TOMÁS SA­RA­CE­NO AU PA­LAIS DE TO­KYO

Numéro - - Art - Par Anaël Pi­geat Ci- contre : Ar­gy­ro­ne­ta aqua­ti­ca dans la bulle d’air de la toile sous- ma­rine que l’arai­gnée a tis­sée au Stu­dio Tomás Sa­ra­ce­no ( 2017). On Air – Car te blanche à Tomás Sa­ra­ce­no, jus­qu’au 6 jan­vier 2019 au Pa­lais de To­kyo, Pa­ris XVIe.

Son ate­lier ber­li­nois abrite l’une des plus im­por­tantes col­lec­tions de toiles d’arai­gnée au monde. Et pour cause, cet ar­tiste ar­gen­tin né en 1973 est cé­lèbre pour les toiles d’arai­gnée qu’il ex­pose dans des cubes mé­tal­liques ou­verts. À Pa­ris, le Pa­lais de To­kyo lui a don­né carte blanche.

Ex­po­sé dans les plus grands mu­sées du monde, Tomás Sa­ra­ce­no a aus­si fait sen­sa­tion à la K21 Stän­de­haus à Düs­sel­dorf, sous la nef du Grand Pa­lais à l’oc­ca­sion de la COP21 ( 2015), sur le toit du Me­tro­po­li­tan Mu­seum à New York, ou en­core à la der­nière Bien­nale de Lyon. C’est à pré­sent le Pa­lais de To­kyo qui lui of fre une car te blanche.

Cet Ar­gen­tin né en 1973, d’abord for­mé à l’ar­chi­tec­ture à Bue­nos Aires, est cé­lèbre pour les toiles d’arai­gnée qu’il ex­pose dans des cubes mé­tal­liques ou­ver ts. Avec l’aide de spé­cia­listes arach­no­logues, il consti­tue de­puis plu­sieurs an­nées dans son ate­lier – ins­tal­lé à Ber­lin dans une an­cienne usine Ag­fa – une des plus im­por­tantes col­lec­tions de toiles d’arai­gnée au monde. La di­ver­si­té de leurs formes est fas­ci­nante : en arche, en pa­ra­pluie, par­fois ré­duites à un simple fil. Tomás Sa­ra­ce­no les montre souvent plon­gées dans une obs­cu­ri­té qui ma­gni­fie ces folles ar­chi­tec­tures.

Cer­taines de ces toiles ont été trans­por­tées

et ins­tal­lées au Pa­lais de To­kyo pour que les arai­gnées qui y vivent puissent grim­per des­sus et s’en em­pa­rer – plus de dix es­pèces ont été re­pé­rées. Des vi­sites gui­dées sont même pro­po­sées et une car­to­gra­phie tra­cée pour ex­plo­rer les re­coins de l’ex­po­si­tion. L’en­semble des es­paces se trans­forme en un vaste ter­rain d’ex­pé­rience, ponc­tué par de grandes ins­tal­la­tions im­mer­sives pour les­quelles des tests gran­deur na­ture ont été réa­li­sés à l’ate­lier, par exemple une oeuvre so­nore et in­ter­ac­tive dans la­quelle se re­trouve le mo­tif de la toile d’arai­gnée – qui n’est pas loin de celle des ré­seaux neu­ro­naux –, et une

autre qui mêle des pro­jec­tions de pay­sages pho­to­gra­phiques, des struc­tures po­ly­édriques ins­pi­rées de la forme de la mousse, et des sphères prises dans des fi­lets qui rap­pellent les mont­gol­fières.

Telle une arai­gnée au mi­lieu de sa toile

jus­te­ment, Tomás Sa­ra­ce­no tire des fils plus ou moins so­lides et épais, ci­tant le cas de la veuve noire qui n’uti­lise pas moins de sept sor tes de fils. Pour lui, l’art est un ter­ri­toire ou­ver t et mul­ti­dis­ci­pli­naire. Son dé­fi est peut- être jus­te­ment d’être ar tiste sans dé­fi­nir to­ta­le­ment ce qu’est l’ar t, et en res­tant dans le dés­équi­libre de la re­cherche en cours. Au dé­but de l’été, il me­nait un work­shop du cô­té de La Villette pour faire vo­ler l’une de ses sculp­tures, plus lé­gère que l’air, grâce à la simple cha­leur du so­leil. Toute une par­tie de son tra­vail, en ef fet, ne peut pas se voir dans les mu­sées : ce sont des ac­tions qui ont lieu en ex­té­rieur, au gré des élé­ments. Tomás Sa­ra­ce­no a ain­si in­ven­té un moyen de trans­port un peu fou, qui res­sem­ble­rait à une mont­gol­fière fonc­tion­nant à l’éner­gie so­laire : un site In­ter­net per­met de si­mu­ler ces voyages d’un genre nou­veau dans les condi­tions mé­téo­ro­lo­giques réelles. Il a col­la­bo­ré avec la NA­SA, le CNES et le MIT ( Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­lo­gy). Ae­ro­cene est un pro­jet ar tis­tique qui re­vêt dif fé­rentes formes, à la fois une ma­nière de faire corps avec l’en­vi­ron­ne­ment et de trou­ver une sen­si­bi­li­té nou­velle au monde qui nous en­toure. Le dé­fi du Pa­lais de To­kyo est de don­ner à voir toute l’am­pleur de son oeuvre et de ses “uto­pies réa­li­sables”.

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