen­ser que je de­vrais faire un al­bum, mais je crois que ce­la ne ser­vi­rait à rien. Je n’ai be­soin

de la va­li­da­tion de per­sonne. J’ai as­sez d’opi­nions sur mon tra­vail en ce qui concerne le ci­né­ma [rires]. Et je ne res­sens pas non plus le be­soin de vendre ma mu­sique.” Le mes­sage dé­li­vré semble clair, Ro­bert Pat­tin­son n’est pas un ven­du. Il tient dur comme fer à cette idée. Il se pour­rait qu’elle lui tienne lieu de phare dans les tem­pêtes qu’il tra­verse. Au cours des mi­nutes qui suivent, on consta­te­ra que le jeune homme n’est pas là pour dis­pen­ser les cli­chés usuels sur son “mé­tier gé­nial” dont un pour­cen­tage as­sez im­por­tant de ses col­lègues ré­galent la presse à lon­gueur d’an­née. Ce­la a pu lui ar­ri­ver au ha­sard de ta­pis rouges fou­lés pen­dant trop long­temps, mais il sort tout juste de cette pé­riode sur­réa­liste. La plu­part des his­toires qu’il va nous ra­con­ter au­ront trait de près ou de loin à une souf­france. Il faut dire que l’exa­do de 27 ans aborde un tour­nant ma­jeur de sa vie. Ce­lui qui, dans le meilleur des cas, pour­rait trans­for­mer la cé­lé­bri­té qu’il est de­ve­nu du jour au len­de­main en ac­teur dé­fi­ni­ti­ve­ment res­pec­té. Il le mé­rite, mais per­sonne ne lui don­ne­ra cette cau­tion sans ef­fort de sa part. Il sait qu’il ne peut pas ra­ter la marche et com­mence à s’ex­tir­per élé­gam­ment de la nasse dans la­quelle il a été pla­cé un peu mal­gré lui. L’an­née der­nière, Pat­tin­son ex­pli­quait à un jour­nal aus­tra­lien ses sen­ti­ments par­ta­gés vis-à-vis de la culture des fans mise en place au­tour des films Twilight. Il no­tait à quel point le contexte de­ve­nait étrange, comme si les mé­thodes de pro­mo­tion fai­saient du ci­né­ma un sport spec­tacle. Il concluait en se plai­gnant po­li­ment que les spec­ta­teurs ne puissent plus vrai­ment re­gar­der les films à force de pen­ser “à toutes ces choses idiotes”.

Face à nous, Ro­bert Pat­tin­son ex­plique à de­mi-mot ce que lui a fait su­bir dans sa chair la culture de la cé­lé­bri­té. Une si­tua­tion qu’il jure ne pas avoir re­cher­chée. Pour ex­pli­quer son em­bar­ras, il

ac­tive d’abord l’op­tion hu­mour. “On a pris tel­le­ment de pho­tos de moi que j’ai l’im­pres­sion d’avoir épui­sé mon quo­ta de vi­sages !”

Puis il pré­cise, l’air sé­rieux : “C’est dif­fi­cile de se dire que l’on pose sans ré­pit. Par­fois, en plein mi­lieu d’un ta­pis rouge, on s’in­ter­roge. J’ai vrai­ment ressenti ce­la très con­crè­te­ment il y a un an. Je me di­sais : ‘ Mais qu’est- ce que tu fais ?’ Je me sen­tais mal à chaque ins­tant.” 2012, dont parle Ro­bert Pat­tin­son, a été l’an­née de l’ar­rêt

de Twilight. Était-ce la peur du vide ? “Cette sen­sa­tion du­rait en fait de­puis trois ans. Mais il a fal­lu un mo­ment avant que je ne prenne vrai­ment conscience de ma si­tua­tion. Se rendre compte de la réa­li­té peut de­man­der un temps fou. De­puis la sor­tie du pre­mier

Twilight, j’avais en­chaî­né film après film sans in­ter­rup­tion pen­dant trois ans et de­mi. Dans ces condi­tions, un cer­tain dé­ca­lage se crée par rap­port à la tem­po­ra­li­té clas­sique et il est pos­sible d’igno­rer le fait que sa vie a été bou­le­ver­sée. C’est au mo­ment où je me suis ar­rê­té de tra­vailler pen­dant quelques mois que j’ai enfin re­gar­dé au­tour de moi. Au­jourd’hui, je di­rais que je com­mence à peine à m’en re­mettre. Je vieillis, c’est un peu plus fa­cile d’avoir les pieds sur terre.” La confes­sion pour­rait faire sou­rire, mais elle émeut. Tan­dis que cer­tains semblent s’y être pré­pa­rés toute leur vie, Ro­bert Pat­tin­son a en­cais­sé le suc­cès comme un choc fron­tal. Il a beau avoir été sous les flashs en tant que man­ne­quin pro­fes­sion­nel dès l’âge de 12 ans, rien n’y a fait : il ti­tube en­core au­jourd’hui, in­cré­dule. Alors qu’il est au som­met de sa no­to­rié­té,

il pour­rait ex­pri­mer sa soif de sé­duire le monde en­core da­van­tage, mais n’y par­vient tout sim­ple­ment pas. Com­ment ex­pri­mer ses dé­si­rs de conquête quand on peine à y croire ? La confiance na­tu­relle semble une ver­tu étran­gère au vo­ca­bu­laire de l’ex-star

ado­les­cente, un ta­lon d’Achille qui ne manque pas d’éton­ner. “Vu de l’ex­té­rieur, j’ai tout pour avoir confiance en moi. Mais voi­là, j’ai éprou­vé un sen­ti­ment étrange : plus je suis de­ve­nu cé­lèbre, plus ma confiance et mon ego ont di­mi­nué. Quand la pres­sion de­vient plus im­por­tante, la so­lu­tion peut être de re­ven­di­quer sa cé­lé­bri­té. Là, c’est l’ex­plo­sion d’ego as­su­rée : on pète les plombs, comme tous ces ac­teurs ou ac­trices cé­lèbres qui de­viennent dingues à force de croire à leur propre hype. Ou alors, on res­sent for­te­ment le fait que les gens nous prennent quelque chose, tout le temps, et ce­la nous in­hibe. J’ap­par­tiens plu­tôt à la se­conde ca­té­go­rie.” Flash-back au dé­but des an­nées 2000. Ro­bert Pat­tin­son n’est en­core qu’un pe­tit lad du sud de Londres comme les autres, à cette dif­fé­rence près qu’il lui ar­rive par­fois de po­ser comme man­ne­quin. Les pho­to­graphes ap­pré­cient son vi­sage an­dro­gyne – il a dé­jà ra­con­té plu­sieurs fois qu’il avait “l’air d’une fille”. Sa fa­mille n’a rien à voir avec le monde du show-bu­si­ness. “Chez moi, on n’al­lait pas beau­coup au ci­né­ma, mon père ven­dait des voi­tures.” Le beau “Rob” s’ins­crit dans une com­pa­gnie de théâtre ama­teur pour trom­per son en­nui. Le mi­racle se pro­duit lors d’une re­pré­sen­ta­tion de Tess d’Ur­ber­ville, le clas­sique de Thomas Har­dy. L’in­té­res­sé ra­conte la suite avec une mo­des­tie presque sus­pecte. “Un soir, un agent était pré­sent dans la salle, et il m’a re­mar­qué, c’est aus­si simple que ce­la. Le des­tin dans toute sa splen­deur. Je ne vou­lais pas de­ve­nir ac­teur, je n’ai ja­mais pris au­cun cours de ce genre à l’école. D’ailleurs, mes dé­buts n’ont pas été fran­che­ment flam­boyants. Ma pre­mière au­di­tion im­por­tante a eu lieu pour le film

Troie [2004] de Wolf­gang Pe­ter­sen. Ce jour-là, je n’ai pas com­pris grand- chose à ce qui m’ar­ri­vait. Je ne pos­sé­dais pas l’ins­tinct né­ces­saire. Après avoir joué dans Har­ry Pot­ter, ce­la ne s’est pas spé­cia­le­ment ar­ran­gé. J’ai em­bau­ché un agent amé­ri­cain qui m’a conseillé de m’ins­tal­ler pro­vi­soi­re­ment à Los An­geles. Et là, rien pen­dant un an. Pas le moindre rôle. Je foi­rais toutes mes au­di­tions. Au­jourd’hui en­core, je n’ai pas l’im­pres­sion d’avoir une boîte à ou­tils, ni d’être par­ti­cu­liè­re­ment doué. J’ap­prends sur le tas, film après film, à mon rythme.” Ce que ne ra­conte pas Ro­bert Pat­tin­son, c’est la fin de cette li­ta­nie d’échecs (dont per­sonne ne se sou­vient, sauf lui). Il lui au­ra suf­fi de plaire à une per­sonne, un jour, pour que tout dé­marre vrai­ment, sans re­tour pos­sible. Nous sommes alors en 2007. Hol­ly­wood bruisse de po­tins sur l’adap­ta­tion des ro­mans à

suc­cès de Ste­phe­nie Meyer, Twilight, une his­toire de vampires que les ado­les­cents s’ar­rachent. Des cen­taines d’ac­teurs tentent leur chance pour in­car­ner Ed­ward, que l’au­teure dé­crit comme “dé­vas­ta­teur et in­hu­main de beau­té”. Pat­tin­son passe les pre­mières étapes du cas­ting sans se dé­mar­quer spé­cia­le­ment des autres, jus­qu’au mo­ment où la réa­li­sa­trice Catherine Hard­wicke – connue pour le film Thir­teen – l’in­vite chez elle à Venice Beach, ville por­tuaire à quelques en­ca­blures de Los An­geles. Ils montent dans sa chambre. Sur le lit, Kris­ten Ste­wart est là. L’au­di­tion com­mence : une scène d’amour. Hard­wicke a ra­con­té au ma­ga­zine En­ter­tain­ment Week­ly son im­pres­sion face au fu­tur couple : “C’était élec­trique. La pièce est de­ve­nue toute pe­tite, le ciel s’est ou­vert.” Quelques mil­lions de per­sonnes ont par­ta­gé son avis en­thou­siaste, même si la ré­cep­tion critique de la sa­ga Twilight fut plu­tôt rude. Une re­la­tive in­jus­tice pour des films dont la sen­sua­li­té pla­nante leur per­met­tait d’échap­per au sous-texte ré­ac­tion­naire vou­lu par l’au­teure des ro­mans. Les ac­teurs n’étaient pas pour rien dans l’am­bi­guï­té de ce bal­let sen­ti­men­tal, fan­to­ma­tique et sé­dui­sant. “J’ai re­vu le pre­mier plu­sieurs fois, je l’aime bien ; j’aime le deuxième aus­si”, com­mente

Ro­bert Pat­tin­son a pos­te­rio­ri, sans s’étendre sur les trois cha­pitres res­tants. Une at­ti­tude qui n’a rien d’ar­ro­gant. Le beau gosse est sim­ple­ment pas­sé à autre chose, en­tré plei­ne­ment dans une nou­velle pé­riode de sa vie, plus cou­pante, sans doute dé­rou­tante pour ses ad­mi­ra­teurs de la pre­mière heure.

Cette deuxième vie a com­men­cé un jour de mai 2012 au Fes­ti­val de Cannes, lors de la pré­sen­ta­tion de Cos­mo­po­lis. L’ac­teur te­nait le pre­mier rôle, un jeune mil­liar­daire de la fi­nance em­bar­qué dans un voyage vers l’apo­ca­lypse à bord de sa li­mou­sine. Adap­té du ro­man de Don DeLillo, ce film po­li­ti­que­ment fé­roce de David Cro­nen­berg pro­pose une danse ef­fré­née sur le ca­davre du li­bé­ra­lisme. Pat­tin­son y su­bit no­tam­ment un toucher rec­tal qui a ali­men­té les dis­cus­sions sur les fo­rums. Lui se sou­vient de tout autre chose. D’un choc

per­son­nel. “Tout a chan­gé pour moi avec Cos­mo­po­lis. J’étais co­mé­dien de­puis une dé­cen­nie et j’avais tour­né dans des films qui ont rap­por­té de l’ar­gent. Dans ces cas- là, on est d’abord une cé­lé­bri­té. Il peut ar­ri­ver un mo­ment où l’on se per­suade que les gens vont dire qu’on est une merde, même si on est bon. À Cannes, pour la pre­mière fois, je par­ti­ci­pais à une com­pé­ti­tion ar­tis­tique et je me suis sen­ti va­li­dé en tant qu’ac­teur. Quand j’ai vu Cos­mo­po­lis sur l’écran géant de cette salle su­blime, je n’étais plus dans le ju­ge­ment per­ma­nent de mon tra­vail, mais face à un film. Un film de David Cro­nen­berg bien plus qu’un film avec Ro­bert Pat­tin­son ! C’est comme si l’art m’avait ser­vi de bou­clier.”

Par­mi les per­sonnes qui ont comp­té dans la car­rière de Ro­bert Pat­tin­son, le réa­li­sa­teur de Crash et de Vi­deo­drome fi­gure à la pre­mière place. L’ac­teur a trou­vé en la per­sonne du ci­néaste ca­na­dien un men­tor, la porte d’en­trée vers un autre monde qu’il ne soup­çon­nait pas. Au mi­lieu du tour­nage de l’ul­time Twilight, quand le scé­na­rio est ar­ri­vé dans sa loge, le jeune homme a pour­tant cher­ché à fuir. “À ce mo­ment-là, j’ignore com­ment jouer ce qui est écrit dans ce scé­na­rio, je n’en ai vrai­ment au­cune idée”,

se sou­vient-il. L’idole tee­nage passe alors plu­sieurs jours à se de­man­der quel pré­texte il va trou­ver pour dire non. “Pen­dant une se­maine, je n’ai pas réus­si à don­ner de nou­velles. Mon agent me pres­sait. Il me de­man­dait sans ar­rêt ce que je fou­tais. Je me sou­viens avoir dit à quel­qu’un sur le pla­teau que je ne me sen­tais pas as­sez bon pour faire ce film. J’ai fi­na­le­ment ac­cep­té parce que je n’avais pas le cou­rage d’avouer cette fai­blesse au réa­li­sa­teur.” Après la ren­contre avec Cro­nen­berg, les doutes se dis­sipent as­sez vite. Quand Pat­tin­son évoque ses an­goisses, le sep­tua­gé­naire post-punk ré­pond que lui non plus ne sait pas com­ment tour­ner ce drôle de film. “Il a juste ajou­té : ‘ Mais c’est un su­jet crous­tillant, non ?’ Voi­là ma pre­mière ex­pé­rience avec lui

[rires]. Il était comme ça jus­qu’au pre­mier jour du tour­nage. Nous avons à peine par­lé du scé­na­rio. Pour lui, il ne faut ja­mais sa­voir de quoi parle un film, y com­pris quand il est ter­mi­né. C’est un truc de Fel­li­ni, je crois. Si on com­prend exac­te­ment de quoi parle un film, même à la toute fin, alors c’est mort. Il faut constam­ment rendre les choses in­té­res­santes.” Jus­qu’à au­jourd’hui (Pat­tin­son a tour­né cet été un deuxième long-mé­trage avec Cro­nen­berg,

Maps to the Stars, dans un rôle se­con­daire cette fois), les

deux hommes ont ain­si mul­ti­plié les conver­sa­tions. “David est un monstre d’in­tel­li­gence. Il a fait res­sor­tir des choses qui étaient peut- être en­fouies en moi. Il m’a don­né confiance d’une fa­çon to­ta­le­ment in­édite. Sur­tout, il a chan­gé ma concep­tion du mé­tier. Main­te­nant, avoir peur de ne pas être à la hau­teur quand je re­çois un scé­na­rio, c’est de­ve­nu qua­si­ment ma ma­nière de choi­sir les films. Je sais que si je flippe, c’est pré­ci­sé­ment que je dois y al­ler. Mais quand ce­la ar­rive pour la pre­mière fois, c’est ter­ri­fiant. Dans la li­mou­sine de Cos­mo­po­lis, le pre­mier jour de tour­nage, je ne sa­vais même pas quelle voix al­lait sor­tir de mon corps.” Outre le nou­veau Cro­nen­berg, Ro­bert Pat­tin­son est an­non­cé dans les pro­chains mois au cas­ting de Queen of the De­sert, au­près de James Fran­co et de Nao­mi Watts, de­vant la ca­mé­ra d’une autre forte tête du ci­né­ma d’au­teur mon­dial, l’agi­té Wer­ner Her­zog. Un juste re­tour à l’en­voyeur, puisque Ro­bert Pat­tin­son a tou­jours cla­mé s’être ins­pi­ré du Nos­fe­ra­tu de Her­zog, réa­li­sé en 1979, comme d’un mo­dèle pour son per­son­nage de Twilight. Ci­né­phile,

le garçon ? Bien plus qu’on ne pour­rait le croire, même si les ori­gines de sa pas­sion n’ont rien d’aca­dé­mique. Rob n’a pas usé

ses jeans sur les fau­teuils d’une ci­né­ma­thèque. “Je me suis in­té­res­sé au ci­né­ma car l’en­droit pour ren­con­trer des filles dans mon quar­tier, c’était le vi­déo­club [rires]. Jeune ado, je pas­sais mon temps là-bas. Le ma­na­ger ai­mait beau­coup ma soeur et il me lais­sait louer des films ré­ser­vés aux plus de 18 ans pour que je les lui montre. Il choi­sis­sait des films de Go­dard et de Cas­sa­vetes juste pour réus­sir à l’im­pres­sion­ner ! Elle n’y a ja­mais je­té un oeil, elle s’en fou­tait. Mais moi, je re­gar­dais ces films avec fer­veur, sim­ple­ment parce qu’ils étaient ré­ser­vés aux plus de 18 ans. Je ma­tais Meurtre

d’un book­ma­ker chi­nois en se­cret, comme si c’était un por­no. Mon ad­mi­ra­tion pour Bel­mon­do a com­men­cé le jour où j’ai vu À

bout de souffle. Fi­na­le­ment, j’ai eu ac­cès à pas mal de films plu­tôt co­ol as­sez jeune. J’ai­mais énor­mé­ment le ci­né­ma, bien plus que l’idée de de­ve­nir ac­teur. Ça, je n’y pen­sais même pas.”

De­puis ses 13 ans, la liste des ac­teurs qu’il ad­mire s’est al­lon­gée et af­fi­née. Quand on lui de­mande quel co­mé­dien pour­rait être consi­dé­ré comme une source d’ins­pi­ra­tion ma­jeure, il n’hé­site

pas une se­conde sur l’identité de l’heu­reux élu. “Mon ac­teur pré­fé­ré est Jack Ni­chol­son. J’ai tou­jours ado­ré ce qu’il a fait, la ma­nière dont il a réus­si à confondre son image pu­blique et son image à l’écran. Quelle ma­ni­pu­la­tion in­croyable ! De plus, si on re­garde sa fil­mo­gra­phie de près, Ni­chol­son a en­chaî­né sept films in­croyables, qui n’étaient ja­mais des choix évi­dents, à un mo­ment cru­cial. Il a joué dans sept de mes films fa­vo­ris, à la suite. Je crois que ça a com­men­cé avec Ea­sy Ri­der en 1969, puis il y a eu entre autres Cinq pièces fa­ciles, Chi­na­town, Pro­fes­sion : re­por­ter, Vol au- des­sus d’un nid de cou­cou, etc. C’est de la fo­lie, non ? Si j’avais vrai­ment une am­bi­tion dans ma car­rière, ce ne se­rait pas for­cé­ment de rem­por­ter un Os­car, mais d’at­teindre une telle constance. Les Os­cars, ça reste as­sez mains­tream, et je ne crois pas que je sois vrai­ment fait pour le mains­tream. Ve­nant de moi, la re­marque peut sem­bler ri­di­cule, mais j’es­saie de prendre une route dif­fé­rente. Par­mi les ac­teurs contem­po­rains, j’ad­mire Joa­quin Phoenix : il est si dif­fi­cile de me­ner une car­rière sans com­pro­mis…” Le cou­plet de l’ac­teur cé­lèbre dé­ci­dé à n’ac­cep­ter que des rôles “pro­fonds” dans des films for­cé­ment “in­dé­pen­dants” a dé­jà été en­ten­du à maintes re­prises. Ro­bert Pat­tin­son semble avoir l’épais­seur hu­maine né­ces­saire pour par­ve­nir à ses fins. L’im­pres­sion qu’il laisse avant de re­tour­ner à sa vie ef­fré­née de star épiée par les pa­pa­raz­zis est celle d’un homme en train de mûrir, qui n’a pas pour au­tant lais­sé dis­pa­raître ce­lui qu’il fut. Il ra­conte que lors de la soi­rée or­ga­ni­sée pour l’avant-pre­mière du pre­mier film de la sa­ga Twilight, il avait bu un peu d’al­cool, comme à son ha­bi­tude lors­qu’il s’agit de faire la fête avec ses amis an­glais. “Pour les Amé­ri­cains, c’était un truc dingue ! Les gens pen­saient que j’étais un ta­ré car j’étais émé­ché à la soi­rée de lan­ce­ment… ‘ Mais qu’est- ce que tu fais ? C’est ta chance, ton grand mo­ment, ne le gâche pas !’ Les gens em­ployaient de grands mots, et moi je ne com­pre­nais pas trop le pro­blème. La culture hol­ly­woo­dienne

est vrai­ment dif­fé­rente.” Lad un jour, lad tou­jours.

Po­lo en pi­qué de co­ton, Dior Homme.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.