Sans des­sus des­sous.

Numéro - - Sommaire - pro­pos re­cueillis par Phi­lip Utz, pho­tos Jeff Bur­ton

Dans les an­nées 90, Tom Ford a fait de Guc­ci un block­bus­ter en mi­sant sans am­bi­guï­té sur le por­no chic. Après avoir mar­qué l’es­thé­tique de l’époque, l’Amé­ri­cain à la ré­pu­ta­tion de con­trol freak a por­té son goût de la per­fec­tion à l’écran en réa­li­sant avec maes­tria deux longs- mé­trages, sans tou­te­fois dé­lais­ser la mode, à tra­vers sa propre marque. Au­jourd’hui, le créa­teur star, né au Texas, lance une ligne de sous-vê­te­ments et se livre, pour Nu­mé­ro Homme, dans un en­tre­tien très en des­sous de la cein­ture. Pro­pos re­cueillis par Phi­lip Utz, pho­tos Jeff Bur­ton

Dans les an­nées 90, Tom Ford a fait de Guc­ci un block­bus­ter en mi­sant sans am­bi­guï­té sur le por­no chic. Après avoir mar­qué l’es­thé­tique de l’époque, l’Amé­ri­cain à la ré­pu­ta­tion de con­trol freak a por­té son goût de la per­fec­tion à l’écran en réa­li­sant avec maes­tria deux longs-mé­trages, sans tou­te­fois dé­lais­ser la mode, à tra­vers sa propre marque. Au­jourd’hui, le créa­teur star, né au Texas, lance une ligne de sous-vê­te­ments et se livre, pour Nu­mé­ro

Homme, dans un en­tre­tien très en des­sous de la cein­ture.

Nu­mé­ro Homme : Com­ment al­lez-vous ? Tom Ford : Je vais très bien, mer­ci ! Et vous ?

Je suis sans voix, tran­si par votre in­dé­niable sex- ap­peal.

Ouais, ouais, ouais… [ Rires.]

Qu’est- ce que ça fait d’être Tom Ford ?

Elle est bi­zarre, votre ques­tion… Com­ment le sa­voir ? J’ai tou­jours été Tom Ford, et per­sonne d’autre. Je manque un peu d’élé­ments de com­pa­rai­son. J’ai une vie très chouette, j’ai beau­coup de chance, donc je se­rais ten­té de vous ré­pondre : “C’est fu­cking fa­bu­lous !” Je suis un homme heu­reux, donc c’est su­per d’être moi !

Dans quelle me­sure peut- on dire que votre quo­ti­dien n’est qu’un tour­billon ver­ti­gi­neux de jeunes éphèbes et de pool par­ties, de jets pri­vés et d’îles tout aus­si pri­vées, de mas­seurs hui­lés et de hap­py en­dings ?

Dé­so­lé de vous dé­ce­voir, mais les éphèbes, les fêtes, l’al­cool et la drogue font par­tie d’un pas­sé ré­vo­lu, qui n’a rien à voir avec ma vie ac­tuelle. Au­jourd’hui, quand je n’ac­com­pagne pas mon fils de 6 ans à l’école – ou à un an­ni­ver­saire, le week- end –, je suis plon­gé dans le bou­lot jus­qu’au cou… Et quand j’ai un mo­ment à moi, je joue au ten­nis.

Vous avez lan­cé votre propre marque en 2006. Pour­quoi avoir at­ten­du si long­temps pour les sous-vê­te­ments ?

J’y avais dé­jà pen­sé il y a quelques an­nées, mais jus­qu’à une époque ré­cente, pour être un ac­teur cré­dible sur ce mar­ché, il fal­lait avoir un gi­gan­tesque ré­seau de dis­tri­bu­tion, sans être en me­sure de contrô­ler l’ap­pa­rence des points de vente ni la fa­çon dont les pro­duits étaient pré­sen­tés ou po­si­tion­nés au sein du ma­ga­sin. Ce n’était clai­re­ment pas ce dont j’avais en­vie pour la marque. Puis, comme beau­coup de gens, je me suis mis à ache­ter presque ex­clu­si­ve­ment en ligne. Il y a deux ans, je me suis ren­du compte qu’il était de­ve­nu pos­sible de tou­cher di­rec­te­ment une nou­velle gé­né­ra­tion de clients en s’ap­puyant en prio­ri­té sur In­ter­net pour la dis­tri­bu­tion. Ma ligne de sous-vê­te­ments se­ra donc ven­due dans mes propres bou­tiques et au­près d’une sé­lec­tion de dis­tri­bu­teurs par­te­naires avec les­quels nous avons dé­jà des vo­lumes im­por­tants – ce qui nous per­met de sa­voir com­ment ils sont com­mer­cia­li­sés et mis en va­leur –, mais elle se­ra aus­si dis­po­nible en ligne, sur quelques pla­te­formes soi­gneu­se­ment sé­lec­tion­nées. De cette fa­çon, je pense que nous al­lons pou­voir dé­ve­lop­per l’ac­ti­vi­té sans com­pro­mettre l’image de la marque.

Et vous, slip ou ca­le­çon ?

Ni l’un ni l’autre. En prin­cipe, je n’en porte pas. À l’époque où j’étais chez Guc­ci, les gens étaient ob­sé­dés par cette ques­tion et on me la po­sait sans ar­rêt. Un jour, à l’apo­gée de ma pé­riode al­coo­lique, je dis­cu­tais avec une jour­na­liste, que vous connais­sez d’ailleurs, et dont je tai­rai le nom. Nous étions, elle et moi, to­ta­le­ment cuits. À un mo­ment, elle m’a dit : “Je n’ar­rive pas à croire que vous ne por­tez pas de sous- vê­te­ments ! Sé­rieu­se­ment, vous ne por­tez rien ?” Et là, j’ai ou­vert ma bra­guette et sor­ti mon pé­nis. Ri­chard [ Bu­ck­ley, le ma­ri de Tom Ford] m’a pris par la peau du cou pour m’éloi­gner des pa­pa­raz­zis, en hur­lant : “Mais, pu­tain ! tu te rends compte de ce

que tu fais ? Re­ferme ton pan­ta­lon !” Ri­chard a tou­jours pen­sé que j’étais un peu barge parce que j’en­le­vais sys­té­ma­ti­que­ment mes vê­te­ments le ven­dre­di soir et que je re­fu­sais de me rha­biller jus­qu’au lun­di. Je dî­nais même à poil, ce qui l’aga­çait sou­ve­rai­ne­ment. Ce­la dit, de­puis que nous avons eu Jack [ le fils de Tom Ford et de son ma­ri], j’ai re­com­men­cé à mettre un pan­ta­lon à la mai­son. Quand vous avez un en­fant,

vous pre­nez une nou­nou et, sans même vous en rendre compte, du jour au len­de­main, vous vous re­trou­vez avec tout un tas de gens chez vous. Main­te­nant, je me suis mis à por­ter un ca­le­çon au saut du lit, pour al­ler prendre mon bol de cé­réales, et aus­si pour dor­mir, au cas où Jack fe­rait un cau­che­mar et où je de­vrais al­ler dans sa chambre en pleine nuit.

Ne me de­man­dez pas pour­quoi, mais dans mes fan­tasmes les plus in­avouables je vous ai tou­jours ima­gi­né en slip Cal­vin Klein.

Cal­vin Klein ? C’est mar­rant que vous ayez pu pen­ser ça ! Je n’ai ja­mais mis de sous-vê­te­ments Cal­vin Klein de ma vie. C’est dif­fi­cile à ad­mettre, mais je suis un peu trop vieux à pré­sent pour por­ter quelque chose de si blanc et si mou­lant. Il faut être lu­cide dans la vie. Si je dois por­ter quoi que ce soit, ce se­ra plu­tôt un ca­le­çon en co­ton de chez Brooks Bro­thers.

Ac­cor­dez-vous foi à cette lé­gende ur­baine qui pré­tend que le port du ca­le­çon est res­pon­sable du re­lâ­che­ment tes­ti­cu­laire ?

Cer­tains sont do­tés à la nais­sance d’une vo­lu­mi­neuse bourse tes­ti­cu­laire. D’autres naissent avec des pe­tites couilles… au­quel cas il vaut mieux s’en te­nir aux ca­le­çons dans l’es­poir d’ar­ri­ver à une taille nor­male avant la re­traite. Au- de­là de ces pa­ra­mètres de base, je ne pense pas qu’il y ait grand- chose à faire contre le re­lâ­che­ment de cette zone, quelle que soit l’op­tion de sous-vê­te­ment re­te­nue. Ce­la dit, je pense qu’il fau­drait vrai­ment in­ven­ter un sys­tème de push- up tes­ti­cu­laire pour faire re­mon­ter tout ça, comme pour les seins des femmes. Après tout, c’est in­juste : pour­quoi les hommes n’au­raient- ils pas droit eux aus­si aux tech­niques de mise en va­leur de cer­tains at­tri­buts ?

Pour votre der­nier dé­fi­lé mas­cu­lin, vous avez as­sor­ti la cou­leur des sous-vê­te­ments por­tés par les man­ne­quins à leur cou­leur de peau. À votre avis, pour­quoi la teinte nude était- elle jusque- là dé­fi­nie seule­ment en ré­fé­rence aux nuances d’une peau blanche ?

Je ne sais pas, et ça me semble très étrange. Pour moi, il al­lait de soi de créer une nuance de nude pour chaque cou­leur de peau. D’abord parce que j’adore l’idée même d’un sous-vê­te­ment chair : si vous ne por­tez rien d’autre, on di­rait que vous êtes – lit­té­ra­le­ment – nu. Je me sou­viens des an­nées 60, une époque où beau­coup de femmes, dont ma mère, por­taient des col­lants “cou­leur chair” – si je ne m’abuse, c’est en­core le cas de la reine Éli­sa­beth. Dans les bou­tiques spé­cia­li­sées, on vous pro­po­sait toute une gamme de tons, pour les peaux pâles, bron­zées ou fon­cées… Je me suis donc dit : “Mais quelle mer­veilleuse idée ! Pour­quoi per­sonne n’a pen­sé à faire la même chose pour les sous­vê­te­ments mas­cu­lins ?”

Connais­sez-vous les grandes ten­dances in­ter­na­tio­nales en la ma­tière ? Le mar­ché asia­tique pré­fère-t- il les boxers aux slips, par exemple ? Ou les Amé­ri­cains pri­vi­lé­gient- ils le jocks­trap sur le string ?

Au­cune idée. Peut- être de­vrais- je m’in­té­res­ser da­van­tage aux ten­dances, je ne sais pas. En amont du lan­ce­ment, j’avais fait une étude de mar­ché : j’ai char­gé quel­qu’un d’al­ler ache­ter dans les ma­ga­sins tous les sous-vê­te­ments qu’on pou­vait trou­ver, en re­gar­dant le pa­cka­ging, les prix, le type de point de vente, la pré­sen­ta­tion des pro­duits… Et puis je me suis dit : “Mais toi, qu’est- ce que toi tu veux faire ?” C’est tou­jours comme ça que je pro­cède. En même temps, notre par­te­naire dans ce pro­jet [ le fa­bri­cant ita­lien Isa Se­ta ( ISA s. p. a.)] a beau­coup d’ex­pé­rience sur ce seg­ment. Ils sont ve­nus as­sis­ter aux es­sayages et ils m’ont dit : “Bon, cette lon­gueur- là se vend très bien, et c’est sur cette ré­fé­rence qu’on fait notre plus

gros chiffre…” Donc je dois dire qu’il y a quand même eu une vraie ré­flexion mar­ke­ting pen­dant la phase de dé­ve­lop­pe­ment.

Les hommes achètent- ils leurs propres sous­vê­te­ments, ou les femmes le font- elles pour eux ?

Je di­rais que la plu­part des hommes les achètent eux- mêmes. Com­ment votre femme pour­rait- elle être au cou­rant de la fa­çon dont vos tes­ti­cules sont à l’aise dans une marque ou une autre ? Je n’ai ja­mais com­pris com­ment un homme pou­vait lais­ser sa femme – ou sa co­pine, ou son mec, peu im­porte – lui ache­ter ses fringues. C’est un truc qui me dé­passe. En gé­né­ral, le ré­sul­tat n’est pas beau à voir !

Quels sont les des­sous les plus co­quins que vous ayez por­tés ?

À un mo­ment, je por­tais un jocks­trap sous mon

jean. Mais c’était en 1979, et le pe­tit ami de Hal­ston [ le créa­teur amé­ri­cain Roy Hal­ston Fro­wick] por­tait le même dans la rue, sans le jean et avec pas grand­chose d’autre, d’ailleurs. C’était un truc de l’époque, et j’étais très jeune… Parce que, pour res­ter sur ce su­jet, vous avez es­sayé d’en por­ter un ré­cem­ment ?

Plu­tôt mou­rir !

Bon. Eh bien, lais­sez-moi vous dire qu’à moins d’avoir un cul en bé­ton c’est to­ta­le­ment in­jouable. Ce n’est plus por­table au- de­là de 21 ans. Per­sonne n’a en­vie de voir un de­mi- ki­lo de chair qui fait son âge sau­cis­son­né comme au rayon char­cu­te­rie. C’est une vé­ri­table abo­mi­na­tion.

À quoi res­sem­blait New York en 1979 ?

C’était vrai­ment gé­nial, parce que c’était avant le si­da, parce que j’étais jeune, et gay de­puis peu de temps. C’était les drogues, les or­gies, le Stu­dio 54 et le sum­mum de l’hé­do­nisme. Ça a été l’une des pé­riodes les plus exal­tantes de ma vie et, comme vous le sa­vez, j’en ai ti­ré l’es­sen­tiel de mon ins­pi­ra­tion pen­dant une bonne par­tie de ma car­rière. C’était aus­si très for­ma­teur, car, ayant gran­di au Nou­veau- Mexique, lorsque je me suis ins­tal­lé à New York, j’ai eu ac­cès à tout ce dont j’avais rê­vé pen­dant des an­nées.

Les gens sont tou­jours très nos­tal­giques quand ils évoquent le Stu­dio 54, mais était- ce vrai­ment aus­si dia­bo­lique qu’on le dit ?

C’était en­core mieux que ça. L’un de mes amis, Matt Tyr­nauer, a ré­cem­ment tour­né un très bon do­cu­men­taire sur cette boîte lé­gen­daire. Il est par­ve­nu à cap­tu­rer l’es­prit du lieu mieux que qui­conque avant lui. Sur les cli­chés d’époque, on peut voir ce par­quet as­sez rin­gard qui ne rend rien en pho­to. Mais la réa­li­té, c’est qu’il y avait là 2 000 per­sonnes qui se mur­geaient et snif­faient de la coke, et que tout le monde était sur­ex­ci­té et hy­per heu­reux d’être là. À l’en­trée, c’était la ruée, et, lorsque vous étiez de­dans, l’am­biance était com­plè­te­ment dingue. Vous pou­viez vous lâ­cher, être réel­le­ment qui vous étiez, comme vous étiez. C’était pro­ba­ble­ment le tout pre­mier lieu in­clu­sif au monde. On y voyait des prin­cesses, des types en smo­king, des ho­mos qui s’en­cu­laient sur la piste, des dan­seurs trans­genres, des mecs hé­té­ros et des filles ma­gni­fiques… C’était ab­so­lu­ment in­croyable. Je n’ai ja­mais rien connu de tel après ça. Je me suis sou­vent de­man­dé, de­puis, si je trou­vais ce­la à ce point gé­nial parce que j’avais 17 ans. Bien sûr, c’est pro­ba­ble­ment une par­tie de la ré­ponse, parce tout était très nou­veau pour moi…

Quel se­rait le faux pas ab­so­lu en ma­tière de sous-vê­te­ments ?

Le slip souillé.

Faites-vous par­tie de ces gens qui jettent leurs des­sous à la pou­belle après les avoir por­tés une seule fois ?

Bien sûr que non !

N’était- ce pas une ha­bi­tude de Cal­vin Klein ?

Je ne sais pas, je ne l’ai ja­mais vu en slip. Je lui po­se­rai la ques­tion la pro­chaine fois que je le croi­se­rai.

De quel cô­té l’homme so­phis­ti­qué doit- il pla­cer sa queue dans son slip ?

Je n’en ai pas la moindre idée !

Et vous, où la ran­gez-vous ?

Per­son­nel­le­ment, je porte à gauche.

Est- ce que la taille compte ?

Mais bien en­ten­du ! Qu’est- ce que vous croyez ?

À quand re­monte votre pre­mière ex­pé­rience sexuelle, et avec qui l’avez-vous eue ?

J’avais 14 ans, et c’était avec une femme. Au dé­but, je cou­chais sou­vent avec des femmes, puis ex­clu­si­ve­ment avec des hommes, puis avec les deux, et en­suite j’ai ren­con­tré Ri­chard et de­puis, c’est seule­ment avec des hommes. Sur l’échelle de la sexua­li­té, je di­rais que je suis ré­so­lu­ment gay, mais je trouve quand même les femmes sexuel­le­ment at­ti­rantes. Il y a quelque chose de fa­cile dans l’acte de faire l’amour avec une femme – parce que, soyons hon­nêtes, c’est ce pour quoi nous sommes équi­pés. En tout cas, je ne suis pas l’un de ces gays qui sont dé­goû­tés à l’idée d’un rap­port sexuel avec la gent fé­mi­nine.

De nos jours, que doit faire un homme de ses poils pu­biens ?

Mais les lais­ser au na­tu­rel, bon sang ! Par pi­tié, stop au toi­let­tage, à la taille, à l’épi­la­tion, au ra­sage ! Qui a en­vie de se frot­ter à des poils drus lors d’une fel­la­tion ?

En ma­tière de sous-vê­te­ments, com­ment votre goût a-t- il évo­lué au fil des an­nées ?

Lorsque j’étais chez Guc­ci, je fai­sais des des­sous trans­pa­rents, des strings pa­vés de strass et des trucs qui, très hon­nê­te­ment, étaient un peu à la li­mite du vul­gaire. Mais ça al­lait bien avec l’époque. Main­te­nant, je trouve que c’est en­core plus sexy quand c’est un peu moins mou­lant et un peu moins fla­grant.

Com­ment l’image que vous avez de vous- même a-t- elle évo­lué avec le temps ?

Ah, mon Dieu ! Comme la plu­part des gens, j’ai sou­vent l’im­pres­sion que mon ap­pa­rence est le re­flet

de ce que je res­sens in­té­rieu­re­ment. Et, in­té­rieu­re­ment, je me sens tou­jours plus vieux et tou­jours plus fa­ti­gué. J’ai pro­ba­ble­ment une per­cep­tion dé­for­mée de mon corps et de mon vi­sage. En même temps, on se sent plus sûr de soi en vieillis­sant. Je fais sans doute moins d’ef­forts. Cer­tains jours, au ré­veil, je me fais cette re­marque : “Tu de­vrais vrai­ment te tailler la barbe. Elle ne res­semble à rien comme ça.” Puis je me dis : “Après tout, je m’en tape, rien à pé­ter !” Et j’y vais comme ça. C’est aus­si lié à la pa­ter­ni­té : tout votre temps libre, c’est du temps que vous avez en­vie de consa­crer à votre en­fant.

Qu’est- ce qui vous em­pêche de dor­mir, la nuit ?

Oh là là ! Je suis du genre à m’in­quié­ter de tout – les su­jets per­son­nels, les su­jets bu­si­ness, les pro­blèmes liés aux dé­fi­lés, aux col­lec­tions, au sty­lisme, à la réa­li­sa­tion de films… Lorsque je me ré­veille en pleine nuit, je peux par­tir en vrille dans un monde très né­ga­tif. Ce­la dit, je pense que ce doit être un truc bio­lo­gique ou phy­sio­lo­gique : à 3 heures du ma­tin, le monde peut pa­raître très sombre aux meilleurs d’entre nous.

J’ai lu quelque part que Har­vey Wein­stein s’était as­su­ré les droits de votre pre­mier film, A

Single Man, en vous fai­sant des ronds de jambe dans votre chambre d’hô­tel… Com­ment vous êtes-vous ex­tir­pé de cette si­tua­tion pour le moins pé­rilleuse ?

[ Rires.] C’est en par­tie in­exact. Je connais Har­vey de­puis très long­temps et, in­con­tes­ta­ble­ment, il a fait des choses ab­so­lu­ment odieuses, mais c’est aus­si quel­qu’un qui a la pas­sion du sep­tième art et un sens très af­fû­té de l’his­toire du ci­né­ma. Il n’a ac­quis les droits de mon film que pour la dis­tri­bu­tion en Amé­rique du Nord. Et ce n’était pas en tête à tête dans une chambre d’hô­tel, si je puis me per­mettre cette pré­ci­sion : ça s’est pas­sé au Fes­ti­val du film de To­ron­to, en pré­sence de son équipe et de mon agent.

Pour­quoi avoir dé­ci­dé de vendre votre gi­gan­tesque ranch du Nou­veau-Mexique, conçu par Ta­dao An­do ?

Il n’est pas en­core ven­du. Le ranch est en plein dé­sert, à une heure de route de San­ta Fe, mais nous n’y al­lons plus de­puis la nais­sance de Jack parce que c’est in­fes­té de ser­pents à son­nette. Peut- être que nous irons y pas­ser quelque temps cet été, et que nous le re­ti­re­rons du mar­ché, qui sait… C’est une pro­prié­té ex­cep­tion­nelle, sur plus de 9 000 hec­tares de ter­rain – c’est-à- dire da­van­tage que la su­per­fi­cie de Man­hat­tan. C’est aus­si un en­droit très par­ti­cu­lier, en ce sens que per­sonne n’a vrai­ment en­vie d’être à ce point cou­pé du monde. Pour ma part, j’adore être au mi­lieu de nulle part. Il y a près de 130 ki­lo­mètres de routes dans le do­maine. Vous pou­vez al­lez où vous vou­lez en voi­ture ou à che­val, mais s’il vous ar­rive quelque chose, par exemple, si un cro­tale vous mord, vous met­trez une heure et de­mie pour re­joindre l’hô­pi­tal le plus proche.

Vous avez la ré­pu­ta­tion d’être un con­trol freak. Il n’est pas trop dif­fi­cile de conser­ver à vos ré­si­dences une ap­pa­rence d’ab­so­lue per­fec­tion avec un en­fant de 6 ans en go­guette ?

Vous fi­nis­sez par fer­mer les yeux sur le dé­sordre. Hier soir, on est ve­nu pho­to­gra­phier notre mai­son de Los An­geles, conçue par l’ar­chi­tecte Ri­chard Neu­tra, parce que nous al­lons ha­bi­ter ailleurs et que nous fai­sons dé­mé­na­ger tous nos meubles. Inu­tile de vous dire qu’il m’a fal­lu deux jours avant la séance pho­to pour dé­bar­ras­ser tout le ba­zar, en l’en­tas­sant dans les pla­cards. Et, ce ma­tin, j’ai dû tout res­sor­tir pour tout re­mettre en place.

Ce­la se fait- il de prier ses in­vi­tés de se dé­chaus­ser avant d’en­trer ? J’ai hor­reur de ça ! Vrai­ment, ça m’exas­père au plus haut point ! Si quel­qu’un me de­mande d’en­le­ver mes chaus­sures, je ré­ponds : “Vous sa­vez quoi ?

Dans ce cas, je vais de­voir y al­ler.” C’est tel­le­ment mes­quin et pré­ten­tieux. Je ne veux à au­cun prix fré­quen­ter des gens si stu­pi­de­ment guin­dés qu’ils n’ima­ginent pas que l’on puisse mar­cher sur leur re­vê­te­ment de sol !

Pour en re­ve­nir aux sous-vê­te­ments, pen­sez-vous que Do­nald Trump est plu­tôt du genre string à paillettes ou in­con­di­tion­nel de l’im­pri­mé léo­pard ?

Doux Jé­sus ! Je ne vais sur­tout pas m’aven­tu­rer sur ce ter­rain- là. Je n’ai pas la moindre en­vie de voir ça !

“Cer­tains sont do­tés à la nais­sance d’une vo­lu­mi­neuse bourse tes­ti­cu­laire. D’autres naissent avec des pe­tites couilles… au­quel cas il vaut mieux s’en te­nir aux ca­le­çons, dans l’es­poir d’ar­ri­ver à une taille nor­male avant la re­traite. Au- de­là de ces pa­ra­mètres de base, je ne pense pas qu’il y ait grand- chose à faire contre le re­lâ­che­ment de cette zone.”

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.