Mcin­tosh MA252

MA252

On Magazine - - SOMMAIRE - par Pierre-yves Ma­ton

Mcfn­tosh, «arque a«éri­caine haut de ga««e e«blé«atique, nous pro­pose avec ce MA252 un am­pli­fi­ca­teur réunis­sant la cha­leur des tubes pour les étages d’en­trée et la ner­vo­si­té ain­si que la fia­bi­li­té des tran­sis­tors pour ceux de puis­sance : un in­té­gré hy­bride tout à fait iné­dit chez Mcin­tosh. Avouons que l’idée est tout sim­ple­ment gé­niale d’au­tant que ce nou­vel ap­pa­reil est ha­billé «so vin­tage» dans le même style de châs­sis que le my­thique Mcin­tosh MC275.

Lorsque nous em­ployons le terme «em­blé­ma­tique» pour Mcin­tosh (voir tous nos ar­ticles sur la marque), nous pour­rions aus­si em­ployer ce­lui de lé­gen­daire ou en­core de my­thique tant ce nom ré­sonne dans le coeur et l’es­prit de tous pas­sion­nés de Haute Fi­dé­li­té. Mais nous pour­rions tout aus­si bien uti­li­ser les termes de du­ra­bi­li­té, de di­ver­si­té et d’in­tem­po­ra­li­té tant cette firme amé­ri­caine a su s’im­po­ser au fil des ans comme une marque in­con­tour­nable de la Hi­fi haut de gamme par un son et un look to­ta­le­ment in­imi­table : fa­çade en verre, sé­ri­gra­phie et vu­mètres bleus ap­pe­lés pour la cir­cons­tance «Blue Eyes». Tout ce­la sans comp­ter que c’est, à notre avis, la seule marque qui a su res­ter au plus près des be­soins des consom­ma­teurs avec un ca­ta­logue tou­chant tous les as­pects de la Hi­fi qu’elle soit d’hier ou d’au­jourd’hui. Elle a su prendre tous les vi­rages, de­van­cer toutes les at­tentes, dé­mon­trant un dy­na­misme hors du com­mun. Et pour­tant, l’his­toire de Mcin­tosh dé­mar­ra presque dou­ce­ment, en 1949 avec deux vi­sion­naires Mr Franck Mcin­tosh et Gor­don Gow qui dé­jà des­si­naient les pro­duits qui al­laient mar­quer l’his­toire avec leur fa­meux cir­cuit pro­prié­taire «Uni­ty Cou­pled Cir­cuit». L’ar­ri­vée, dès les an­nées 1950/60 des pre­miers am­pli­fi­ca­teurs à tubes mo­no­pho­niques Mcin­tosh MC60 et MC30 puis des mo­dèles MC75 et MC100 al­laient scel­ler le sort de Mcin­tosh avec ses châs­sis en chrome tout comme son tout pre­mier

tu­ner ana­lo­gique (l’an­cêtre du fa­meux MR78) lan­cé en 1957. En 1969, les am­plis Mcin­tosh par­ti­cipent ac­ti­ve­ment à la so­no­ri­sa­tion du fes­ti­val Wood­stock et ce fut l’avè­ne­ment des mo­dèles sté­réo MC225, MC240, MC250 et MC275 que beau­coup de mu­si­ciens choi­sirent pour leurs propres be­soins. Le Mcin­tosh MC275 (en pho­to ci-des­sus) connut dès 1993, et pour fê­ter son cin­quan­tième an­ni­ver­saire, une pre­mière édi­tion com­mé­mo­ra­tive qui en est à la sixième ver­sion au­jourd’hui, Mcin­tosh ap­por­tant de sub­tiles et réelles amé­lio­ra­tions pour que son am­pli­fi­ca­teur ico­nique puisse vivre en­core des dé­cen­nies sans prendre une ride. Il faut bien avouer qu’entre le mo­dèle d’ori­gine et ce­lui d’au­jourd’hui, les in­gé­nieurs de chez Mcin­tosh ont dû chan­ger un bon nombre de com­po­sants qui n’existent plus tout en amé­lio­rant si­gni­fi­ca­ti­ve­ment les trans­for­ma­teurs de sor­ties pour une bien meilleure lar­geur de la bande pas­sante. Mais pas­sons au MA252.

Car­ros­sé comme un ba­teau conçu pour af­fron­ter et sur­fer toutes les vagues mu­si­cales

Et si nous vous évo­quons l’his­toire de cet am­pli­fi­ca­teur à tubes, c’est que ce tout nou­veau MA252 en re­prend lar­ge­ment l’es­thé­tique avec un châs­sis tout en lon­gueur même s’il est lé­gè­re­ment plus large. Mal­gré ce ga­ba­rit plus ra­mas­sé, en com­pa­rai­son à d’autres in­té­grés de la marque amé­ri­caine comme le Mcin­tosh MA5300, le MA252 n’a rien à en­vier à son grand frère di­rect, car il offre une puis­sance tout à fait si­mi­laire : 2 x 100 watts sous 8 Ω et 2 x 160 watts sous 4 (il en pos­sède les mêmes cir­cuits de puis­sance). La base du châs­sis, tout en in­ox po­li, est sur­mon­té d’un bloc en mé­tal noir qui em­barque les étages de puis­sance et dis­si­pa­teurs ther­miques en alu­mi­nium à struc­ture mo­no­gramme. Sur le de­vant et sur un plan in­cli­né, nous ne trou­vons que l’es­sen­tiel des com­mandes avec le bou­ton de mise en route et le sé­lec­teur d’en­trée (qui sert aus­si pour cer­taines autres ma­ni­pu­la­tions). Une sor­tie casque au stan­dard jack 6.35 mm est éga­le­ment de la par­tie. Elle ac­cepte, grâce à la tech­no­lo­gie Hea­phone Cross­feed Di­rec­tor (HXD) des casques à haute im­pé­dance. Juste au-des­sus, 4 tubes pro­té­gés par des grilles cir­cu­laires en mé­tal font of­fice d’étage d’en­trée, ils sont di­rec­te­ment re­liés (tech­no­lo­gie Di­rect Cou­pled) aux cir­cuits de puis­sance à tran­sis­tors pla­cés à la ver­ti­cale dans le bloc noir su­pé­rieur, et ados­sés aux deux énormes dis­si­pa­teurs de cha­leur.

Une connec­tique es­sen­tielle, mais plu­sieurs ré­glages pour une uti­li­sa­tion très souple

Le Mcin­tosh MA252 offre 3 en­trées ana­lo­giques de ni­veau Ligne dont deux asy­mé­triques et une sy­mé­trique via deux prises XLR. Une en­trée Pho­no sup­plé­men­taire est pré­vue pour une pla­tine vi­nyle à cel­lule MM. On note aus­si une sor­tie RCA pour l’ajout d’un cais­son de grave pla­cé près de 2 connec­teurs mi­ni-jack de contrôle (Trig­ger) pour un pi­lo­tage avec d’autres ap­pa­reils Mcin­tosh. Les ma­gni­fiques bor­niers haut-par­leurs com­pa­tibles fiches ba­nane ou fourches sont, eux, si­tués, au­des­sus, au plus près des deux étages de sor­ties. Le tour du pro­prié­taire est donc vite fait. Mais l’uti­li­sa­tion de ce Mcin­tosh MA252 est beau­coup plus riche qu’en ap­pa­rence puis­qu’un cer­tain nombre de mo­di­fi­ca­tions peuvent être ef­fec­tuées via la té­lé­com­mande. En ef­fet, il est pos­sible de re­nom­mer toutes les en­trées, adap­ter leur sen­si­bi­li­té et même les rendre in­opé­rantes. De plus, le MA252 offre un ré­glage de la ba­lance gauche/ droite et des ré­glages de to­na­li­té des fré­quences graves et ai­guës sui­vant le sou­hait de son uti­li­sa­teur. Toutes ces ma­ni­pu­la­tions et op­ti­mi­sa­tions s’af­fichent sur le su­perbe grand écran OLED qui orne l’étage su­pé­rieur de l’ap­pa­reil.

Les mêmes étages de puis­sance que le MA5300 que pré­cèdent des tubes en en­trée

Sur le plan tech­nique, le Mcin­tosh MA252 est un mo­dèle hy­bride avec un étage d’en­trée à tubes qui est consti­tuée de deux 12AX7A et deux 12AT7 qui sont di­rec­te­ment re­liés à deux cir­cuits de puis­sance à tran­sis­tors. Ces der­niers sont exac­te­ment les mêmes que ceux qui équipent le

Mcin­tosh MA5300. Ils sont ba­sés sur l’uti­li­sa­tion de 8 tran­sis­tors Ther­mal Track On Se­mi­con­duc­tor. Ce sont des mo­dèles bi­po­laires avec diode in­té­grée pour éli­mi­ner tout dés­équi­libre ther­mique et toute la­tence de fonc­tion­ne­ment. Ces 8 tran­sis­tors sont ac­co­lés à deux gros dis­si­pa­teurs ther­miques qui forment les flancs du haut de l’ap­pa­reil et leur confi­gu­ra­tion rac­cour­cit le temps de chauffe des tubes d’en­trée. Mais en re­gar­dant à l’in­té­rieur de ce com­par­ti­ment, c’est plu­tôt la taille du trans­for­ma­teur R-core qui im­pres­sionne le plus, ce qui est vi­sible sur la pho­to de l’ap­pa­reil. Le fil­trage comme la ré­serve d’éner­gie est as­su­ré par deux grosses ca­pa­ci­tés de 18000 ‘F/80V si­tuées dans la base même de l’am­pli. Le Mcin­tosh MA252 bé­né­fi­cie éga­le­ment de la fa­meuse tech­no­lo­gie Po­wer Guard, bre­ve­tée par le fa­bri­cant qui contrôle la qua­li­té du si­gnal à la vi­tesse de la lu­mière 1/7ème de se­conde afin de pro­té­ger les en­ceintes comme l’am­pli­fi­ca­teur de tout écrê­tage ou sur­charge. Ce cir­cuit com­pare en temps réel les si­gnaux d’en­trée et de sor­tie et ajuste dy­na­mi­que­ment le tout pour évi­ter toute forme de dis­tor­sion. Dès que ce cir­cuit dé­tecte une ano­ma­lie, les tubes d’en­trée cli­gnotent en orange, et re­tournent à leur cou­leur verte lorsque l’écrê­tage s’est ar­rê­té. Même chose si les câbles haut-par­leur se touchent et pro­voquent un court-cir­cuit ; l’ap­pa­reil s’éteint, tout sim­ple­ment. C’est le sys­tème de pro­tec­tion ultra-ra­pide «Sen­try Mo­ni­tor» qui coupe l’ali­men­ta­tion dès qu’une va­ria­tion d’im­pé­dance trop forte où un court-cir­cuit est dé­tec­té sur les sor­ties haut-par­leurs. Comme nous le voyons et à part les fa­meux au­to-trans­for­ma­teurs de sor­tie, Mcin­tosh n’a pas ou­blié d’in­clure dans ce MA252 qui réunit toutes les tech­no­lo­gies qui ont fait sa ré­pu­ta­tion de qua­li­té et de fia­bi­li­té.

À l’écoute : ner­veux, puis­sant, pré­cis... mais sans perdre le su­blime charme Mcin­tosh

À l’écoute du tout nou­vel am­pli in­té­gré hy­bride Mcin­tosh MA252 (après l’avoir rô­dé de nom­breuses heures), nous nous ren­dons compte ra­pi­de­ment que la com­pa­rai­son avec le MC275 va s’ar­rê­ter uni­que­ment à l’as­pect es­thé­tique, car du cô­té son, c’est tout à fait autre chose. Si l’on s’at­tend à une mu­si­ca­li­té tout en ron­deur et en charme ca­pi­teux, et bien avec ce MA252, c’est bien le contraire que nous avons ob­te­nu. Im­mé­dia­te­ment, cet am­pli fait preuve d’une ner­vo­si­té, d’un dy­na­misme comme d’ailleurs une te­nue en puis­sance as­sez ex­cep­tion­nelle. Le son est franc, di­rect sans qu’in­ter­viennent les douces ron­deurs des ap­pa­reils à tubes. Bien au contraire, le Mcin­tosh MA252 montre de réelles ap­ti­tudes à la trans­pa­rence comme à celle de la dé­fi­ni­tion. L’ai­gu est très pi­qué, et ne s’en­combre pas d’ef­fets ra­jou­tés et nous pour­rions dire la même chose de la ré­gion mé­dium qui tout de même bé­né­fi­cie d’un cer­tain re­lief, d’une cer­taine gra­vi­té sans que pour au­tant elle marque l’écoute comme le fe­raient des am­pli­fi­ca­teurs to­ta­le­ment à tubes. Cet am­pli a cette li­ber­té de ton, ce contraste qui le rend plus proche des pro­duc­tions «ac­tuelles». Le bas du spectre est d’une to­ni­ci­té as­sez im­pres­sion­nante. Non seule­ment il nous gra­ti­fie des notes les plus basses sans fré­mir, mais il tient d’une main de fer nos en­ceintes. Il tape, comme un vé­ri­table boxeur et donne des coups très bas, quand la mu­sique le ré­clame, mais sait aus­si mon­trer une grande sub­ti­li­té et un contraste lais­sant s’épa­nouir toutes les notes en les dif­fé­ren­ciant par­fai­te­ment. Et d’un autre cô­té, ce Mcin­tosh MA252 sait se mon­trer tout à fait convain­cant quant à la vé­ra­ci­té des timbres no­tam­ment sur les So­na­ta N°1 in G Mi­nor de J.S Bach jouée au vio­lon seul par Ch­ris­tine Bush. L’ins­tru­ment trouve na­tu­rel­le­ment sa place au sein d’une image sté­réo­pho­nique bien struc­tu­rée. On peut de­vi­ner tous les mou­ve­ments de cet in­ter­prète tant cet am­pli montre des qua­li­tés de trans­pa­rences et donc de fo­ca­li­sa­tion. Le sui­vi mé­lo­dique est par­fait, il met en exergue toutes les in­flexions, tout le jeu de cette mu­si­cienne. De plus,

l’écla­te­ment des notes dans l’es­pace est par­fait avec une ex­tinc­tion des sons tout aus­si par­faite. Les ré­so­nances de la pièce d’en­re­gis­tre­ment sont tout à fait réa­listes, et cet ins­tru­ment sonne ad­mi­ra­ble­ment bien. Il est vi­vant, en­joué et tout en nuances et ce sans au­cune ca­ri­ca­ture. Le Mcin­tosh MA252 dé­ploie une belle ri­chesse quant aux har­mo­niques su­pé­rieures et n’écourte pas le mes­sage mu­si­cal : au contraire, il lui donne une pa­lette de cou­leurs su­perbe. Nous re­trou­vons, non sans une cer­taine sa­tis­fac­tion Gre­go­ry Por­ter et son al­bum «Li­quid Spi­rit». L’image sté­réo­pho­nique a une belle consis­tance, mais ne dé­passe pas le cadre des en­ceintes. Elle se montre très contras­tée quant à l’éta­le­ment des plans so­nores et plus pré­ci­sé­ment en pro­fon­deur, do­maine où le MA252 montre de vraies ap­ti­tudes. Il nous fait pen­ser à un bon élève qui s’éver­tue à res­pec­ter à la fois le tem­po des mor­ceaux, mais aus­si l’ar­chi­tec­ture de la scène so­nore. Le se­cond mor­ceau qui claque comme un vé­ri­table mor­ceau de soûl passe ad­mi­ra­ble­ment bien. Les cla­que­ments de mains sonnent juste et vrais tan­dis que le bat­teur et le contre­bas­siste s’en donnent à coeur joie, s’ap­pro­priant une li­ber­té de jouer qui donne en­vie de bou­ger as­sez im­mé­dia­te­ment. Même im­pres­sion de réa­lisme sur le der­nier disque des soeurs Ibeyi. La foi­son de so­no­ri­tés ne se mé­lange pas, mais reste bien dif­fé­ren­ciée avec des voix en ar­rière-plan et pas mal d’autres ins­tru­ments qui se dé­tachent par­fai­te­ment les uns des autres. Nous ar­ri­vons par­fai­te­ment à en­tendre les dif­fé­rentes so­no­ri­tés des tam­bours ou per­cus­sions qui par­sèment le pre­mier mor­ceau «Ash». Le MA252 est très ar­ti­cu­lé et offre une ri­chesse de sons qui le rendent à la fois dé­taillé et pro­fond. Nous avons fi­ni par le disque «Flume» dans sa ver­sion «De­luxe Edi­tion» et nous sommes res­tés plus qu’agréa­ble­ment sur­pris par le ca­rac­tère ra­pide de cet in­té­gré Mcin­tosh qui en a sous ca­pot comme nous l’avions quelque peu dé­jà res­sen­ti. Ce disque Elec­tro qui «dé­mé­nage» passe à la per­fec­tion. Ja­mais le Mcin­tosh MA252 ne sim­pli­fie le mes­sage, il lui donne plu­tôt un ton, une cou­leur pleine de re­flets et d’es­pace. Il ne de­vient ja­mais agres­sif, mais reste vif et d’un ca­rac­tère en­joué.

Con­clu­sion

Il est beau, im­pres­sion­nant par son phy­sique hors norme tout en nous rap­pe­lant une époque où la qua­li­té du son comp­tait avant tout autre im­pé­ra­tif com­mer­cial et en plus il sonne ad­mi­ra­ble­ment. Il a même été dif­fi­cile de dé­crire son ca­rac­tère tant ce Mcin­tosh MA252 ac­cu­mule des qua­li­tés de timbres, de ra­pi­di­té et de re­lief so­nore. Son écoute se fait avec une fa­ci­li­té dé­con­cer­tante et il peut nous sur­prendre à chaque ins­tant par une note qui se­rait pas­sée in­aper­çue au­pa­ra­vant sur d’autres ap­pa­reils et qui re­trouve avec lui na­tu­rel­le­ment sa place dans le pay­sage mu­si­cale . Mcin­tosh nous a fait là un am­pli in­té­gré pu­re­ment au­dio­phile avec tout ce que ce­la com­porte de plai­sir mu­si­cal comme une réelle pers­pec­tive de longues heures d’écoute avec une joie tou­jours pré­sente.

5000 €

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.