Tomás Sa­ra­ce­no au Pa­lais de To­kyo. Par Anaël Pi­geat

DE LONDRES À MÁ­LA­GA

Numéro - - Sommaire - Par Ni­co­las Trem­bley, pho­to Jes­si­ca Craig- Mar­tin

Jen­ny Sa­ville est de­ve­nue l’ar tiste femme

vi­vante la plus chère du monde. Prop­ped (1992), son au­to­por­trait nu dans un style hé­ri­té de Lu­cian Freud, a dé­pas­sé les 12 mil­lions de dol­lars [ presque 11 mil­lions d’eu­ros] lors d’une vente qui fe­ra date chez So­the­by’s Londres, dé­but oc­tobre 2018. ( Le nou­veau pro­prié­taire est un in­ves­tis­seur russe). Les femmes coûtent tou­jours moins cher que leurs col­lègues mas­cu­lins. Le re­cord étant dé­te­nu par Geor­gia O’Keeffe en 2014 à New York pour une toile ven­due plus de 44 mil­lions de dol­lars [ en­vi­ron 38 mil­lions d’eu­ros] soit près de trente ans après sa mor t. Cette der­nière re­fu­sait ca­té­go­ri­que­ment toute in­ter­pré­ta­tion fé­mi­nine de son tra­vail ( elle peint ma­jo­ri­tai­re­ment des fleurs), tout comme Elaine Stur­te­vant, qui avait dé­ci­dé de sup­pri­mer son pré­nom pour se “dé- gen­rer” en quelque sorte. Une fa­çon de confron­ter di­rec­te­ment leurs oeuvres à celles des hommes.

Si la vente So­the­by’s res­te­ra dans les

an­nales, ce n’est fi­na­le­ment pas tant pour ce re­cord qui a été oc­cul­té par la po­lé­mique Bank­sy. Un des­sin de l’ar­tiste ad­ju­gé plus d’un mil­lion de livres [1,2 mil­lion d’eu­ros] s’est par­tiel­le­ment au­to­dé­truit sous les re­gards ef­fa­rés des com­mis­saires- pri­seurs. Un pe­tit broyeur à pa­pier était ca­ché dans le cadre et a été ac­ti­vé par une per­sonne qui se trou­vait dans la salle au mo­ment où le com­mis­saire- pri­seur, dé­nom­mé Branc­zik, abat­tait son mar­teau sur le pu­pitre

en criant “Sold!”.

Tout le monde a pen­sé que So­the­by’s était de mèche et que toute cette af faire était un ca­nu­lar vi­sant à faire de la pu­bli­ci­té à cet ar tiste ( et à va­lo­ri­ser l’oeuvre) qui agit plu­tôt dans le champ du street ar t et dont la cote ne cesse de mon­ter. Sur son compte Ins­ta­gram, Bank­sy a pu­blié une vi­déo ex­pli­quant le mé­ca­nisme que plus de 10 mil­lions de spec­ta­teurs ont re­gar­dée. Il a com­men­té tout ce­la avec une ci­ta­tion de Pi­cas­so : “The urge to des­troy is

al­so a crea­tive urge.” [“Le be­soin de dé­truire est aus­si un be­soin créa­tif.”]

Ce n’est pas la pre­mière fois qu’un “tro­phée” d’en­chères est dé­truit pu­bli­que­ment et prend de la va­leur. En 2006, Steve Wynn, le ma­gnat des ca­si­nos de Las Ve­gas, alors qu’il mon­trait à des amis Le Rêve de Pi­cas­so qu’il de­vait vendre quelques jours plus tard, a pas­sé son coude à tra­vers le ta­bleau. Un contrat qui avait dé­jà été si­gné avec un ache­teur pour 139 mil­lions de dol­lars [121 mil­lions d’eu­ros] a dû être an­nu­lé et le ta­bleau re­ti­ré de la vente. Après res­tau­ra­tion, l’oeuvre, de­ve­nue très mé­dia­ti­sée suite à cet in­ci­dent, s’est ven­due pour 155 mil­lions de dol­lars [135 mil­lions d’eu­ros] au fi­nan­cier Steve Co­hen, soit 16 mil­lions de dol­lars de plus.

Pi­cas­so est de toutes les fes­ti­vi­tés, et,

à Má­la­ga, le mu­sée Pi­cas­so fê­tait ses 15 ans au­tour d’un col­loque sur les re­la­tions entre le maî tre lo­cal et l’His­toire. La Fon­da­tion FA­BA, sous la hou­lette de Ber­nard Ruiz- Pi­cas­so et de son épouse la ga­le­riste Al­mine Rech, avait convié des di­zaines de spé­cia­listes ( no­tam­ment tous les di­rec­teurs des mu­sées Pi­cas­so de par le monde, et il y en a pas mal) et d’amis à y as­sis­ter, comme Ira de Fürs­ten­berg, Jean Pi­goz­zi ou Pa­lo­ma Pi­cas­so.

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