GAL­LE­RY WEE­KEND, DEUX JOURS POUR CÉ­LÉ­BRER PA­RIS

26 PA­RIS

Numero Art - - Sommaire Contents - PAR VIC­TOR AZIMOV. OEUVRE ET PHOTO PAR VENDULA KNOPOVA

ON SA­VAIT LES GAU­LOIS ir­ré­duc­tibles, mais on igno­rait que leurs loin­tains des­cen­dants, en l’es­pèce les ga­le­ristes fran­çais, par­ta­geaient le même sens de la ré­sis­tance. Ils sont pour­tant plus d’une qua­ran­taine bien dé­ci­dés à rap­pe­ler aux col­lec­tion­neurs in­ter­na­tio­naux (et au grand pu­blic) que Pa­ris n’est pas une scène ar­tis­tique de se­cond plan. Leur arme de choix ? La cin­quième édi­tion de Pa­ris Gal­le­ry Wee­kend, qui, sur le mo­dèle de sa consoeur de Ber­lin, fé­dère pen­dant deux jours une pro­gram­ma­tion com­pacte : 44 ga­le­ries par­ti­ci­pantes donc (40 % de plus que l’an­née pré­cé­dente, un bon signe), 107 ar­tistes pré­sents, 49 ren­dez­vous, dont 35 so­lo shows, ver­nis­sages et brunchs… Mais, à lui seul, l’ef­fet de masse ne suf­fit pas. Les têtes d’af­fiche sont donc au ren­dez-vous. Cô­té ga­le­ries : Chan­tal Crou­sel, Thaddaeus Ropac, Jousse En­tre­prise ou Almine Rech. Cô­té ar­tistes aus­si : Agnès Var­da (Na­tha­lie Oba­dia), Da­vid Ho­ck­ney (Le­long & Co.), les La­lanne (Mit­ter­rand), Oli­vier Mosset (VNH) ou Jan Fabre et Ro­bert Mo­ther­well (Templon).

Pour Sé­ve­rine Wael­chli, di­rec­trice à la Ga­le­rie Thaddaeus Ropac qui a re­joint le board cette an­née, “l’un des grands en­jeux est de rendre li­sible la géo­gra­phie pa­ri­sienne. Chaque par­cours est pen­sé par quar­tiers : le Ma­rais, Pan­tinBel­le­ville, Ma­ti­gnon…” Un VIIIE ar­ron­dis­se­ment où vient jus­te­ment de s’ins­tal­ler Eva Ho­ber et où la Ga­le­rie Le­long & Co. inau­gu­re­ra son nou­vel es­pace lors de ce Pa­ris Gal­le­ry Wee­kend. “Si nous vou­lons at­ti­rer les col­lec­tion­neurs étran­gers, nous de­vons pro­po­ser un par­cours plus large en­core, qui in­clut les grandes ins­ti­tu­tions pa­ri­siennes”, en­ché­rit la ga­le­riste Ma­rion Pa­pillon, à l’ini­tia­tive de l’événement. Et jus­te­ment, le bâ­ti­ment de la Fon­da­tion d’en­tre­prise Ga­le­ries La­fayette, qui a dé­jà fait la cou­ver­ture du New York Times avec son ar­chi­tecte star Rem Koolhaas, vient d’ou­vrir ses portes en plein Ma­rais, à deux pas du Centre Pom­pi­dou. Les deux ins­ti­tu­tions sont par­te­naires de Pa­ris Gal­le­ry Wee­kend et pro­posent des vi­sites gui­dées aux VIP qui, sur le che­min de­puis le Meu­rice (le pa­lace est as­so­cié à la manifestation), pour­ront s’ar­rê­ter vi­si­ter l’ex­po­si­tion de la Fon­da­tion d’en­tre­prise Ri­card, et en­fin se rendre au dî­ner don­né dans les sa­lons de l’hô­tel de Ville. On au­rait tort de se pri­ver du charme des ors pa­ri­siens pour sé­duire les col­lec­tion­neurs.

Et parce que chaque événement doit aus­si avoir son lot de sur­prises, on pour­ra comp­ter sur la pro­gram­ma­tion d’ex­cel­lentes ga­le­ries comme gb agency, Jé­rôme Pog­gi, Jo­ce­lyn Wolff… en re­gret­tant que des pi­liers pa­ri­siens comme Per­ro­tin et Ka­mel Men­nour, ou des agi­ta­teurs de haut ni­veau comme Ba­lice Hert­ling et Frank El­baz, ne soient pas en­core de la par­tie. Jus­qu’à l’an­née pro­chaine ?

Pa­ris PA­RIS GAL­LE­RY WEE­KEND

BOOSTING THE FRENCH CA­PI­TAL’S RE­PU­TA­TION IN THE ART WORLD – SUCH IS THE AM­BI­TION OF PA­RIS GAL­LE­RY WEE­KEND, WHICH IS IN­VI­TING BOTH OVER­SEAS COL­LEC­TORS AND THE GE­NE­RAL PU­BLIC TO DIS­CO­VER THE CI­TY’S ABUNDANT OFFER, WITH 44 GAL­LE­RIES, FIVE LARGE MU­SEUMS AND 49 EVENTS ON THE PRO­GRAMME.

We knew the Gauls were a die­hard bunch, but we didn’t know their dis­tant des­cen­dants, French gal­le­rists, sha­red the same spi­rit of re­sis­tance. And yet over 40 of them have uni­ted to re­mind international col­lec­tors (and the ge­ne­ral pu­blic) that the Parisian art scene is of world-class im­por­tance. Their wea­pon? The fifth edi­tion of Pa­ris Gal­le­ry Wee­kend (PGW), which, fol­lo­wing the mo­del of its Ber­lin coun­ter­part, de­ploys a dense pro­gramme over two days: 44 par­ti­ci­pa­ting gal­le­ries (40% more than last year, which is a good si­gn), 107 ar­tists, 49 events (in­clu­ding 35 so­lo shows), openings, brunches… But num­bers don’t suf­fice alone, you need the big names too: on the gal­le­ry side there’s Chan­tal Crou­sel, Thaddaeus Ropac, Jousse En­tre­prise, and Almine Rech; and on the ar­tists’ side, Agnès Var­da (Na­tha­lie Oba­dia), Da­vid Ho­ck­ney (Le­long & Co.), the La­lannes (Mit­ter­rand), Oli­vier Mosset (VNH), and Jan Fabre and Ro­bert Mo­ther­well (Templon). Ac­cor­ding to Sé­ve­rine Wael­chi, di­rec­tor at Thaddaeus Ropac, who joi­ned the PGW board this year, “one of the grea­test chal­lenges is ma­king Pa­ris’s geo­gra­phy com­pre­hen­sible. Each iti­ne­ra­ry is plan­ned by neigh­bou­rhood: the Ma­rais, Pan­tin-bel­le­ville, Ma­ti­gnon…” To which gal­le­rist Ma­rion Pa­pillon, the wo­man behind PGW, adds, “If we want to at­tract fo­rei­gn col­lec­tors, we’ll have to pro­pose a lar­ger iti­ne­ra­ry, which in­cludes the big Pa­ris mu­seums.” Among the lat­ter is the new Oma-designed La­fayette Anticipations, a stone’s throw from the Centre Pom­pi­dou, which to­ge­ther have part­ne­red with PGW to offer gui­ded tours to VIP guests who, on their way from the Hô­tel Le Meu­rice (al­so a part­ner), can check out the Fon­da­tion Ri­card be­fore sit­ting down to an ho­no­ra­ry din­ner at the Hô­tel de Ville. When se­du­cing fo­rei­gn art col­lec­tors, one can’t let the pearls of the Ci­ty of Light go to waste!

Pa­ris Gal­le­ry Wee­kend, les 26 et 27 mai, Pa­ris.

SE­LON L’HEB­DO­MA­DAIRE bri­tan­nique The Eco­no­mist, la France est le “pays de l’an­née 2017”. The place to be, qui a da­mé le pion à l’ar­gen­tine et à la Co­rée du Sud. À quoi at­tri­buer cet état de grâce ? “L’élec­tion d’em­ma­nuel Ma­cron a été un vé­ri­table mi­racle dans un contexte mar­qué par la mon­tée du po­pu­lisme, la ten­ta­tion du re­pli iden­ti­taire, les théo­ries dé­cli­nistes en France”, ob­serve Guillaume Piens, di­rec­teur de la foire Art Pa­ris Art Fair 2. “Il a chan­gé l’image d’une France ar­chaïque, vieillotte, tour­née vers le pas­sé et hos­tile à la mon­dia­li­sa­tion pour in­car­ner la jeu­nesse, l’au­dace et le re­nou­veau. Ce chan­ge­ment de per­cep­tion est très clair dans le monde an­glo-saxon, qui re­gar­dait la France de Fran­çois Hol­lande avec beau­coup de du­re­té.” Dans le champ de l’art, l’hexa­gone n’a pas at­ten­du l’élec­tion de 2017 pour faire son ag­gior­na­men­to. “L’ef­fet Ma­cron ne fonc­tionne pas sur du vide”, in­siste Mar­tin Bé­the­nod, di­rec­teur du Pa­laz­zo Gras­si. “Il y a une réa­li­té, dans tous les do­maines de l’art, un ter­rain pro­pice qui concerne tous les ac­teurs de l’éco­sys­tème.”

Long­temps, la FIAC fut le mi­roir et le mo­teur de ce nou­veau dy­na­misme. “Je vou­lais mon­trer une France forte et sexy, même si ce n’est qu’une fois par an”, confiait voi­là quelques an­nées sa di­rec­trice, Jen­ni­fer Flay. Au­jourd’hui, c’est le pays dans sa glo­ba­li­té qui est de­ve­nu sexy. Au point que les étran­gers ne re­chignent pas à lui as­so­cier leur image. Bien que cour­ti­sé par les mu­sées du monde en­tier, c’est avec le Pa­lais de To­kyo, à Pa­ris, que le ri­chis­sime Adrian Cheng, créa­teur de la K11 Art Foun­da­tion, a ini­tié son pre­mier par­te­na­riat, avant d’en en­ga­ger d’autres aux États-unis. De même, c’est avec le Centre Pom­pi­dou que l’en­tre­pre­neur chinois Mao Ji­hong a si­gné en 2016 un ac­cord de trois ans pour un pro­gramme de re­cherche sur la mo­der­ni­té dans un contexte non oc­ci­den­tal. Pour­quoi la France ? “Quand j’étais étu­diant, je re­gar­dais les im­pres­sion­nistes, c’était le contre­point au réa­lisme so­cia­liste”, confie le pa­tron de la so­cié­té de mode Mix­mind. “Quand on est dans l’art et dans la mode, on re­garde for­cé­ment du cô­té de la France.” Même outre-at­lan­tique, on la re­garde avec plus de bien­veillance. La ga­le­rie ca­li­for­nienne Freed­man Fitz­pa­trick a ain­si ou­vert en fé­vrier der­nier une pe­tite an­tenne rue Saint-bon, à Pa­ris. “Il y a cinq ans, une telle dé­ci­sion au­rait été plus dif­fi­cile à conce­voir”, ad­met l’un de ses fon­da­teurs, Rob­bie Fitz­pa­trick. En tant qu’amé­ri­cain, je sens ici une vraie ou­ver­ture aux étran­gers, un ethos cos­mo­po­lite. C’est aus­si une des­ti­na­tion pour les col­lec­tion­neurs in­ter­na­tio­naux.”

Si les étran­gers re­gardent avec en­vie vers l’hexa­gone, c’est que l’offre cultu­relle s’y est bi­gre­ment étof­fée avec l’ou­ver­ture de plu­sieurs struc­tures pri­vées. Après l’inau­gu­ra­tion, en 2014, de la Fon­da­tion Louis Vuit­ton, les re­gards se tournent dé­sor­mais vers la Fon­da­tion d’en­tre­prise Ga­le­ries La­fayette, qui a ou­vert ses portes au pu­blic le 10 mars avec une ex­po­si­tion de Lutz Ba­cher. Le 1er juin, Édouard et Charles Carmignac inau­gu­re­ront leur fon­da­tion sur l’île de Por­que­rolles. L’ins­tal­la­tion des col­lec­tions de Fran­çois Pinault à la Bourse du com­merce en 2019 de­vrait aus­si faire sen­sa­tion, tout comme l’ou­ver­ture, en 2021, de la Fon­da­tion Eme­rige sur l’île Se­guin, à Bou­logne-billan­court. Point com­mun de tous ces pro­jets ? Ils ont été lan­cés à un mo­ment où le French ba­shing était à son apo­gée, sous Nicolas Sar­ko­zy puis sous Fran­çois Hol­lande. “Les col­lec­tion­neurs veulent dé­sor­mais prendre part au dé­bat”, analyse Jean de Loi­sy, pré­sident du Pa­lais de To­kyo. “Ils SUR­FING ON THE BREXIT EF­FECT, AS WELL AS ON A WHOLE NEW CROP OF FOUN­DA­TIONS AND A GRO­WING MAR­KET, CAN PA­RIS BECOME A HY­PER-CENTRE OF CONTEM­PO­RA­RY ART?

Ac­cor­ding to Bri­tish week­ly The Eco­no­mist, France was “coun­try of the year 2017.” What’s behind this current state of grace? “Em­ma­nuel Ma­cron’s elec­tion was a real mi­racle in a context mar­ked by the the rise of po­pu­lism, iso­la­tio­nism and de­cline-mon­gers,” ob­serves Guillaume Piens, di­rec­tor of Art Pa­ris Art Fair. “He’s transformed the image of a fus­ty, ar­chaic coun­try that was hos­ti­lie to glo­ba­li­za­tion in­to a France that em­bo­dies youth, au­da­ci­ty and re­birth. This change in per­cep­tion is par­ti­cu­lar­ly no­ti­ceable in the An­glo-saxon world, which ge­ne­ral­ly held a harsh view of the coun­try un­der Fran­çois Hol­lande.” But the French art world didn’t wait for the 2017 elec­tions to be­gin rei­ma­gi­ning the nar­ra­tive. “The Ma­cron ef­fect can’t work in a va­cuum,” in­sists Mar­tin Bé­the­nod, di­rec­tor of the Pa­laz­zo Gras­si. “There’s a rea­li­ty, in all sec­tors of the art world, a fer­tile ground that in­volves eve­ryone in the eco­sys­tem.”

FIAC was for a long time the mir­ror and mo­tor of this new dy­na­mism. “I wan­ted to show a strong and sexy France, even if on­ly once a year,” ex­plai­ned its di­rec­tor, Jen­ni­fer Flay, a few years ago. To­day, the coun­try as a whole has become sexy, and eve­ryone wants to as­so­ciate with it. Al­though cour­ted by mu­seums around the world, it was with Pa­ris’s Pa­lais de To­kyo that Adrian Cheng, the fa­bu­lous­ly weal­thy crea­tor of the K11 Art Foun­da­tion, for­ged his first part­ner­ship, be­fore es­ta­bli­shing links with other ins­ti­tu­tions in the U.S. Si­mi­lar­ly, in 2016, Chi­nese en­tre­pre­neur Mao Ji­hong si­gned a th­ree-year deal with the Centre Pom­pi­dou for a pro­gramme of re­search in­to mo­der­ni­za­tion in non-wes­tern contexts. Why France? “When I was a student, I stu­died Im­pres­sio­nism, which is the to­tal op­po­site of So­cial Rea­lism,” says Ji­hong, pre­sident of fa­shion and de­si­gn com­pa­ny Mix­mind. “When you work in the arts or in fa­shion, your gaze in­evi­ta­bly turns to France.” Even the Americans look more kind­ly upon the coun­try these days. As Rob­bie Fitz­pa­trick – one of the foun­ders of Ca­li­for­nian gal­le­ry Freed­man Fitz­pa­trick, which ope­ned a small sa­tel­lite on Pa­ris’s Rue Saint-bon last February – ad­mits, “Five years ago it would have been far har­der to make such a de­ci­sion. As an Ame­ri­can in France I have a strong sense of its open­ness to the world. There’s a cos­mo­po­li­tan ethos here. It’s al­so an im­por­tant des­ti­na­tion for international col­lec­tors.”

If fo­rei­gners look en­vious­ly on France, it’s due to a vast­ly en­ri­ched cultu­ral of­fe­ring fol­lo­wing the opening of se­ve­ral pri­vate ins­ti­tu­tions. Af­ter the 2014 inau­gu­ra­tion of the

SUR­FANT SUR LE BREXIT, UN FOI­SON­NE­MENT DE FON­DA­TIONS ET UN MAR­CHÉ EN PRO­GRES­SION, PA­RIS PEUT-ELLE DE­VE­NIR UN HY­PER CENTRE DE L’ART CONTEM­PO­RAIN ?

veulent ajou­ter l’art aux armes de leurs fa­milles.” Sur­tout, l’état ne peut pas tout. Les caisses sont vides, les bud­gets, ra­cor­nis. L’in­té­rêt gé­né­ral ne peut plus se ré­su­mer au seul ser­vice pu­blic. Chose éton­nante, ces nou­velles fon­da­tions n’im­priment pas un goût unique. Toutes ont re­te­nu, à leur échelle et avec leur agen­da par­fois cor­po­rate, la ligne de conduite de La Mai­son rouge – qui fer­me­ra ses portes le 30 oc­tobre après qua­torze an­nées d’exis­tence : tou­jours af­fir­mer sa sin­gu­la­ri­té. Sans jouir for­cé­ment du ca­pi­tal sym­pa­thie qu’a sus­ci­té la fon­da­tion créée par An­toine de Gal­bert, chaque mas­to­donte tente de trou­ver une voix propre, en évi­tant d’em­pié­ter sur l’exis­tant, no­tam­ment sur la Fon­da­tion d’en­tre­prise Ri­card, in­cu­ba­teur de la jeune scène fran­çaise de­puis 1999. Vuit­ton joue le grand jeu avec une ar­chi­tec­ture pha­rao­nique et dé­ploie ses muscles à tra­vers des ex­po­si­tions his­to­riques que lui seul peut fi­nan­cer. La Fon­da­tion d’en­tre­prise Ga­le­ries La­fayette se po­si­tionne comme un la­bo­ra­toire, “une boîte à idées et non une boîte à bi­joux”, se­lon son pré­sident, Guillaume Hou­zé. À Por­que­rolles, les Carmignac misent sur les liens entre l’art et la na­ture. Quant à Laurent Du­mas, pré­sident du groupe Eme­rige, il en­tend dé­fendre la scène fran­çaise en lui of­frant une vi­si­bi­li­té à l’étran­ger.

Cô­té mar­ché, mal­gré la fer­me­ture de quelques pe­tites ga­le­ries ou d’autres de taille moyenne, le climat semble moins mo­rose qu’il y a en­core dix ans. Pour les ventes aux en­chères, Pa­ris est la seule place qui a connu une crois­sance en 2016. L’an der­nier, Ch­ris­tie’s et Sotheby’s France ont af­fi­ché des bi­lans en forte pro­gres­sion. “On sent plus d’adré­na­line et aus­si da­van­tage de consi­dé­ra­tion de la part des étran­gers”, ad­met Ma­rio Ta­vel­la, pa­tron de Sotheby’s France. Quant aux col­lec­tion­neurs fran­çais, ils ont dé­pas­sé la ques­tion ri­tuelle : “Vaut-il mieux vendre à Londres ou à New York ?” En té­moigne la col­lec­tion Jean-fran­çois et Ma­rie-aline Prat, ad­ju­gée à 36,5 mil­lions d’eu­ros en oc­tobre 2017 chez Ch­ris­tie’s, à Pa­ris. Son di­rec­teur gé­né­ral, Édouard Boc­con-gi­bod, table sur la sup­pres­sion (par­tielle) de l’im­pôt sur la for­tune comme ac­cé­lé­ra­teur des ventes. “Les sommes ti­rées de la vente d’oeuvres d’art ne se­ront pas as­su­jet­ties à L’ISF si elles sont in­ves­ties en pla­ce­ments bour­siers, in­dique-t-il. C’est un élé­ment mo­teur pour convaincre les ven­deurs, sou­cieux de di­mi­nuer au maxi­mum leurs im­pôts.”

Reste un der­nier fac­teur, qui pour­rait ai­guillon­ner en­core plus le mar­ché fran­çais : le Brexit. Pa­ris a dé­jà été choi­sie pour ac­cueillir l’au­to­ri­té ban­caire eu­ro­péenne et ses 170 em­plois. Des banques in­ter­na­tio­nales pour­raient lui em­boî­ter le pas. Pour l’heure, au­cun ac­teur du mar­ché de l’art n’ima­gine un dé­clin du Royaume-uni au pro­fit de la France suite aux chan­ge­ments pos­sibles de la fis­ca­li­té bri­tan­nique, à sa­voir l’in­tro­duc­tion d’une TVA à l’im­por­ta­tion sur les oeuvres d’art. Et les col­lec­tion­neurs fran­çais exi­lés fis­caux outre-manche n’ont pas en­core amor­cé de re­tour. Mais qui sait ?… “Si une par­tie des ache­teurs (re)vient à Pa­ris, l’éco­sys­tème sui­vra for­cé­ment un peu”, ob­serve le col­lec­tion­neur fran­çais Thi­baut Pou­trel, ins­tal­lé à Londres. “Le dé­pla­ce­ment de cer­tains jobs de la Ci­ty joue­ra aus­si. Ces per­sonnes achè­te­ront dé­sor­mais da­van­tage en France… Ce n’est pas un ha­sard si l’im­mo­bi­lier pa­ri­sien flambe et que ce­lui de Londres stagne de­puis deux ans.” Le nou­vel élan fran­çais n’en est qu’à ses dé­buts. Fon­da­tion Louis Vuit­ton, all eyes are now on La­fayette Anticipations, which ope­ned on 10 March this year with an ex­hi­bi­tion by Lutz Ba­cher. On 1 June, Édouard and Charles Carmignac will inau­gu­rate their foun­da­tion on the is­land of Por­que­rolles, while fur­ther ex­ci­te­ment is to come with the opening of Fran­çois Pinault’s col­lec­tions at the Bourse du Com­merce in 2019, and the 2021 in­agu­ra­tion of the Fon­da­tion Eme­rige on the Ile Se­guin in Bou­logne-billan­court. The com­mon thread in all these pro­jects? Each of them was laun­ched un­der Nicolas Sar­ko­zy and Fran­cois Hol­lande’s pre­si­den­cies when French ba­shing was at its peak. “Col­lec­tors now want to take part in the de­bate,” re­ckons Jean de Loi­sy, pre­sident of the Pa­lais de To­kyo. “They want to add art to their fa­mi­lies’ arms.” What is cer­tain is that the state can’t shoul­der eve­ry­thing: the cof­fers are emp­ty, bud­gets sla­shed; the com­mon good can no lon­ger be as­su­red so­le­ly by the pu­blic sec­tor. What is per­haps unex­pec­ted is the huge va­rie­ty bet­ween each foun­da­tion’s aes­the­tic vi­sion. At their dif­ferent scales, and wi­thin their so­me­times cor­po­rate agendas, they’ve all adop­ted the ethos of La Mai­son Rouge: al­ways af­firm your par­ti­cu­la­ri­ty. Wi­thout ne­ces­sa­ri­ly en­joying the same good­will that wel­co­med An­toine de Gal­bert’s ins­ti­tu­tion, each of these new giants is in search of its own voice, mind­ful of en­croa­ching on those al­rea­dy es­ta­bli­shed, es­pe­cial­ly the Fon­da­tion d’en­tre­prise Ri­card, nur­se­ry of the up­co­ming French scene since 1999. Vuit­ton plays it big with pha­rao­nic ar­chi­tec­ture and block­bus­ter shows that on­ly it has the cash to pay for; La­fayette Anticipations po­si­tions it­self as a la­bo­ra­to­ry – “a concept box ra­ther than a je­wel­le­ry box,” in the words of its pre­sident, Guillaume Hou­zé; while in Por­que­rolles the Car­mi­gnacs are bet­ting on the links bet­ween art and na­ture. As for Laurent Du­mas, pre­sident of Eme­rige, he plans to sup­port the French scene by in­crea­sing its vi­si­bi­li­ty abroad.

Where the mar­ket is concer­ned, things seem heal­thier than ten years ago. Pa­ris is the on­ly ci­ty where auc­tion sales in­crea­sed in 2016. As for French in­ves­tors, the change in tax laws will no doubt en­cou­rage them to buy art. And there’s ano­ther fac­tor that could boost the French art mar­ket: Brexit. Pa­ris has al­rea­dy been cho­sen as the new home of the Eu­ro­pean Ban­king Agency, and international banks may well fol­low suit. For the time being, the Brexit ef­fect has yet to be felt, but who knows in the fu­ture? “If some French buyers come back to Pa­ris, the eco­sys­tem will come with them,” says Lon­don-ba­sed col­lec­tor Thi­baut Pou­trel. “Ci­ty jobs that re­lo­cate to France will al­so have an ef­fect... It’s not an ac­ci­dent if Parisian pro­per­ty prices are ri­sing while Lon­don’s are stag­na­ting.” France’s new élan is on­ly just be­gin­ning.

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