La dolce vi­ta.

Numéro - - Sommaire - pro­pos re­cueillis par Phi­lip Utz, por­traits Lu­ca Guadagnino

Naître dans une grande fa­mille ro­maine as­sure évi­dem­ment son lot de far­niente dans des pa­laz­zi su­blimes et d’éveil à la beau­té des arts. Si Sil­via Ven­tu­ri­ni Fen­di ne fait pas ex­cep­tion à la règle, la di­rec­trice de la créa­tion de la ligne homme de Fen­di a pu éga­le­ment, dans son en­fance, cô­toyer les ci­néastes Lu­chi­no Vis­con­ti et Fe­de­ri­co Fel­li­ni, grands amis de ses pa­rents. Au­jourd’hui en­core, sous sa su­per­vi­sion, la mai­son reste une par­te­naire pri­vi­lé­giée du sep­tième art. Ren­contre. Pro­pos re­cueillis par Phi­lip Utz, por­traits Lu­ca Guadagnino

Naître dans une grande fa­mille ro­maine as­sure évi­dem­ment son lot de far­niente dans des pa­laz­zi su­blimes et d’éveil à la beau­té des arts. Si Sil­via Ven­tu­ri­ni Fen­di ne fait pas ex­cep­tion à la règle, la di­rec­trice de la créa­tion de la ligne homme de Fen­di a pu éga­le­ment, dans son en­fance, cô­toyer les ci­néastes Lu­chi­no Vis­con­ti et Fe­de­ri­co Fel­li­ni, grands amis de ses pa­rents. Au­jourd’hui en­core, sous sa su­per­vi­sion, la mai­son reste une par­te­naire pri­vi­lé­giée du sep­tième art. Ren­contre.

Nu­mé­ro Homme : Vous sa­vez ce que vous êtes, Sil­via Ven­tu­ri­ni Fen­di ? Sil­via Ven­tu­ri­ni Fen­di : Non ?

Vous êtes l’in­car­na­tion du chic à l’ita­lienne, rien de moins.

Si vous le dites. [ Rires.] Je porte la même te­nue – un car­di­gan, une che­mise d’homme à manches courtes et un pan­ta­lon – de­puis tou­jours. Ce­la vient sans doute de mon en­fance : entre les uni­formes stricts des gou­ver­nantes qui m’ont éle­vée et ceux de l’in­ter­nat ca­tho­lique où j’ai été édu­quée, cette idée de se le­ver le ma­tin sans avoir à se sou­cier de ce que l’on va mettre m’a été in­suf­flée dès le plus jeune âge. Ma grand- mère, une femme très chic, avait elle aus­si adop­té un code ves­ti­men­taire dont elle ne dé­ro­geait ja­mais : elle por­tait tou­jours la même robe che­mise bleu ma­rine – que lui confec­tion­nait un cou­tu­rier fran­çais ins­tal­lé à Rome – avec une paire de sou­liers sur me­sure de chez Pe­troc­chi. Bref, c’est à force d’être bi­be­ron­née par tant de femmes fortes, à l’al­lure gra­vée dans le marbre, que très tôt je me suis ré­so­lue à ne ja­mais por­ter que la même chose.

On me fait sa­voir que vous n’ai­mez pas trop vous éta­ler dans la presse – et Dieu sait si l’on vous com­prend ! Quelles sont les ques­tions que l’on vous pose im­man­qua­ble­ment et qui vous donnent en­vie d’ache­ver le jour­na­liste à coups de ta­lon ?

La ques­tion “C’est quoi, pour vous, le luxe ?” m’en­nuie à mou­rir. C’est le de­gré zé­ro du jour­na­lisme de mode. Celle qui me met hors de moi est : “Quelle est l’ins­pi­ra­tion

de la col­lec­tion ?” Mam­ma mia ! Si les jour­na­listes prê­taient un mi­ni­mum d’at­ten­tion aux col­lec­tions et ne pas­saient pas le dé­fi­lé scot­chées à leurs por­tables, elles n’au­raient pas à me la po­ser.

Ôtez- moi d’un doute : est- ce bien vous qui avez des­si­né le sac Ba­guette de Fen­di en 1997 ?

Ab­so­lu­ment, c’est moi qui l’ai conçu avec l’aide de mon équipe. Vous sa­vez, il ne faut pas croire tout ce que l’on dit. Lors­qu’un lan­ce­ment de pro­duit rem­porte un franc suc­cès, il ar­rive sou­vent que de sombres in­di­vi­dus cherchent à ti­rer la cou­ver­ture à eux – même s’ils n’étaient im­pli­qués que de très loin dans le pro­jet. Ce qui est drôle, c’est qu’à l’in­verse, lors­qu’un pro­duit ne marche pas, là, il n’y a plus per­sonne.

Com­ment l’idée vous en est- elle ve­nue ? Vous êtes­vous ré­veillée un ma­tin en voyant la Vierge et en vous di­sant : “Ce se­ra une Ba­guette et rien d’autre” ?

Non, lorsque vous tra­vaillez sur un pro­jet de cet ordre, ce n’est pas comme si vous fai­siez trois cro­quis et que le sac vous tom­bait du ciel. Cer­tains de ces lan­ce­ments sont le fruit d’un an de dé­ve­lop­pe­ment, au cours du­quel l’ob­jet en ques­tion ne cesse d’évo­luer, de mu­ter, jus­qu’à trou­ver sa forme dé­fi­ni­tive. C’est un tra­vail de longue ha­leine.

Vous êtes-vous ren­du compte, lors de sa créa­tion, que le Ba­guette al­lait dé­frayer la ch­ro­nique ? Ou son suc­cès a-t- il sur­pris tout le monde ?

Je l’ai su tout de suite – cer­tains ob­jets vous pro­curent une émo­tion, une ex­ci­ta­tion –, mais ce n’était pas le cas de tout le monde. Nos bou­tiques ja­po­naises, par exemple, n’y croyaient pas du tout et re­fu­saient de pas­ser com­mande. Ce qui n’était pas ano­din, dans la me­sure où à l’époque le Ja­pon était comme la Chine au­jourd’hui : il consti­tuait notre plus grand mar­ché.

Vos ré­seaux de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion étaient- ils suf­fi­sam­ment ar­més pour ré­pondre à une telle de­mande ?

Non, nous n’avions pas an­ti­ci­pé le phé­no­mène et nous n’étions ab­so­lu­ment pas prêts, ce qui avait ses avan­tages et ses in­con­vé­nients. La de­mande sur­pas­sait l’offre ; du coup, il s’est pro­duit comme un phé­no­mène de pé­nu­rie. Les listes d’at­tente s’al­lon­geaient, ain­si que les files de­vant les bou­tiques. Si nous avions inon­dé le mar­ché, le Ba­guette ne se­rait pas de­ve­nu si ico­nique. Par la suite, d’autres mai­sons ont ten­té de re­pro­duire le suc­cès de notre sac en lan­çant des it- bags à tire- la­ri­got, tout en fai­sant croire à leurs clientes qu’elles n’avaient que très peu d’exem­plaires en stock. Mais ces der­nières ne sont pas dupes : il est im­pos­sible de leur faire ava­ler une stra­té­gie mar­ke­ting fon­dée sur la ra­re­té si en réa­li­té les usines re­gorgent de sacs.

À com­bien les re­cettes en­gen­drées par cet en­goue­ment pla­né­taire se sont- elles éle­vées ?

Je ne m’en sou­viens plus, je n’en ai au­cune idée. Tout ce que je sais, c’est que le sac Ba­guette a fait de Fen­di une marque re­con­nue sur le plan in­ter­na­tio­nal.

Dans quelle me­sure le Ba­guette a-t- il pe­sé dans la ba­lance lors du ra­chat de Fen­di par le groupe de luxe LVMH en 2001 ?

Il y avait de très bonnes rai­sons de ra­che­ter Fen­di, bien au- de­là du sac Ba­guette. Ber­nard Ar­nault [ P- DG de LVMH] a pres­sen­ti le po­ten­tiel de la mai­son en termes de four­rures et de ba­gages. Ce qui est cer­tain, c’est que nous avons ven­du l’af­faire à point nom­mé. Le tout étant de vendre quand les choses vont bien, et pas quand elles vont mal.

La vente de la marque a-t- elle fait de vous une mul­ti­mil­lion­naire, ou car­ré­ment une mil­liar­daire ?

J’étais mil­liar­daire avant le pas­sage à l’eu­ro, et main­te­nant je suis mul­ti­mil­lion­naire. [ Rires.] Bref, si ce­la peut vous ras­su­rer, vous n’avez pas à vous in­quié­ter pour moi. Je suis une femme com­blée.

Êtes-vous quel­qu’un de plu­tôt gé­né­reux en règle gé­né­rale ? Lorsque vous pre­nez un verre à la ter­rasse d’un ca­fé avec vos co­pines, par exemple, qui s’oc­cupe de l’ad­di­tion ?

Vous sa­vez com­ment ça marche : c’est tou­jours la pauvre pe­tite fille riche qui paie.

Qu’est- ce qui vous a dé­ci­dée à lan­cer une ligne de haute four­rure en 2015 ?

C’était pour cé­lé­brer les 50 ans de créa­tion de Karl La­ger­feld chez Fen­di, mais aus­si pour mettre en avant tout le sa­voir-faire et l’ex­per­tise de la mai­son. Comme vous le sa­vez, la four­rure est un su­jet qui nour­rit de vifs dé­bats. Dé­bats aux­quels je ne suis pas in­sen­sible. En juillet der­nier, par exemple, nous avons vou­lu mon­trer avec une col­lec­tion de haute cou­ture qu’il était par­fai­te­ment pos­sible d’ap­pli­quer toutes nos tech­niques et notre sa­voir-faire à des ma­tières autres que la four­rure.

Jus­te­ment, com­ment fait- on pour par­ler de four­rure aux mil­len­nials friands d’éco­lo­gie, de trans­pa­rence et d’éthique ?

Chez Fen­di, nous sommes très ou­verts à la dis­cus­sion, et nous l’avons tou­jours été. Nous uti­li­sons dé­jà énor­mé­ment de four­rure is­sue de la chaîne ali­men­taire…

Qu’en­ten­dez-vous par là ?

Il s’agit de four­rure pro­ve­nant des mêmes éle­vages que le cuir. Aux der­nières nou­velles, per­sonne ne crie au scan­dale en s’as­seyant sur un ca­na­pé en cuir, alors pour­quoi s’of­fus­quer à pro­pos d’un man­teau ? Je me rap­pelle que, lorsque les mou­ve­ments an­ti­four­rure ont pris de l’am­pleur, dans les an­nées 80, Karl avait si­gné une col­lec­tion Fen­di qui mê­lait vraies et fausses four­rures. Ce qui prouve que nous avons l’es­prit ou­vert aux al­ter­na­tives. Mais, sur le plan éco­lo­gique, ces der­nières sont sou­vent bien plus dé­vas­ta­trices que la four­rure. Les fibres syn­thé­tiques telles que le Ny­lon, par exemple, ont un im­pact ca­tas­tro­phique sur l’en­vi­ron­ne­ment. La four­rure, après tout, est la ma­tière la plus éco­lo­gique du monde. Elle est to­ta­le­ment bio­dé­gra­dable, du­rable, re­cy­clable et ne de­mande pas à être la­vée…

Mi­chael Burke, Pie­tro Bec­ca­ri et Serge Brun­sch­wig se sont suc­cé­dé à la pré­si­dence de Fen­di, et ils sont tous plu­tôt jo­lis gar­çons… Est- ce vous qui vous char­gez du cas­ting des P- DG ?

Non, c’est M. Ar­nault.

Et s’il ne res­tait que vous sur terre après l’apo­ca­lypse, avec le­quel des trois pré­fé­re­riez-vous re­fon­der l’hu­ma­ni­té et la ci­vi­li­sa­tion ?

Ah, ques­tion dé­li­cate… Je ne vou­drais pas faire de fa­vo­ri­tisme.

Ce­la fait main­te­nant cin­quante ans que Karl La­ger­feld est res­pon­sable des col­lec­tions de prê­tà­por­ter fé­mi­nin de Fen­di… Qui ver­riez-vous pour lui suc­cé­der à ce poste ?

Mam­ma mia ! Je pré­fère ne pas y pen­ser.

Où avez-vous gran­di ?

Chez Fen­di.

Vos pa­rents fai­saient- ils par­tie de l’en­tre­prise fa­mi­liale fon­dée par vos grands- pa­rents en 1925 ?

Oui, d’ailleurs je dis tou­jours que dans mon bi­be­ron il y avait du lait et un double F [ le lo­go de la marque, des­si­né par Karl La­ger­feld en 1965, fi­gu­rant deux F tête- bêche].

Quels rôles te­naient votre mère, An­na, et ses quatre soeurs – Pao­la, Fran­ca, Car­la et Al­da – au sein de la so­cié­té ?

Ma mère était la créa­tive, elle tra­vaillait avec Karl et di­ri­geait le stu­dio. Car­la était la stra­tège – un vrai Ma­chia­vel –, elle s’oc­cu­pait de l’image et de la com­mu­ni­ca­tion. Pao­la était la tech­ni­cienne, do­tée d’une par­faite maî­trise de la four­rure. Fran­ca s’oc­cu­pait de la dis­tri­bu­tion et des bou­tiques, et Al­da, quant à elle, était di­rec­trice des sa­lons de cou­ture de la four­rure. Aux dé­buts de la marque, d’ailleurs, Fen­di ne réa­li­sait que des pièces sur me­sure. Le lan­ce­ment de la haute cou­ture, en 2015, a donc mar­qué un vrai re­tour aux sources.

Les cinq soeurs sont- elles tou­jours im­pli­quées dans la marque de­puis la vente à LVMH ?

Non. Pe­tit à pe­tit, elles ont toutes quit­té la so­cié­té.

Et que sont- elles de­ve­nues ? Passent- elles leurs vieux jours à se tar­ti­ner de ri­sot­to aux truffes au bord d’une pis­cine à Po­si­ta­no ?

Elles mènent des vies très dif­fé­rentes, mais elles étaient tel­le­ment ha­bi­tuées à tra­vailler de longues jour­nées qu’elles sont toutes res­tées très ac­tives. Ma mère, par exemple, tra­vaille plus que moi. Elle s’est char­gée de la dé­co­ra­tion de plu­sieurs pe­tits hô­tels que nous avons ou­verts, elle pro­duit du vin qu’elle vend dans le monde en­tier, et elle vient de conce­voir le de­si­gn in­té­rieur et ex­té­rieur du yacht In­vic­tus 370 GT…

Com­ment se fait- il que vous soyez le seul membre de la fa­mille à avoir pour­sui­vi vos ac­ti­vi­tés au sein de la mai­son ?

Ah, ça, je ne sais pas. Il fau­drait po­ser la ques­tion à M. Ar­nault. Je crois que c’était un choix très pré­cis de Karl.

Lorsque vous étiez pe­tite, votre ave­nir était- il tout tra­cé au sein de l’en­tre­prise fa­mi­liale ?

Oui, et j’ai donc tout fait pour re­por­ter l’échéance. Je sa­vais très bien qu’en tra­vaillant pour Fen­di j’al­lais me re­trou­ver à tra­vailler vingt- quatre heures par jour. Du coup, j’ai ré­ser­vé un billet pour la des­ti­na­tion la plus loin­taine pos­sible – à sa­voir le Bré­sil –, où je me suis beau­coup amu­sée, où j’ai beau­coup dan­sé, avant de ren­trer à Rome à l’âge de 24 ans… en­ceinte jus­qu’aux dents.

Étiez-vous une ado­les­cente re­belle ? Fu­miez-vous des joints der­rière le ga­rage à vé­los en em­bras­sant des gar­çons avec la langue ?

J’étais une vraie par­ty girl. Les gar­çons, je les avais, et la nuit, faites-moi confiance, je fai­sais tout ce qu’il fal­lait faire… et sur­tout tout ce qu’il ne fal­lait pas faire.

Vous êtes di­rec­trice de la créa­tion des ac­ces­soires chez Fen­di de­puis 1994. Quand êtes-vous de­ve­nue res­pon­sable des col­lec­tions mas­cu­lines de la marque ?

En 2002.

À quoi res­sem­blait la ligne mas­cu­line lorsque vous l’avez re­prise ?

Le pôle mas­cu­lin était mi­nus­cule à l’époque. Il était pi­lo­té en li­cence et pro­po­sait es­sen­tiel­le­ment

“J’ai ré­ser­vé un billet pour la des­ti­na­tion la plus loin­taine pos­sible – à sa­voir le Bré­sil –, où je me suis beau­coup amu­sée, où j’ai beau­coup dan­sé, avant de ren­trer à Rome à l’âge de 24 ans… en­ceinte jus­qu’aux dents.”

“La vul­ga­ri­té? Dif­fi­cile d’être pré­cise sur le su­jet, vu qu’au­jourd’hui elle est la nou­velle norme. Elle est par­tout où l’on pose les yeux, en com­men­çant par Ins­ta­gram.”

des cos­tumes ri­gides pas très fo­li­chons, donc tout res­tait à faire.

En quoi les goûts et les ha­bi­tudes des hommes en termes de mode ont- ils chan­gé de­puis que vous di­ri­gez les col­lec­tions mas­cu­lines ?

Ils ont chan­gé du tout au tout. Les hommes s’ha­billent main­te­nant en toute li­ber­té. Je trouve ce pied de nez au po­li­ti­que­ment cor­rect et autres us et cou­tumes sur­an­nés à la fois ma­gni­fique et très ex­ci­tant.

Quel est votre plus grand mar­ché pour le pôle mas­cu­lin de Fen­di ?

L’Asie. Comme pour tout le monde.

Le nu­mé­rique et les ré­seaux so­ciaux ont- ils af­fec­té la fa­çon dont les hommes s’ha­billent ?

Ab­so­lu­ment. Au­jourd’hui, ce sont les ré­seaux qui dictent les ten­dances, bien plus que les créa­teurs. La mode s’est dé­mo­cra­ti­sée dans la me­sure où ce sont main­te­nant les in­ter­nautes qui tranchent : lors­qu’un pro­duit leur plaît, il de­vient vi­ral dans la se­conde. Per­son­nel­le­ment, j’adore ça, même si c’est un dé­sastre : je suis tel­le­ment ac­cro à mon compte Ins­ta­gram que je n’en dors plus de la nuit.

Lorsque vous voyez un “in­fluen­ceur” ha­billé comme une pute de car­na­val au pre­mier rang de votre dé­fi­lé, vous n’avez pas en­vie de le gi­fler ?

Si. Et lorsque, sur le mo­ni­teur en backs­tage, j’en aper­çois un dans la salle, je de­mande tou­jours : “Mais

qui c’est qui l’a in­vi­té, ce­lui- là en­core ?”

D’ailleurs à quand re­monte la der­nière fois que vous avez eu en­vie de gi­fler quel­qu’un ?

Au der­nier show.

C’est quoi, pour vous, la vul­ga­ri­té ?

Aïe, aïe, aïe ! Dif­fi­cile d’être pré­cise sur le su­jet, vu qu’au­jourd’hui la vul­ga­ri­té est la nou­velle norme. Elle est par­tout où l’on pose les yeux, en com­men­çant par Ins­ta­gram.

En quoi Kris Jen­ner et Kim Kar­da­shian, qui fi­gurent dans la der­nière cam­pagne de pu­bli­ci­té de la mai­son, in­carnent- elles les va­leurs et le sa­voir- faire de Fen­di ?

J’adore cette ques­tion. Kris et Kim jouissent toutes deux d’un énorme pou­voir mé­dia­tique. Elles n’ont pas peur de le faire sa­voir ni de se ser­vir de cette pla­te­forme à bon es­cient. J’étais très ad­mi­ra­tive, par exemple, de la fa­çon dont Kim s’est ren­due à la Mai­son- Blanche pour convaincre le pré­sident amé­ri­cain de com­muer la peine de cette dé­te­nue qui avait pur­gé vingt- deux an­nées de pri­son pour un dé­lit com­mis sans an­té­cé­dents ju­di­ciaires.

Comme vous le sa­vez sans doute, le thème de ce Nu­mé­ro Homme est le ci­né­ma, et l’on m’a vi­ve­ment en­cou­ra­gé à vous po­ser quelques ques­tions au su­jet du sep­tième art. Fe­de­ri­co Fel­li­ni et Lu­chi­no Vis­con­ti étaient des in­con­di­tion­nels de Fen­di. Étaient- ils proches de vos pa­rents ?

Oui, Fe­de­ri­co ve­nait d’ailleurs sou­vent dî­ner à la mai­son. Lu­chi­no et lui ado­raient as­sis­ter aux es­sayages, no­tam­ment lors des nom­breux dé­fi­lés que nous avons or­ga­ni­sés à Ci­ne­cit­tà. Tous deux étaient des per­son­nages plus grands que na­ture, très fa­cé­tieux, aux uni­vers très oni­riques, et je pense que l’idée d’une af­faire de fa­mille gé­rée par cinq soeurs les fai­sait fan­tas­mer.

Si l’on por­tait votre vie à l’écran, quelle co­mé­dienne sou­hai­te­riez-vous pour vous in­car­ner ?

Bette Da­vis.

S’agi­rait- il plu­tôt d’un thril­ler, d’une co­mé­die ro­man­tique ou d’un film d’hor­reur ?

Ce se­rait une co­mé­die à l’ita­lienne, avec une bonne dose de se­cond de­gré, un soup­çon de cy­nisme et un zeste d’hor­reur.

On vous ima­gine alan­guie sur une mé­ri­dienne, col­lant non­cha­lam­ment des Post- it sur les Fran­cis Ba­con d’un ca­ta­logue So­the­by’s pen­dant que le té­lé­phone sonne, au loin, dans une autre aile du pa­laz­zo… Votre vie res­semble-t- elle à ce­la, ou ce scé­na­rio re­lève-t- il du pur fan­tasme ?

Vous sa­vez, je suis une vraie mam­ma ita­lienne, donc, au risque de vous dé­ce­voir, vous me trou­ve­rez soit en train de m’af­fai­rer en cui­sine pour nour­rir tout ce beau pe­tit monde, soit af­fa­lée sur le ca­na­pé, ex­té­nuée.

Et si vous étiez un per­son­nage de film, se­riez-vous plu­tôt Sha­ron Stone dans Ba­sic Ins­tinct, Glenn Close dans Les 101 Dal­ma­tiens ou Kim Kar­da­shian dans sa sex tape ?

[ Rires.] Bette Da­vis dans The An­ni­ver­sa­ry.

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