LA JEUNE SCÈNE NEW YOR­KAISE

NEW YORK

Numero Art - - Novembre Sommaire - PAR ANN BINLOT. PHO­TOS PAR DAR­RYL RI­CHARD­SON

AVANT DE DE­VE­NIR iti­né­rante, We Buy Gold était en­core ré­cem­ment si­tuée à Brook­lyn, au rez-de-chaus­sée d’un en­semble im­mo­bi­lier ba­nal dans le quar­tier de Bed­ford-stuy­ve­sant (“Bed-stuy”), cé­lèbre pour ses men­tions dans les chan­sons du rap­peur The No­to­rious B.I.G. – et pour son taux d’ho­mi­cides très éle­vé. La vi­trine de We Buy Gold était flan­quée d’un pres­sing et d’une agence im­mo­bi­lière, signe de l’em­bour­geoi­se­ment qui a ga­gné le quar­tier ces dix der­nières an­nées. Il ne s’agis­sait pas, comme son nom pou­vait le lais­ser pen­ser, d’un prê­teur sur gages mais d’une ga­le­rie. Elle avait ou­vert ses portes au prin­temps der­nier, avec une ex­po­si­tion col­lec­tive de Tork­wase Dy­son, Re­nee Glad­man et Ha­rold Men­dez au­tour des “ef­fets de la géo­gra­phie sur la réa­li­té so­ciale”. Sa fon­da­trice, Joeon­na Bel­lo­ra­do-sa­muels, qui tra­vaille éga­le­ment comme res­pon­sable à la ga­le­rie Jack Shain­man, à Chel­sea, vou­lait créer des ponts entre l’ancien Bed-stuy et le nou­veau. “Il m’avait sem­blé lo­gique et im­por­tant de com­men­cer là où j’ha­bite, ex­plique-t-elle. Bed­ford-stuy­ve­sant est un quar­tier qui abrite quan­ti­té d’ar­tistes, de cu­ra­teurs et de cri­tiques en tout genre, et nous avions be­soin d’un en­droit à nous, qui ac­cueille cette réa­li­té-là dans sa glo­ba­li­té.”

À New York, un pro­prié­taire de ga­le­rie doit faire face à d’in­nom­brables dé­fis. Les loyers sont très éle­vés, et il faut réa­li­ser quelques bonnes ventes ne se­rait-ce que pour cou­vrir ses frais fixes. Alors que beau­coup de pe­tits es­paces et de ga­le­ries de taille moyenne mettent la clé sous la porte ou vont cher­cher ailleurs des loyers abor­dables, une nou­velle ca­té­go­rie d’ar­tistes et de mar­chands ont dé­ci­dé d’in­ven­ter leurs propres règles. Jeoan­na Bel­lo­ra­doSa­muels ne s’est pas lais­sé re­bu­ter par le mar­ché. “J’ai moins pen­sé aux condi­tions du mar­ché qu’à mon en­vie de créer un es­pace, de mon­ter des ex­po­si­tions et de tra­vailler avec des ar­tistes qui m’ob­sèdent”, as­sure-t-elle. Be­fore it went no­mad, We Buy Gold was lo­ca­ted on a non­des­cript block in Bed-stuy, a Brook­lyn neigh­bou­rhood once known for its name drops in No­to­rious BIG songs and its high mur­der rate. We Buy Gold is not a pawn­shop, as its name im­plies, but a new gal­le­ry that ope­ned last spring with a th­ree-per­son ex­hi­bi­tion which consi­de­red the so­cial im­pli­ca­tions of geo­gra­phy, fea­tu­ring the work of Tork­wase Dy­son, Re­nee Glad­man and Ha­rold Men­dez. Joeon­na Bel­lo­ra­do-sa­muels, We Buy Gold’s foun­der and al­so a di­rec­tor at Chel­sea gal­le­ry Jack Shain­man, wants to bridge the gap bet­ween Bed-stuy’s new and old. “It felt the most right and the most im­por­tant to start right where I live,” she explains. “Bed­ford-stuy­ve­sant is home to so ma­ny ar­tists, cu­ra­tors and wri­ters of all kinds, and we nee­ded a space of our own that em­braces that.”

In New York, the chal­lenges of run­ning a gal­le­ry are ma­ni­fold. There are high rents and the need to make a num­ber of large sales just to pay the ove­rheads. As

A NEW GE­NE­RA­TION OF GAL­LE­RIES IS SPRINGING UP IN NEW YORK, DES­PITE THE HIGH RENTS AND THE CUTTHROAT COM­PE­TI­TION. SOLIDARITY AND SMALL SPACES ARE THE HALLMARKS OF THIS YOUNG, CREA­TIVE, EMER­GING SCENE.

New York THE BIG APPLE’S NEW GAL­LE­RY SCENE

À quelques rues de là, de l’autre cô­té de Bed-stuy, Arie­la Git­tlen et Scott In­dri­sek (elle, gra­phiste et cri­tique d’art ; lui, ar­tiste et ré­dac­teur en chef du ma­ga­zine Art­sy) ont fait de grosses éco­no­mies de frais gé­né­raux. Re­non­çant à ins­tal­ler leur es­pace dans un lo­cal pré­vu à cet ef­fet au pro­fit de leur ap­par­te­ment, ils pro­posent chaque mois une ex­po­si­tion. Leur pro­jet était d’as­so­cier un ar­tiste confir­mé et un ar­tiste émergent, par exemple Pe­ter Hal­ley et Tra­cy Tho­ma­son, ou William Weg­man et Mat­thew Thur­ber. L’exer­cice a évo­lué vers autre chose. La der­nière ex­po­si­tion pré­sen­tait le tra­vail de Marc Hund­ley, me­nui­sier à ses heures, qui avait créé pour le lieu un banc et des éta­gères. Celle de l’été s’est trans­for­mée en af­faire de fa­mille, avec des ta­bleaux de Pe­ter In­dri­sek, le père de Scott (dé­cé­dé en 2009), des pho­to­gra­phies de son frère Adam, et ses propres toiles. “Notre prin­ci­pal ob­jec­tif était de faire des choses in­at­ten­dues, peu­têtre bi­zarres, et d’of­frir ces op­por­tu­ni­tés à des ar­tistes éta­blis qui au­raient en­vie de sor­tir pour un temps du white cube de la ga­le­rie”, pré­cise In­dri­sek.

De l’autre cô­té du Man­hat­tan Bridge, dans Chi­na­town, El­lie Rines (par ailleurs res­pon­sable de la ga­le­rie new-yor­kaise de Ceys­son & Bé­né­tière) vient quant à elle d’ou­vrir son se­cond es­pace, 56 Hen­ry, où elle ex­pose des ar­tistes – prin­ci­pa­le­ment des femmes – connus ou en de­ve­nir. On peut ac­tuel­le­ment y dé­cou­vrir une ins­tal­la­tion de Sam Moyer, un vi­trail dont le verre est tein­té de ma­nière à imi­ter un mur de briques. “J’ai dé­li­bé­ré­ment choi­si un pe­tit es­pace, ra­conte El­lie Rines, parce que ce­la me per­met de pro­po­ser des ex­po­si­tions très étroi­te­ment ci­blées. C’est aus­si un moyen de li­mi­ter le coût du loyer et de mon­trer ce que j’ai vrai­ment en­vie d’ex­po­ser, pas ce qui va se vendre. Les lu­mières res­tent al­lu­mées en per­ma­nence, tous les jours, de sorte que les ex­po­si­tions sont vi­sibles de­puis la rue.”

À exac­te­ment six mi­nutes à pied de là, sur le Lo­wer East Side, trois mar­chands d’art – Pat­ton Hindle, Court­ney Chil­dress et RJ Su­pa – ont ou­vert il y a un an l’es­pace Yours Mine & Ours. Pro­lon­ge­ment de leur ex­po­si­tion mo­no­gra­phique de l’ar­tiste Je­re­my Couillard, la sculp­ture in­ti­tu­lée Alien Af­ter­life, qui re­pré­sente un ex­tra­ter­restre ins­tal­lé au cla­vier de son or­di­na­teur, a fait fu­reur sur les ré­seaux so­ciaux pen­dant la foire d’art or­ga­ni­sée à New York par la NA­DA (New Art Dea­lers Al­liance). En dé­pit de leurs dé­boires col­lec­tifs – ils ont vu leurs pré­cé­dentes ga­le­ries fer­mer –, les membres du trio ont dé­ci­dé d’ou­vrir celle-ci pour, confie Hindle, “sou­te­nir des ar­tistes et, dans le même temps, créer une com­mu­nau­té.”

Et le mar­chand d’ajou­ter : “Le monde de l’art est à un tour­nant dé­ci­sif et sti­mu­lant, parce que les ga­le­ries re­mettent à plat ce qui est réel­le­ment im­por­tant – un es­pace im­mense, un amé­na­ge­ment pres­ti­gieux et la par­ti­ci­pa­tion à dix foires dif­fé­rentes ? Elles s’aper­çoivent aus­si que le re­cours à ce pro­ces­sus col­la­bo­ra­tif, qui nous per­met de sou­te­nir d’autres ga­le­ristes et de par­ta­ger nos ar­tistes, com­mence à faire des émules. Soit nous réus­sis­sons tous en­semble, soit nous dis­pa­rais­sons col­lec­ti­ve­ment.” small- to me­dium-si­zed spaces are clo­sing down or de­cam­ping to more af­for­dable ter­rain, a new group of am­bi­tious dea­lers and ar­tists is ma­king its own way. Bel­lo­ra­do-sa­muels didn’t let the mar­ket de­ter her. “I was thin­king less about the state of the mar­ket and more about crea­ting space, ma­king shows and wor­king with ar­tists that I’m ob­ses­sed with.” Se­ve­ral blocks down on the other side of Bed-stuy, Arie­la Git­tlen and Scott In­dri­sek, res­pec­ti­ve­ly a de­si­gner and art wri­ter and an ar­tist and edi­tor at Art­sy, sa­ved on ove­rheads by sho­wing in their own apartment, where they open a new ex­hi­bi­tion month­ly. The ini­tial pre­mise be­gan with pai­ring ol­der ar­tists with emer­ging ar­tists who they thought would have fruit­ful col­la­bo­ra­tions, like Tra­cy Tho­ma­son and Pe­ter Hal­ley, or William Weg­man and Mat­thew Thur­ber, but it evol­ved in­to so­me­thing else. “Our main goal in opening the space was to do so­me­thing unex­pec­ted and per­haps a bit weird,” says In­drie­sek. “We wan­ted to offer those unex­pec­ted and slight­ly weird op­por­tu­ni­ties to ve­ry well-es­ta­bli­shed ar­tists who might want a break from the white cube,” he re­calls.

Across the Man­hat­tan Bridge in Chi­na­town, El­lie Rines, a di­rec­tor of Ceys­son & Bé­né­tière’s New York gal­le­ry, has ope­ned her se­cond space, 56 Hen­ry, where she shows a mix of pre­do­mi­nant­ly fe­male ar­tists. “My space is in­ten­tio­nal­ly small be­cause it gives me the op­por­tu­ni­ty to present tight­ly-fo­cu­sed ex­hi­bi­tions,” she explains. “Al­so, it keeps my rent low which en­ables me to show what I want instead of what will sell. I keep the lights on 24/7, ma­king the ex­hi­bi­tions ful­ly vi­sible from the street.” Just a six­mi­nute walk away on the Lo­wer East Side, th­ree dea­lers – Pat­ton Hindle, Court­ney Chil­dress and RJ Su­pa – ope­ned Yours Mine & Ours a year ago. Alien Af­ter­life, a sculp­ture of an alien ty­ping away at a com­pu­ter by Je­re­my Couillard – an ex­ten­sion of his so­lo show at the gal­le­ry – be­came a so­cial-me­dia sen­sa­tion du­ring the NA­DA New York art fair. Des­pite their col­lec­tive experience seeing their for­mer gal­le­ries close, the trio ope­ned the new space “to cham­pion ar­tists and, along the way, create a com­mu­ni­ty,” as Hindle explains. “The art world is at an ex­ci­ting pre­ci­pice as gal­le­ries are re-as­ses­sing what’s im­por­tant – a big space? a high-end build out? par­ti­ci­pa­ting in ten art fairs?” he conti­nues. “It’s al­so a mo­ment when col­la­bo­ra­tive cham­pio­ning of our fel­low gal­le­rists and sha­ring of our ar­tists is be­gin­ning to take pre­cedent. Ei­ther we all suc­ceed to­ge­ther, or we all di­sap­pear.”

PAGE DE GAUCHE ET CI-DES­SUS VUES DE LA GA­LE­RIE WE BUY GOLD, À BROOK­LYN.

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