Art dia­ry : ch­ro­nique d’un re­por­ter in­fil­tré.

Numéro - - Sommaire - Par Ni­co­las Trem­bley, pho­to Jes­si­ca Craig- Mar­tin

Si l’on sou­haite ap­pré­hen­der le contexte

de l’art contem­po­rain au Texas, il ne faut ab­so­lu­ment pas man­quer l’évé­ne­ment an­nuel Two x Two for AIDS and Art qui se tient à la fin du mois d’oc­tobre à Dal­las. Il s’agit d’un des plus grands ga­las dé­diés à deux causes – l’art contem­po­rain et la re­cherche contre le si­da –, et dont le Dal­las Mu­seum of Ar t ( DMA) et l’Am­far ( l’un des plus gros or­ga­nismes amé­ri­cains de re­cherche contre le si­da) sont les deux bé­né­fi­ciaires. Mais il faut avoir les moyens puis­qu’une table se paye en­vi­ron 120 000 eu­ros.

Cette an­née, Two x Two fê­tait ses 20 ans,

et ses fon­da­teurs, les col­lec­tion­neurs Ho­ward et Cin­dy Ra­chof­sky, ont par­ti­cu­liè­re­ment soi­gné l’évé­ne­ment pour qu’il soit le point culmi­nant d’une fa­bu­leuse épo­pée qui a ré­col­té plus de 80 mil­lions de dol­lars à ce jour. Les grands col­lec­tion­neurs texans sont riches et gé­né­reux, et, lors du ga­la, les plus im­por­tants sou­tiens du mu­sée ( à leur mort, la plu­part d’entre eux vont lui lé­guer une par­tie de leur col­lec­tion) ouvrent leurs ré­si­dences pri­vées ( qui res­semblent à des mu­sées) à une poi­gnée de pri­vi­lé­giés. Dee­die Rose, par exemple, est fan de tout ce qui est ar ti­sa­nal comme Man­zo­ni et pos­sède une col­lec­tion de col­liers du monde en­tier. Paul Stof­fel, lui, est ob­sé­dé par la pein­ture grand for­mat. Les murs gi­gan­tesques de sa mai­son ul­tra mi­ni­male sont cou­ver ts de Kip­pen­ber­ger, d’Ed Ru­scha, de Wade Guy­ton ou de Ro­ber t Ry­man. Chez les Pin­nell, il y a même un bâ­ti­ment uni­que­ment dé­dié à l’ex­po­si­tion de cer­taines pièces. Cette an­née, leur conseiller Rob Tee­ters y avait ins­tal­lé une large pein­ture de Mark Brad­ford. Les Pin­nell font plus que col­lec­tion­ner, ils pos­sèdent le Po­wer Sta­tion, un centre d’art qui, ce mois- ci, pré­sen­tait une ex­po­si­tion de Stur­te­vant.

Eric Green et son fils qui est ad­vi­sor

pos­sèdent sans doute la mai­son la plus kitsch de tout le Sud amé­ri­cain, une sor te de ma­noir ul­tra char­gé dans le­quel leur col­lec­tion de pein­tures fi­gu­ra­tives s’ins­crit par fai­te­ment. Eric Green dé­tient des di­zaines de Da­na Schutz, qui était l’ar tiste ho­no­rée cette an­née au ga­la. L’une des plus in­croyables col­lec­tions est celle de Mar­gue­rite Hof fman, dont la mai­son est plus mo­deste que celles de ses col­lègues. De Lin­da Ben­glis à Mar­cel Brood­thaers en pas­sant par Cy Twom­bly, tout semble ex­quis. Mais dans le jar­din à l’ar­rière, à cô­té du co­los­sal mur de briques qui ser t à dé­li­mi­ter le pé­ri­mètre de son do­maine ( une com­mande à l’ar­tiste Sol LeWitt), se dresse un pa­villon de verre dans le­quel elle ex­pose les grandes pièces qui ne rentrent pas chez elle, comme les sculp­tures de Charles Ray ou les pein­tures de Lau­ra Owens. L’ex­po­si­tion est conçue par le cu­ra­teur Ga­vin De­la­hun­ty, que nous n’avons pas vu cette an­née puis­qu’il a dé­mis­sion­né du DMA suite aux af­faires de har­cè­le­ment sexuel # me­too. Si les cli­chés sur le Texas cor­res­pondent sou­vent à la réa­li­té, celle- ci est par­fois plus com­plexe… D’ailleurs, si dans toutes ces de­meures, sur les pho­tos de fa­mille po­sées sur le pia­no, on re­con­naît des fi­gures po­li­tiques ( Paul Ryan ou les Bush), ou si l’on y trouve, plan­tée au mi­lieu du che­min, une pan­carte “Vote Ted Cruz”, force est de consta­ter que le nou­veau di­rec­teur du mu­sée de Dal­las est bien… un Mexi­cain.

Rien à Dal­las ne se fe­rait sans Cin­dy et

Ho­ward Ra­chof­sky qui pos­sèdent un énorme wa­re­house dans le­quel ils or­ga­nisent des ex­po­si­tions au­tour de leur col­lec­tion consti­tuée par le lé­gen­daire ad­vi­sor Al­lan Sch­wartz­man ( qui tra­vaille chez So­the­by’s dé­sor­mais) au­tour de mou­ve­ments comme Gu­tai ou Mo­no- ha. Le ga­la se tient dans leur mai­son blanche construite par Ri­chard Meier. Avant le ga­la, tout le monde s’ha­bille en blanc et vi­site l’ex­po­si­tion des oeuvres qui se­ront mises aux en­chères. Cette an­née, le fa­bu­leux Alan Cum­ming était le maî tre de cé­ré­mo­nie et Dia­na Ross est ve­nue chan­ter, ce qui a élec­tri­sé une par tie de la salle – dont le di­rec­teur du Na­sher Sculp­ture Cen­ter, l’autre mu­sée im­por tant à Dal­las, et les ac­teurs Timothée Cha­la­met et Ar­mie Ham­mer. Nan­cy Ro­gers a ache­té, pour deux mil­lions de dol­lars, une pein­ture de Ce­ci­ly Brown ce soir- là, ra­vie que le bal mas­qué qu’elle avait or­ga­ni­sé deux jours plus tôt pour fê­ter Hal­lo­ween se soit ter­mi­né à l’aube. Sans comp­ter les Wil­son, gé­né­reux do­na­teurs à coups de mil­lions eux aus­si, qui or­ga­nisent une fa­meuse par­ty avec pole dan­cers dans un bus qui sillonne la ville, déser tée la nuit.

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