ERIK CO­MAS

Le pi­lote

Octane (France) - - Allumage -

Après le titre eu­ro­péen en ral­lyes his­to­riques de l’an­née der­nière, 2018 de­vait être une an­née de “re­lâche” pour moi et ma Stratos. Vrai… et faux ! Car, si je n’ai en ef­fet par­ti­ci­pé à au­cune com­pé­ti­tion cette an­née, j’ai fait quelque chose de très im­por­tant, je me suis ma­rié. Le 14 juillet der­nier au ma­tin, chez moi au châ­teau d’aigle en Suisse, puis en Ita­lie l’après-mi­di. À Biel­la plus pré­ci­sé­ment, cette mer­veilleuse pe­tite ville du Pié­mont, ca­pi­tale de la laine et d’où est ori­gi­naire Raffaella, mon épouse.

Quel rap­port avec l’au­to­mo­bile, me di­rez-vous ? Eh bien, il est es­sen­tiel : quand je suis ar­ri­vé à Biel­la, il y a quelques an­nées, j’étais à la re­cherche de per­sonnes ca­pables d’en­tre­te­nir et de pré­pa­rer ma Stratos pour les ral­lyes. Pour­quoi à Biel­la? Tout sim­ple­ment parce que c’est là que se trou­vait l’ate­lier du sor­cier Clau­dio Ma­glio­li, à qui la Stratos doit beau­coup. En ef­fet, Clau­dio était pi­lote d’es­sais Lan­cia, après avoir fait une très belle car­rière au vo­lant des Ful­via, et c’est lui qui a fait faire ses tout pre­miers tours de roues à la voi­ture. En­suite, quand l’usine a re­non­cé à faire cou­rir la Stratos sous la pres­sion de Fiat, il a mon­té sa struc­ture pour en pour­suivre la pré­pa­ra­tion. À la clé plus de 100 vic­toires entre 1977 et 1982, y com­pris au ni­veau mon­dial comme avec Dar­niche au Tour de Corse 1981.

Hé­las, je n’ai ja­mais ren­con­tré Clau­dio Ma­glio­li, dé­cé­dé en 2012. Pour­tant, c’est quand même à Biel­la (où ma Stratos avait été pré­pa­rée en 1979), après plu­sieurs ten­ta­tives en Suisse, ailleurs en Ita­lie, puis à Mar­seille, que j’ai fi­na­le­ment ren­con­tré An­drea Chia­ve­nu­to, qui est de­ve­nu mon pré­pa­ra­teur at­ti­tré, puis un ami. Je lui se­rai tou­jours re­con­nais­sant d’avoir réus­si avec hu­mi­li­té là où les autres ont échoué avec des pré­ten­tions très loin de leurs com­pé­tences.

Biel­la est à deux pas de la Suisse et je m’y suis fait beau­coup d’amis… Et plus en­core, le jour où j’ai ren­con­tré Raffaella. C’est ce qui ex­plique pour­quoi j’ai vou­lu faire un clip vi­déo qui liait notre union à la Stratos, sans la­quelle nous ne nous se­rions ja­mais ren­con­trés. Le scé­na­rio ? Comme se marier en Stratos n’est pas cré­dible, Raffaella et moi montons dans une Rolls Silver Cloud qui doit nous em­me­ner à la cé­ré­mo­nie… Mais elle ne dé­marre pas. Nous sau­tons donc cette fois dans la Stratos, et fon­çons vers l’église. Bien sûr, nous ar­ri­vons juste à temps, en fai­sant un 360° sur le par­vis. Le len­de­main nous par­tons en voyage de noces avec une ca­ra­vane ac­cro­chée à la Stratos. Et, en che­min, nous croi­sons une pu­bli­ci­té du Ral­ly La­na, se dé­rou­lant le jour même, et dé­ci­dons de nous y en­ga­ger. La ca­ra­vane tou­jours at­te­lée, nous dou­blons une Del­ta In­té­grale… Notre plus sé­rieux ad­ver­saire en 2017. Ini­tia­le­ment c’était un “truc” entre co­pains, et puis j’ai mis le clip en ligne. Ra­pi­de­ment il a eu beau­coup de suc­cès : à ce jour plus de 250000 vues sur You­tube (cher­chez “Stra­tos­fe­rik wed­ding”), Fa­ce­book et Ins­ta­gram, et est re­pris sur de très nom­breux sites. C’est vrai, nous avions fait les choses sé­rieu­se­ment : les prises de vues sont l’oeuvre de notre ami Ales­san­dro Zo­rio, qui réa­lise de nom­breux films pour Ferrari et Lam­bor­ghi­ni, et qui a uti­li­sé un drone et des Go­pro. Mais tout a été bou­clé en une seule jour­née de dé­con­nade. Pour ce­la, il a fal­lu beau­coup d’in­ven­ti­vi­té, d’ami­tié, et de coups de main : un ami a prê­té sa Rolls, un autre a dé­ni­ché une ca­ra­vane Digue de 1978 (la bonne époque), un troi­sième a joué le rôle du cu­ré, un qua­trième a re­fait l’af­fiche du ral­lye pour y ins­crire la date du ma­riage et nous avons fer­mé une route… An­drea Chia­ve­nu­to, pour sa part, ja­mais pris au dé­pour­vu, a conçu un su­perbe at­te­lage amo­vible pour la Stratos et l’a ins­tal­lé en mi­lieu de jour­née : un pe­tit bi­jou, qui tient par deux ro­tules et quatre bou­lons, sans tou­cher au châs­sis. Es­sen­tiel, puisque ma Stratos est main­te­nant cer­ti­fiée par Lan­cia Clas­siche.

De mon cô­té, j’ai dé­cou­vert le com­por­te­ment de ma voi­ture avec une ca­ra­vane au c…! C’est très sur­pre­nant : la ré­sis­tance à l’air est telle que plus on va vite, plus l’ar­rière de la Stratos s’al­lège. Les dé­ra­pages sont bien réels et j’étais content de n’avoir à faire qu’une seule prise. Je ne conseille à per­sonne de par­tir en va­cances avec ce genre d’équi­page, mais nous nous sommes bien amu­sés et sur­tout un film c’est en­core mieux que l’al­bum pho­to du ma­riage !

Plus sé­rieu­se­ment, nous avons or­ga­ni­sé une do­na­tion aux vic­times du trem­ble­ment de Terre d’ama­trice en 2016, au lieu des tra­di­tion­nels ca­deaux de noces.

“COMME SE MARIER EN STRATOS N’EST PAS CRÉ­DIBLE, RAFFAELLA ET MOI MONTONS DANS UNE ROLLS SILVER CLOUD QUI DOIT NOUS EM­ME­NER À LA CÉ­RÉ­MO­NIE…”

ERIK CO­MAS Pi­lote ELF 1985, Erik Co­mas gra­vit en­suite très vite les éche­lons de la mo­no­place: cham­pion in­ter­na­tio­nal de For­mule 3000 en 1990, il dis­pute 63 Grands Prix de F1 de 1991 à 1994, avant de se tour­ner vers l’en­du­rance et le GT au Ja­pon, puis de s’en­ga­ger en ral­lyes his­to­riques. Cham­pion d’ita­lie de la spé­cia­li­té en 2015, vain­queur de la Tar­ga Flo­rio 2016, il a rem­por­té le cham­pion­nat d’eu­rope 2017 (son dixième titre), tou­jours au vo­lant de sa su­perbe Lan­cia Stratos ex-ma­glio­li.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.