La vil­la Lo­ba au Chi­li. Pro­pos re­cueillis par Ch­ris­tian Si­menc

Tel un pro­mo­toire sur l’océan Pa­ci­fique qui s’étend à perte de vue, la vil­la Lo­ba, sur la côte ouest du Chi­li, est une de­meure ma­gique construite comme un es­ca­lier des­cen­dant dans la mer. Un rêve fou de­ve­nu réa­li­té.

Numéro - - Sommaire - Par Ch­ris­tian Si­menc

Un océan pour seul ho­ri­zon. Ain­si jaillit de la

fa­laise la vil­la Lo­ba, mo­no­lithe de bé­ton ob­long et ra­di­cal. Nous sommes sur la côte ouest du Chi­li, dans la péninsule de Co­liu­mo, à quelques en­ca­blures de la ville de Con­cep­ción. Face au Pa­ci­fique, la par­celle qui ac­cueille cette ha­bi­ta­tion est d’une sau­vage splen­deur. À ses pieds, une ré­serve na­tu­relle dé­diée aux… ota­ries. L’im­plan­ta­tion de cette mai­son n’est pas sans évo­quer la vil­la Ma­la­par te – construite par Adal­ber to Li­be­ra, en Ita­lie –, agrip­pée au ro­cher de Ca­pri, avec vue im­pre­nable sur le golfe de Sa­lerne. La vil­la Lo­ba, elle, est l’oeuvre de l’agence d’ar­chi­tec­ture chi­lienne de Mau­ri­cio Pe­zo et Sofía von Ell­rich­shau­sen. Elle ré­sulte de la com­mande d’un couple oeu­vrant dans le do­maine de l’art contem­po­rain, Mar­ce­lo San­chez et Janis Ha­na­nias. “Cette pe­tite construc­tion est plus qu’une hutte, mais moins qu’une de­meure,

pré­cisent les ar­chi­tectes, c’est une mai­son de

cam­pagne.” Ima­gi­née en 2016, elle a été édi­fiée l’an pas­sé. Sur face to­tale : 70 m2.

“Nous avons dé­ve­lop­pé le pro­jet en par­tant de l’in­té­rieur, confie Sofía von Ell­rich­shau­sen. Nous avons ex­ploi­té la to­po­gra­phie en or­don­nant l’es­pace de ma­nière to­ta­le­ment dif fé­rente à chaque ex­tré­mi­té de la mai­son.” Les ar­chi­tectes ont ain­si joué avec la per­cep­tion des pro­por­tions. L’échelle de ce pa­ral­lé­lé­pi­pède opaque est en ef­fet am­bi­guë : “Avec son épais­seur sous­di­men­sion­née, ses men­su­ra­tions à la fois étroites et gran­dioses – se­lon l’angle sous le­quel on la re­garde –, la construc­tion peut être lue comme un ‘mur ha­bi­té’ qui file per­pen­di­cu­lai­re­ment à la to­po­gra­phie, es­timent Mau­ri­cio Pe­zo et Sofía von Ell­rich­shau­sen. La hau­teur de ce ‘ mur’ est dé­ter­mi­née par deux lignes : un ho­ri­zon conti­nu et une sé­quence de pla­te­formes qui des­cendent, en es­ca­lier, vers la mer.”

Cette mai­son compte six ni­veaux au to­tal, qui s’écar tent de plus en plus de la ligne du pla­fond à me­sure qu’ils dé­valent le flanc de la mon­tagne. Une coupe trans­ver­sale suf­fit, à elle seule, à trans­crire les es­paces in­té­rieurs, ô com­bien élé­men­taires. Le vo­lume ha­bi­table s’ins­crit, de fait, entre un toit par fai­te­ment ho­ri­zon­tal – ébou­rif fante ter­rasse ou­ver te aux quatre vents – et ces dif fé­rentes pla­te­formes qui épousent la dé­cli­vi­té du sol. Cet es­pace spec­ta­cu­laire n’est “in­ter­rom­pu” que par trois blocs mas­sifs – qui contiennent les sa­ni­taires, la cui­sine ou la che­mi­née –, ain­si que par deux pas­se­relles de ser­vice ac­ces­sibles grâce à des échelles mé­tal­liques. De­puis la par tie la plus éle­vée de la mai­son jus­qu’au ni­veau le plus bas, “se dé­ploient, de ma­nière in­for­melle, les trois es­paces- clés de la mai­son, dé­diés au re­pos, aux re­pas et à la dé­tente”, ex­plique le duo. Soit, dans l’ordre : les chambres, puis le sé­jour, en­fin le sa­lon. Tan­dis que les lits sont dis­po­sés sur les pla­te­formes su­pé­rieures, avec pla­fond bas, a contra­rio, les tables et les so­fas oc­cupent, eux, les pla­te­formes in­fé­rieures, là où le vo­lume se dé­ploie à l’en­vi et où le pla­fond prend de la hau­teur.

De par t et d’autre de la construc­tion, des ou­ver tures soi­gneu­se­ment tra­cées, dis­crètes néan­moins, baignent l’in­té­rieur de clar­té na­tu­relle. Tout comme les quelques puits de lu­mière, conçus pour illu­mi­ner ponc­tuel­le­ment des sec­teurs spé­ci­fiques. En outre, l’agence Pe­zo von Ell­rich­shau­sen a aus­si te­nu à des­si­ner “quelques per fo­ra­tions en de­mi- lune, qui pour­raient être uti­li­sées comme des ca­drans so­laires”. À la proue de l’ob­long pa­ral­lé­lé­pi­pède prend place une sin­gu­lière fe­nêtre d’angle, scin­dée par un pi­lier cir­cu­laire. Le verre, sans le moindre cadre, y est ser­ti à même le bé­ton. Sur les pa­rois in­té­rieures, lais­sées brutes à des­sein, la lu­mière na­tu­relle vient “lé­cher” la sur face du bé­ton et en fait vi­brer la tex­ture.

Le toit- ter­rasse, lui, fait qua­si­ment of­fice

d’ex­ten­sion du pay­sage. Sur ce so­la­rium lisse se dé­tache néan­moins une étrange “sculp­ture” géo­mé­trique, tel un es­ca­lier. En réa­li­té, l’ob­jet dis­si­mule le conduit d’éva­cua­tion de la che­mi­née du sa­lon. Ses marches servent sur­tout de bel­vé­dère don­nant, alen­tour, sur un pa­no­ra­ma à cou­per le souf fle. On vient s’y as­seoir pour ob­ser­ver le so­leil, juste avant qu’il ne se couche. “Lorsque le mo­no­lithe re­flète le cou­cher du so­leil jus­te­ment, ne sub­siste, au- des­sus de ce long re­flet, que ce pe­tit élé­ment in­si­gni­fiant, comme en lé­vi­ta­tion, tel un ro­cher illusoire, si­non im­pos­sible”, avancent, ly­riques, Mau­ri­cio Pe­zo et Sofía von Ell­rich­shau­sen.

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