HOM­MAGE À PAU­LA RE­GO

NU­MÉ­RO ART A IN­VI­TÉ LE PHO­TO­GRAPHE MILES ALDRIDGE À RÉ­IN­TER­PRÉ­TER LE TRA­VAIL DE L’AR­TISTE PAU­LA RE­GO. UNIQUE FEMME DU GROUPE DE L’ÉCOLE DE LONDRES, AUX CÔ­TÉS DE FRAN­CIS BA­CON ET LUCIAN FREUD, ELLE ENTREMÊLE, DANS SES PEIN­TURES FIGURATIVES, RÉA­LISME ET FAN

Numero Art - - La Une - PHO­TOS PAR MILES ALDRIDGE, RÉA­LI­SA­TION PAR SA­MUEL FRAN­ÇOIS PAR HETTIE JUDAH,

QUELQUE CHOSE DE TERRIFIANT, d’in­son­dable semble être ar­ri­vé aux dog wo­men de Pau­la Re­go : elles se re­cro­que­villent sur elles-mêmes, aboient plain­ti­ve­ment, mi­naudent, grognent. Elles sont dé­ran­geantes, parce qu’elles nous com­mu­niquent cette obs­cu­ri­té ter­ri­fiante, pro­fon­dé­ment en­fouie, où nous re­con­nais­sons une part de nous-mêmes : souf­france atroce, cha­grin, dé­sir in­as­sou­vi, hu­mi­lia­tion.

Pau­la Re­go a peint sa sé­rie Dog Wo­man au dé­but des an­nées 90, quelques an­nées après la dis­pa­ri­tion de son ma­ri, l’ar­tiste Vic­tor Willing. Le couple s’était ren­con­tré à la Slade School of Fine Art, dans les an­nées 50. Elle n’avait pas en­core 20 ans à l’époque, et avait été en­voyée par son père étu­dier à Londres. Le Por­tu­gal était alors sous le joug du ré­gime au­to­ri­taire de Sa­la­zar, et elle se rap­pelle avoir gran­di dans l’op­pres­sion, à la fois po­li­tique et so­ciale. L’obéis­sance crain­tive de ces “femmes chiens” vient de là – de la contrainte exer­cée par la dic­ta­ture et par une so­cié­té qui exi­geait des femmes qu’elles se sou­mettent. “Elles étaient ce que je res­sen­tais alors”, a dé­cla­ré l’ar­tiste. So­me­thing ter­ri­fying, un­fa­tho­mable, has hap­pe­ned to Pau­la Re­go’s Dog Wo­men: they co­wer, bay, sim­per, snarl. In broad­cas­ting base emo­tion with such fe­ro­ci­ty their be­ha­viour be­trays es­ta­bli­shed eti­quette. They are un­set­tling be­cause they com­mu­ni­cate some dee­ply roo­ted, hor­ri­fying dark­ness that we re­co­gnise wi­thin our­selves: ter­rible pain, grief, lon­ging and hu­mi­lia­tion.

Re­go pain­ted her Dog Wo­men in the ear­ly 1990s, a few years af­ter the death of her hus­band, the ar­tist Vic­tor Willing. Re­go and Willing had met at the Slade School of Art in the 1950s. Re­go, not yet twen­ty, had been sent by her fa­ther to stu­dy in Lon­don. Por­tu­gal was then un­der the Sa­la­zar re­gime, and Re­go re­calls an op­pres­sive up­brin­ging, both po­li­ti­cal­ly and so­cial­ly. The co­we­ring obe­dience of the Dog Wo­men was lear­ned here: un­der the forces of a dic­ta­tor­ship and a so­cie­ty that de­man­ded com­pliant be­ha­viour of its wo­men.“they were what I felt,” Re­go has said.

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