DANS LA PEAU DE STEVE MC­QUEEN

Jay Le­no nous ex­plique ce que ce­la fait de conduire la Mustang de Bullitt, et pour­quoi il a l’im­pres­sion d’avoir de nou­veau 18 ans.

Octane (France) - - Au Volant De La Mustang De Bullitt -

S’as­seoir là où Steve Mc­queen s’as­seyait dans sa Mustang est in­dis­cu­ta­ble­ment un mo­ment spé­cial. D’un cô­té, ce n’est qu’une Mustang ’68 usée à mort, mais de l’autre c’est LA voi­ture… Je me rap­pelle la pre­mière fois que je me suis as­sis dans une As­ton Mar­tin DB5. On ne peut s’em­pê­cher de se prendre pour James Bond. C’est exac­te­ment la même chose avec cette voi­ture. C’est celle que Steve Mc­queen condui­sait dans Bullitt et vous de­ve­nez im­mé­dia­te­ment Steve Mc­queen, com­men­cez à cher­cher les Dodge Char­ger et les gens qui vont es­sayer de vous tuer.

Soyons hon­nêtes, cette voi­ture a été mo­les­tée. Elle ne se conduit pas comme n’im­porte quelle voi­ture vieille de 50 ans. Elle se conduit comme une voi­ture vieille de 50 ans qui n’a pas connu d’en­tre­tien en plu­sieurs dé­cen­nies. Même si elle a un V8 390, elle n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment ra­pide. Les pneus semblent avoir 20 ans, dans le pre­mier vi­rage ve­nu elle com­mence à glis­ser, mais c’est amu­sant. Nous avons tour­né une vi­déo avec la voi­ture de Mc­queen et la Mustang Bullitt de 2018 sur le cir­cuit d’es­sai Ford de Dear­born, dans le Mi­chi­gan. Je ne l’ai pas conduite vite, mais j’ai conduit ra­pi­de­ment.

Son pro­prié­taire, Sean Kier­nan, était as­sis à cô­té de moi et m’a ra­con­té son his­toire (voir pages pré­cé­dentes). Son père l’a ache­tée parce que l’an­nonce di­sait que c’était la Mustang de Bullitt, mais Bullitt était mal or­tho­gra­phié et per­sonne ne sa­vait de quoi il s’agis­sait. Le père de Sean est le seul type à avoir ap­pe­lé. C’est à peine croyable quand on pense à com­bien cette voi­ture doit va­loir au­jourd’hui. Même si elle est ca­bos­sée et rouillée par en­droits, la Mustang dé­marre fa­ci­le­ment et dé­colle avec vi­gueur. En écra­sant les gaz, le V8 a du ré­pon­dant. Les freins sont par contre dé­co­ra­tifs et on peut en dire au­tant du com­por­te­ment, elle tend à ti­rer tout droit dans les vi­rages. Le 390 est un mo­teur gros et lourd et un 289 of­fri­rait un meilleur com­por­te­ment. Mais il est comme un vieux fu­sil : peut-être pas tou­jours très pré­cis, mais tou­jours ca­pable de tuer. Cette Mustang est tou­jours une arme puis­sante.

La pre­mière fois que je passe la marche ar­rière, je me suis sou­ve­nu de cette scène dans le film où Mc­queen re­cule et fait chan­ter les pneus alors que le pont souffre le mar­tyre. Bud Ekins, qui était cas­ca­deur sur Bullitt, m’a ex­pli­qué qu’ils ont uti­li­sé le son d’une GT40 pour les pas­sages des rap­ports. La Mustang n’est donc pas aus­si so­nore que dans le film, mais les si­len­cieux sont flin­gués et elle émet toute sorte de bruits.

J’avais 18 ans quand Bullitt est sor­ti. À ce jour je ne me sou­viens pas de quoi parle ce film, mais je sais que c’est la meilleure course-pour­suite que j’ai ja­mais vue. Au­jourd’hui, on peut al­ler sur in­ter­net et en re­gar­der toute la jour­née, mais en 1968, pour voir une course-pour­suite il n’y avait que ce film. Alors, être as­sis dans cette voi­ture ré­veille les sou­ve­nirs de ma jeu­nesse.

Il y a cer­tains dé­tails du film dont je me sou­viens. Il y a quelque chose comme cinq en­jo­li­veurs qui se sont dé­ta­chés de la voi­ture et ce qui sem­blait être la VW Coc­ci­nelle la plus ra­pide au monde: on la voit dans le ré­tro­vi­seur de Mc­queen, puis après 10 km par­cou­rus à 130 km/h, elle était tou­jours der­rière lui. Plu­tôt amu­sant, mais ça n’en­lève en rien le fait que ce soit un grand film. Je pense que grâce à lui, plein de ga­mins ont mis leur cein­ture de sé­cu­ri­té, parce que quand Mc­queen le fait, celle-ci émet le même bruit qu’un pis­to­let qu’on arme. Ça fait sé­rieux.

J’ai ren­con­tré à plu­sieurs re­prises Steve vers la fin de sa vie. Il n’était plus en grande forme, son vi­sage bouf­fi par les mé­di­ca­ments, et il était de­ve­nu re­clus. Mais il était sym­pa avec moi et nous par­lions de voi­tures, ja­mais de ses films.

Sa vieille Mustang fai­sait par­tie de mon en­fance et de l’en­fance de beau­coup de pas­sion­nés de voi­tures. Quand on la re­garde, on a l’im­pres­sion que Steve Mc­queen vient tout juste de la ga­rer quelque part. C’est co­ol !

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.