Mor­ceaux choi­sis de quatre ga­le­ristes.

Un jour ou l’autre au fil de son his­toire, chaque ga­le­riste noue des af­fi­ni­tés élec­tives avec une pièce ex­cep­tion­nelle. Ré­cit de quatre coups de foudre.

Numéro - - Sommaire - Par Os­car Du­boÿ

LE LAM­PA­DAIRE de Gian­ni Sai­bene et Ce­sare Se­re­gni, choi­si par Marc- An­toine Pa­tis­sier Marc- An­toine Pa­tis­sier s’est as­so­cié à Éli­sa­beth Her­vé il y a une tren­taine d’an­nées pour ou­vrir la ga­le­rie HP Le Stu­dio, écrin boi­sé du VIIe ar­ron­dis­se­ment. “Le de­si­gner ita­lien Gian­ni Sai­bene re­pré­sente l’école de Mi­lan, ex­plique- t- il. Il fut no­tam­ment le col­la­bo­ra­teur d’Ico Pa­ri­si à la Trien­nale de 1951. Ce­sare Se­re­gni, lui, tra­vailla avec Mel­chiorre Be­ga. J’ai choi­si ces de­si­gners parce que ce lam­pa­daire est unique, chef- d’oeuvre mi­ra­cu­leux d’équi­libre et d’in­gé­nio­si­té, des­si­né li­bre­ment et exé­cu­té ar ti­sa­na­le­ment. Ses au­teurs ont fait vo­ler en éclats les pré­ceptes des écoles lo­cales et les dogmes an­ti­for­ma­listes des fonc­tion­na­listes. Avec ce lam­pa­daire, ils ont réus­si à dé­fier la gra­vi­té sans sa­cri­fier à l’exi­gence ex­pres­sive, en s’ap­puyant sur les ef­fets de porte- à- faux ul­tra dy­na­miques de ce sa­vant ré­seau de tubes en lai­ton. Au- de­là de Mol­li­no, il fait évi­dem­ment pen­ser aux vo­lutes de Hor­ta, aux si­nu­soïdes de Ben­son, voire aux ‘ nouilles’ de Ma­jo­relle ! C’est une pièce riche, pas­sion­nante et rare, bref très at­ta­chante.”

LES FAU­TEUILS ZOM­BIE de Ro­ger Tal­lon, choi­sis par Mat­thias Jousse Si Phi­lippe Jousse a re­dé­cou­vert Prou­vé, son fils Mat­thias, qui l’a re­joint plus tard, mise, lui, sur les pièces des an­nées 70, ve­dettes de leur vi­trine de la rue de Seine. “Ma pre­mière ren­contre avec Tal­lon date d’il y a quinze ans. J’avais dé­jà ache­té cer­taines de ses créa­tions et je suis al­lé chez lui pour trou­ver une idée de scé­no­gra­phie pour une ex­po­si­tion que nous or­ga­ni­sions dans notre ga­le­rie au­tour de sa chaise Mo­dule 400. Il m’a alors dit : ‘ Ça va te coû­ter 20 eu­ros : tu colles des bandes de Scotch de cou­leur sur le sol et tu n’au­ras plus qu’à po­ser les pièces.’ Plu­tôt prag­ma­tique. Ce fau­teuil est as­sez par­ti­cu­lier, entre la chaise d’ar­tiste et la sculp­ture, bien qu’on puisse par­fai­te­ment s’y as­seoir – d’ailleurs Tal­lon a tou­jours été en­tou­ré d’ar­tistes, Cé­sar, Klein… Il l’avait ima­gi­né pour la ter­rasse de l’As­tro­quet, un bar de Saint- Ger­main- des- Prés, et les gens osaient à peine s’y ins­tal­ler. Trente- sept exem­plaires avaient été pro­duits, et une quin­zaine ont été re­trou­vés. C’est le troi­sième que j’ai à la ga­le­rie.”

SIG­MUND FREUD’S DREAM, pièce d’ar­chives de Louis Thomp­son choi­sie par Cla­ra Scre­mi­ni De­puis plus de trente ans, Cla­ra Scre­mi­ni nous fait dé­cou­vrir des mer­veilles contem­po­raines en verre ou en cé­ra­mique à tra­vers les foires où elle est pré­sente, BRAFA à Bruxelles, PAD ou à la Bien­nale Pa­ris. “Pour moi, la dé­cou­verte d’un ar­tiste, c’est un mo­ment de grâce. C’est l’émo­tion qui guide le re­gard. De Louis Thomp­son, je ne connais­sais rien quand j’ai dé­cou­vert son tra­vail : ni l’ar­tiste ni son oeuvre. Étu­diant au Royal Col­lege of Art de Londres, il était l’élève de Tes­sa Clegg, de­ve­nue, en rai­son de son ex­cel­lence dans le verre contem­po­rain, une grande ar­tiste de ma ga­le­rie. Le tra­vail de Thomp­son m’a fas­ci­née. C’est un re­gard nou­veau qui n’est ni sculp­tu­ral ni mi­ni­ma­liste et pour­tant les deux à la fois. Il a trou­vé une écri­ture mu­si­cale, in­time, comme une par­ti­tion de mu­sique de chambre. No­tam­ment par ces cou­leurs, ces dé­tails gra­vés dans le verre de ces fla­cons qui ap­pa­raissent ‘ pleins’ de se­crets, et que l’on peut se conten­ter de re­gar­der sans les ou­vrir. Si j’étais col­lec­tion­neuse, j’ai­me­rais po­ser cette oeuvre à cô­té des livres an­ciens qui nous parlent de poé­sie.”

LIGHTMAIL d’As­trid Krogh, choi­si par Ma­ria Wet­ter­gren Cette Da­noise ins­tal­lée à Pa­ris connaît ses clas­siques sur le bout des doigts pour avoir un temps di­ri­gé l’an­tenne pa­ri­sienne de Dansk Mø­bel­kunst. Elle a ou­vert sa propre ga­le­rie en 2010. “Les pièces d’As­trid Krogh m’ont tou­jours fait rê­ver. J’en ai pré­sen­té une en 2011 à ma pre­mière par­ti­ci­pa­tion à De­si­gn Mia­mi/ Ba­sel. Pour une nou­velle ga­le­rie, c’était as­sez au­da­cieux de mon­trer cet ob­jet mo­nu­men­tal de sept mètres, sus­pen­du au pla­fond. Pour l’ins­tant, il se trouve d’ailleurs à la mai­son, même si je ne dis­pose pas de pièces d’une telle hau­teur ! Je sais que j’au­rai du mal à m’en sé­pa­rer… c’est le pa­ra­doxe de mon mé­tier. Il y a une part de fé­mi­nin qui me parle dans la ta­pis­se­rie et que je veux dé­fendre à tra­vers Louise Camp­bell, Gjer­trud Hals, Grethe Sø­ren­sen, après que le de­si­gn a long­temps été do­mi­né par l’es­thé­tique mas­cu­line. En 1999, cette pièce re­pré­sen­tait la pre­mière d’une telle en­ver­gure pour une pion­nière comme As­trid Krogh, qui pour­suit la tra­di­tion de l’art tex­tile en tis­sant de la fibre op­tique, un ma­té­riau qui donne une di­men­sion plus douce et tac­tile en com­pa­rai­son des ins­tal­la­tions lu­mi­neuses d’un Tur­rell ou d’un Fla­vin.”

Ci- des­sous : fau­teuilsZom­bie en plas­tique et mé­tal ( 1967) de Ro­ger Tal­lon, jousse- en­tre­prise. com Page pré­cé­dente : unique et spec­ta­cu­laire lam­pa­daire des ar­chi­tectes Gian­ni Sai­bene et Ce­sare Se­re­gni, créé sur com­mande pour la Ca­sa B à Mi­lan. Trois lu­mières orien­tables en lai­ton et tôle d’alu­mi­nium la­quée. Ita­lie, vers 1950-1954, état d’ori­gine. Ga­le­rie HP Le Stu­dio.

Ci- des­sous : Sig­mund Freud’s Dream Ar­chive: Case Num­bers 576- 587 de Louis Thomp­son, cla­ras­cre­mi­ni­gal­le­ry. com Ci- contre : Lightmail ( 1999) d’As­trid Krogh. Tex­tile en fibre op­tique, pièce unique. Ga­le­rie Ma­ria Wet ter­gren, www. ma­ria­wet ter­gren. com

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