LE MU­SÉE YVES SAINT LAURENT

19 MAR­RA­KECH

Numero Art - - Octobre Sommaire - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CH­RIS­TIAN SIMENC. PHO­TOS PAR KHA­LIL NEMMAOUI

PLUS DE CINQ MILLE VÊ­TE­MENTS, QUINZE MILLE AC­CES­SOIRES HAUTE COU­TURE, DES DI­ZAINES DE MIL­LIERS DE DES­SINS… LA FON­DA­TION PIERRE BER­GÉ-YVES SAINT LAURENT DÉ­VOILE EN­FIN SES TRÉ­SORS AVEC L’OU­VER­TURE DE SES DEUX MU­SÉES. À PA­RIS, REN­DEZ-VOUS À L’HÔ­TEL PAR­TI­CU­LIER DU 5, AVE­NUE MAR­CEAU, ALORS QU’À MAR­RA­KECH, VILLE CHÉ­RIE DU GRAND COU­TU­RIER, STU­DIO KO LIVRE UN SOMP­TUEUX B­TI­MENT DE QUATRE MILLE MÈTRES CAR­RÉS. VI­SITE GUI­DÉE AVEC LE JEUNE DUO D’AR­CHI­TECTES FOR­MÉ PAR OLI­VIER MARTY ET KARL FOUR­NIER.

Nu­mé­ro art : Vous ve­nez de li­vrer le nou­veau mu­sée Yves Saint Laurent à Mar­ra­kech, ville où vous êtes im­plan­tés de­puis une quin­zaine d’an­nées. Com­ment des­sine-t-on un mu­sée consa­cré à un cou­tu­rier ?

Stu­dio KO : Nous l’avons ima­gi­né comme l’in­ter­pré­ta­tion d’un vê­te­ment. À l’ins­tar d’une dou­blure, l’ex­té­rieur et l’in­té­rieur dif­fèrent. Le pre­mier est ocre, tan­dis que le se­cond, hor­mis les deux salles d’ex­po­si­tion ha­billées de noir, est blanc. L’ex­té­rieur, consti­tué de briques brutes, est com­plè­te­ment opaque. L’in­té­rieur at­tire la lu­mière grâce à deux pa­tios, l’un ser­ti de vi­traux, l’autre de briques ver­nis­sées.

Existe-t-il des connec­tions entre la mode et l’ar­chi­tec­ture ?

Au­jourd’hui, il y a comme une mode, celle de s’of­frir un mu­sée comme on s’offre un sac à main. La bour­geoise s’offre un sac à main d’une grande marque, et le pro­prié­taire d’une grande marque, un “sac à main” de grand ar­chi­tecte, en l’oc­cur­rence un mu­sée. Pour le mu­sée Yves Saint Laurent, Pierre Ber­gé a été très clair : il vou­lait tout sauf un geste ar­chi­tec­tu­ral.

Vous usez, pour la pre­mière fois, d’une es­thé­tique avec la­quelle vous étiez, jus­qu’alors, peu fa­mi­liers : la courbe. Pour­quoi ?

Ef­fec­ti­ve­ment, nous n’uti­li­sions pas la courbe car nous n’étions pas à l’aise avec. Pour un vê­te­ment, en re­vanche, la courbe est obli­ga­toire, parce qu’elle ex­prime la sou­plesse. D’où son uti­li­sa­tion, au­jourd’hui, pour gé­né­rer plu­sieurs vo­lumes du mu­sée. Ain­si, à l’ex­té­rieur, le gra­ni­to re­monte-t-il du sol sur les murs grâce à une jonc­tion ar­ron­die, à l’image du pli d’une cape traî­nant sur le sol. Pour for­ma­li­ser l’édi­fice, nous nous sommes d’ailleurs ins­pi­rés d’un pa­tron que nous avons dé­cou­vert dans les ar­chives de la Fon­da­tion Pierre Ber­gé-yves Saint Laurent : c’est un des­sin tra­cé à la craie par Saint Laurent, ce­lui d’une em­man­chure, au­tre­ment dit la jonc­tion épaule-manche. Ce cro­quis, splen­dide, a agi sur nous comme un coup de ton­nerre. Po­sé à plat, il était comme un livre ou­vert, presque un des­sin d’ar­chi­tec­ture. Il mon­trait de ma­nière simple com­ment re­lier une courbe, voire une mul­ti­tude de courbes – l’épaule – à une droite – la manche.

Le tra­vail sur les mo­tifs des pa­rois en briques ne s’ins­pire-t-il pas des tex­tures de vê­te­ments ?

Si, nous avons tra­vaillé les as­sem­blages de briques telle une trame de tis­su. Chaque vo­lume ar­bore d’ailleurs des mo­tifs dif­fé­rents. Par en­droits, comme de­vant la salle du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion, ces pa­rois de briques ajou­rées se font même claus­tras, fil­trant la lu­mière tels des mou­cha­ra­biehs.

Êtes-vous in­fluen­cés par le tra­vail d’un ou plu­sieurs ar­chi­tectes ?

Deux ar­chi­tectes comptent plus par­ti­cu­liè­re­ment pour nous : les Suisses Pe­ter Zum­thor et Va­le­rio Ol­gia­ti. Tous deux s’ins­crivent dans un mou­ve­ment contex­tua­liste. Pe­ter Zum­thor écrit mer­veilleu­se­ment bien. Nous avons eu la chance d’al­ler dans ses thermes à Vals, en Suisse. Une ex­pé­rience épous­tou­flante. De Va­le­rio Ol­gia­ti, nous ai­mons la dex­té­ri­té et l’in­tel­li­gence des formes. Il a conçu une mai­son pour un mu­si­cien à Scha­rans, en Suisse, qui re­prend au cen­ti­mètre près le ga­ba­rit de l’an­cienne ferme qui oc­cu­pait la par­celle. Sauf que, pour des rai­sons de bud­get, une par­tie seule­ment du­dit vo­lume sert d’ha­bi­ta­tion, le reste consti­tuant un vaste pa­tio in­vi­sible de l’ex­té­rieur. Il y a, dans ce pro­jet, une grande in­tel­li­gence. Jean Nou­vel, aus­si, nous a beau­coup in­fluen­cés, en par­ti­cu­lier avec son Ma­ni­feste de Loui­sia­na, écrit en 2005. Nou­vel y livre sa concep­tion de l’ar­chi­tec­ture, dont cette no­tion es­sen­tielle : “Chaque nou­velle si­tua­tion re­quiert une ar­chi­tec­ture nou­velle.” Tout est dit. Ce fut un texte fon­da­teur, mieux : un élec­tro­choc, qui conti­nue d’ir­ri­guer notre pra­tique.

Nu­mé­ro art: How did you ap­proach de­si­gning a mu­seum de­di­ca­ted to the work Yves Saint Laurent?

Stu­dio KO: We ima­gi­ned it as an in­ter­pre­ta­tion of clo­thing: like a li­ned garment, the in­ter­ior and ex­te­rior are dif­ferent. The out­side is ochre, while the in­side is dres­sed in white, apart from the gal­le­ries which are black. The ex­te­rior, made of raw brick, is com­ple­te­ly opaque. The in­ter­ior draws in light via two pa­tios, one wal­led with glass, the other with gla­zed brick.

Are there any connec­tions bet­ween fa­shion and ar­chi­tec­ture?

While a weal­thy wo­man buys her­self a de­si­gner hand­bag, the heads of big brands buy them­selves de­si­gner buil­dings, ge­ne­ral­ly a mu­seum. But for the Mu­sée Yves Saint Laurent, Pierre Ber­gé made it ve­ry clear that the last thing he wan­ted was an ar­chi­tec­tu­ral ges­ture.

For the first time in your work you’ve used curves.

Yes. We didn’t use curves be­fore be­cause we we­ren’t com­for­table with them. But clo­thing has to have curves for flexi­bi­li­ty. That’s why you find them ge­ne­ra­ting se­ve­ral spaces in the mu­seum. On the out­side, the ter­raz­zo flows up from the floor to the walls via a cur­ved junc­tion, like the fold in a cape trai­ling on the floor. To bring a cer­tain for­ma­li­ty to the buil­ding, we rein­ter­pre­ted a pat­tern we’d found in the ar­chives: an arm­hole hand-drawn in chalk by Saint Laurent, in other words the shoul­der-sleeve junc­tion. It hit us like a thun­der­bolt. Laid out flat, it was like an open book, al­most an ar­chi­tec­tu­ral dra­wing. It sho­wed ve­ry sim­ply how to link a curve or mul­tiple curves – the shoul­der – to a straight line – the sleeve.

Did clo­thing tex­tures ins­pire the brick mo­tifs?

Yes, we en­vi­sio­ned the bri­ck­work like a fa­bric weave. Each vo­lume has a dif­ferent mo­tif. In places the loo­se­ly spa­ced bricks form screens that let in light like mash­ra­biyas.

Which ar­chi­tects have in­fluen­ced your work?

Two ar­chi­tects are ve­ry im­por­tant to us: Pe­ter Zum­thor and Va­le­rio Ol­gia­ti, both Swiss and both contex­tua­lists. Zum­thor is a great wri­ter. We had the chance to vi­sit his baths in Vals – a brea­th­ta­king experience. With Ol­gia­ti, it’s

A COU­TURE CASTLE FOR YVES SAINT LAURENT Mar­ra­kech 5,000 GARMENTS, 15,000 COU­TURE AC­CES­SO­RIES, TENS OF THOUSANDS OF DRAWINGS – THE FON­DA­TION PIERRE BER­GÉ-YVES SAINT LAURENT IS AT LAST UNVEILING ITS TREASURES WITH THE OPENING OF TWO MU­SEUMS: ONE IN YSL’S FOR­MER PARISIAN ATE­LIERS, THE OTHER IN A BRAND-NEW BUIL­DING IN MO­ROC­CO.

NU­MÉ­RO ART CAUGHT UP WITH AR­CHI­TECTS OLI­VIER MARTY AND KARL FOUR­NIER – AKA STU­DIO KO – WHO HAVE BUILT A SUMPTUOUS BRICK PA­LACE IN SAINT LAURENT’S CHERISHED SE­COND CI­TY, MAR­RA­KECH.

YVES SAINT LAURENT, 1983 “IN MO­ROC­CO, I REA­LI­ZED THAT THE RANGE OF COLOURS I USE WAS THAT OF THE ZELLIGES, ZOUACS, DJELLABAS AND CAFTANS. THE BOLDNESS SEEN SINCE THEN IN MY WORK, I OWE TO THIS COUN­TRY, TO ITS FORCEFUL HAR­MO­NIES, TO ITS AUDACIOUS COMBINATIONS, TO THE FERVOUR OF ITS CREATIVITY. THIS CULTURE BE­CAME MINE, BUT I WASN’T SATISFIED WITH ABSORBING IT. I TOOK, TRANSFORMED AND ADAPTED IT.” YVES SAINT LAURENT, 1983

“AU MA­ROC, J’AI COM­PRIS QUE MON PROPRE CHROMATISME ÉTAIT CE­LUI DES ZELLIGES, DES ZOUACS, DES DJELLABAS ET DES CAFTANS. LES AUDACES QUI SONT DE­PUIS LES MIENNES, JE LES DOIS À CE PAYS, À LA VIO­LENCE DES AC­CORDS, À L’IN­SO­LENCE DES MÉ­LANGES, À L’AR­DEUR DES IN­VEN­TIONS.”

Le contexte est pri­mor­dial : il est la cer­ti­tude de réa­li­ser une construc­tion unique. Chaque bâ­ti­ment doit être autre et ne peut être du­pli­qué ailleurs. Chaque site pos­sède son climat, ses cou­leurs, sa to­po­gra­phie, voire son ar­chéo­lo­gie. Nous nous po­sons tou­jours la ques­tion de l’ins­crip­tion dans le pay­sage. À Mar­ra­kech, la terre est pré­sente en force. D’où notre choix, pour le mu­sée Yves Saint Laurent, de la brique, un ma­té­riau lo­cal sym­bole de la cou­leur ocre de la ville.

Les ar­tistes vous ins­pirent-ils ?

Pour se nour­rir, il est im­pé­ra­tif d’ex­plo­rer des dis­ci­plines autres que l’ar­chi­tec­ture, à com­men­cer par l’art. L’art peut vous trans­for­mer. Nous ai­mons les oeuvres de James Tur­rell, par exemple. Son tra­vail sur la lu­mière et ses ef­fets d’op­tique a un im­pact di­rect sur le nôtre. Pour pour­suivre dans un re­gistre ma­ro­cain, les pho­to­gra­phies et les films d’yto Bar­ra­da sur l’ur­ba­nisme de Tan­ger nous in­ter­pellent beau­coup. On ap­pré­cie aus­si énor­mé­ment le tra­vail d’axel Vervoordt au Pa­laz­zo For­tu­ny, à Ve­nise. Il y a tou­jours une di­cho­to­mie entre ar­chi­tec­ture et dé­co­ra­tion, des grands écarts par­fois dif­fi­ciles à com­bler. Peu de gens sont ca­pables, comme lui, de com­bi­ner des élé­ments contra­dic­toires, et c’est ras­su­rant. Il a l’art de mixer les dis­ci­plines, les époques, les ci­vi­li­sa­tions, il se per­met des mé­langes tel­le­ment osés… Ce­la nous a ap­pris une forme de li­ber­té.

Avez-vous des ma­té­riaux fé­tiches ? Si oui, les­quels ?

Nous uti­li­sons plu­tôt des ma­té­riaux tra­di­tion­nels, tels que le marbre, l’acier, le bé­ton, le bois ou la pierre. Nous ne sommes pas des dé­fri­cheurs ou des ex­pé­ri­men­ta­teurs. Je me mé­fie de ceux qui disent pré­voir le fu­tur. Beau­coup se sont trom­pés, à l’ins­tar du de­si­gner ita­lien Joe Co­lom­bo et ses pièces ré­pu­tées “fu­tu­ristes”. D’ailleurs, per­sonne n’a vu ve­nir la vague du vintage, sur la­quelle tout le monde surfe au­jourd’hui et pour long­temps en­core, comme un be­soin de se ras­su­rer avec des styles connus. Le pas­sé reste une for­mi­dable source d’ins­pi­ra­tion. Pre­nez Yves Saint Laurent : il dé­tes­tait voya­ger, mais se nour­ris­sait abon­dam­ment des livres qu’il li­sait. Or, per­sonne ne peut af­fir­mer que sa pro­duc­tion n’était pas mo­derne. Re­gar­dez le plis­sé d’une robe de ves­tale : quelle mo­der­ni­té !

Une ar­chi­tec­ture peut-elle créer de l’émo­tion ?

Nor­ma­le­ment, c’est le but. Mal­heu­reu­se­ment, il n’existe pas de re­cette. Ce­la ré­sulte sou­vent d’une sub­tile équa­tion entre les vo­lumes et la lu­mière. Très ré­cem­ment, nous avons pas­sé deux se­maines au Ja­pon. Sur l’île de Nao­shi­ma, nous avons vi­si­té le Chi­chu Art Mu­seum, un bâ­ti­ment qua­si­ment enterré si­gné Ta­dao An­do. Une salle y est consa­crée à l’oeuvre Time/ Ti­me­less/no Time de l’ar­tiste Wal­ter De Ma­ria. Dif­fi­cile de ne pas res­sen­tir une émo­tion de­vant cette pièce consti­tuée no­tam­ment d’une énorme sphère en gra­nit, dont on craint qu’elle ne nous écrase. Le vo­lume de la salle en bé­ton brut et le tra­vail avec la lu­mière zé­ni­thale y sont pour beau­coup. On a l’im­pres­sion d’être dans une ca­thé­drale.

Quelle est votre der­nière grande émo­tion ar­chi­tec­tu­rale ?

Lors de ce même sé­jour au Ja­pon, nous avons vi­si­té, sur l’île de Te­shi­ma cette fois, le Te­shi­ma Art Mu­seum construit par Ryue Ni­shi­za­wa. Il contient une oeuvre unique : Ma­trix [ Ma­trice], de la Ja­po­naise Rei Nai­to. Ce fut un choc. L’ar­tiste a tra­vaillé en par­faite sym­biose avec l’ar­chi­tecte. D’un cô­té, à tra­vers deux ou­ver­tures dans la toi­ture, on ad­mire les nuages ; de l’autre, à même le sol du mu­sée, on scrute les mi­nus­cules gouttes d’eau de l’ins­tal­la­tion de Nai­to, qui sur­gissent de ma­nière aléa­toire. En un coup d’oeil, on passe de l’in­fi­ni­ment grand à l’in­fi­ni­ment pe­tit. L’ef­fet est su­blime.

the for­mal in­tel­li­gence and dex­te­ri­ty that we ad­mire. Jean Nou­vel is al­so a great in­fluence, es­pe­cial­ly his 2005 Loui­sia­na Ma­ni­fes­to in which he says, “Each new si­tua­tion re­quires a new ar­chi­tec­ture.” That sen­tence was an elec­tro­shock that still in­forms our work.

Context seems to be the dri­ving force of your prac­tice.

Context is pri­mor­dial; each buil­ding should be dif­ferent and im­pos­sible to re­pli­cate el­sew­here. Each site pos­sesses its own cli­mate, colours, to­po­gra­phy and ar­chaeo­lo­gy. We al­ways ask our­selves how a buil­ding will sit in the land­scape. In Mar­ra­kech, earth is ve­ry present, which is what ins­pi­red the choice of brick, a lo­cal ma­te­rial that re­pro­duces the ci­ty’s ochre co­lou­ring.

Are there any ar­tists who ins­pire you?

You have to look at other dis­ci­plines to en­rich your work, and art can trans­form your vi­sion. We love James Tur­rell, for example, whose light and op­ti­cal ef­fects have di­rect­ly in­fluen­ced us. Yto Bar­ra­da’s films and pho­tos about ur­ba­nism in Tan­giers al­so speak to us stron­gly. We’re ve­ry im­pres­sed by Axel Vervoordt’s work at the Pa­laz­zo For­tu­ny in Ve­nice. There’s al­ways a di­cho­to­my bet­ween ar­chi­tec­ture and de­co­ra­tion that can be dif­fi­cult to bridge. Few can com­bine contra­dic­tions like Vervoordt does, and for us it’s ve­ry reas­su­ring. His da­ring mix of dis­ci­plines, eras and ci­vi­li­za­tions has taught us a cer­tain li­ber­ty.

Are there ma­te­rials you par­ti­cu­lar­ly fe­ti­shize?

Our ma­te­rials are most­ly tra­di­tio­nal: steel, marble, wood, concrete, stone. We’re not trail­bla­zers or ex­pe­ri­men­ters. The past is a great source of ins­pi­ra­tion. Just look at Saint Laurent: he ha­ted tra­vel­ling, but was ins­pi­red by his constant rea­ding. And no one can say his out­put wasn’t mo­dern. Look at his ves­tal dress – what mo­der­ni­ty!

Can ar­chi­tec­ture create emo­tion?

That’s the goal, but there are no re­cipes. It of­ten comes from a subtle equa­tion bet­ween space and light. Re­cent­ly we vi­si­ted Ta­dao An­do’s Chi­chu Art Mu­seum in Ja­pan, where Wal­ter De Ma­ria’s Time/ti­me­less/no Time fills an en­tire room. An en­or­mous gra­nite sphere, it seems rea­dy to crush you. The rough ce­ment walls and vertical light are es­sen­tial to the ef­fect: you real­ly feel you’re in a ca­the­dral.

“PIERRE BER­GÉ WAS VE­RY CLEAR THAT THE LAST THING HE WAN­TED WAS AN AR­CHI­TEC­TU­RAL GES­TURE.”

STU­DIO KO “PIERRE BER­GÉ A ÉTÉ TRÈS CLAIR : IL VOU­LAIT TOUT SAUF UN GESTE AR­CHI­TEC­TU­RAL.”

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