Dy­nau­dio Spe­cial For­ty

On Magazine - - SOMMAIRE - par Pierre-yves Ma­ton

Dy­nau­dio avait fê­té ses 25 ans d’exis­tence avec le mo­dèle 25th An­ni­ver­sa­ry, une en­ceinte au cof­fret par­ti­cu­liè­re­ment tra­vaillé. Pour ses 40 ans, le construc­teur da­nois nous pro­pose au­jourd’hui une autre en­ceinte com­pacte, bap­ti­sée tout na­tu­rel­le­ment Spe­cial For­ty. La phi­lo­so­phie qui a pré­si­dé à la concep­tion de cette der­nière est fort dif­fé­rente que pour la pré­cé­dente. C’est sur­tout au­tour des haut-par­leurs qu’il faut cher­cher les amé­lio­ra­tions et elles ne sont pas des moindres.

Chez On Mag, nous avons tou­jours été adeptes de cette marque da­noise née en 1977, tant pour la qua­li­té mu­si­cale de ses en­ceintes que pour la concep­tion et la qua­li­té de fa­bri­ca­tion de l’en­semble des élé­ments qui com­posent ses mo­dèles. Dy­nau­dio s’est fait connaître, rap­pe­lonsle, pour l’ex­cel­lence de ses haut-par­leurs et en par­ti­cu­lier les fa­meux twee­ters Eso­tar et Eso­tec. Et la marque a tou­jours su conser­ver une lon­gueur d’avance par rap­port à la concur­rence. L’exemple nous en a été don­né avec la sor­tie des toutes pre­mières en­ceintes sans-fil de qua­li­té au­dio­phile de la sé­rie Xeo. L’ex­pli­ca­tion de cette réus­site est très simple : Dy­nau­dio conçoit, fa­brique et gère tous les élé­ments de ses en­ceintes et il est même à pa­rier que les com­po­sants de ses filtres sont pro­duits, pour la marque ex­clu­si­ve­ment, sur ca­hier des charges bien spé­ci­fique. Il convient d’at­tri­buer une autre qua­li­té à Dy­nau­dio, c’est sa constance. Pour la concep­tion de ses haut­par­leurs, le construc­teur ne part ja­mais dans toutes les di­rec­tions, mais suit un che­min bien tra­cé, en amé­lio­rant sans cesse ce qu’il a in­ven­té il y a quatre dé­cen­nies. Cette té­na­ci­té lui vaut d’être l’un des tout meilleurs fa­bri­cants d’en­ceintes au monde.

Une ébé­nis­te­rie simple mais d’une su­perbe pa­rure

Le style du cof­fret de la Spe­cial For­ty n’est pas très dif­fé­rent de ce­lui des autres en­ceintes de Dy­nau­dio. Nous re­trou­vons une forme lé­gè­re­ment tra­pé­zoï­dale (comme sur la sé­rie Dy­nau­dio Exit) avec une face avant de 19,5 cm qui se ter­mine par un pan­neau ar­rière de 17,5 cm, le tout pour une hau­teur to­tale de 36 cm et une pro­fon­deur de 32,2 cm. La Dy­nau­dio Spe­cial For­ty est donc une en­ceinte dite de bi­blio­thèque, qui se pose de pré­fé­rence sur un pied lourd si l’on veut en ti­rer le meilleur (Dy­nau­dio en pro­pose dans son ca­ta­logue).

L’ar­chi­tec­ture tra­pé­zoï­dale ré­duit for­te­ment les ondes sta­tion­naires (deux pa­rois n’étant pas pa­ral­lèles), ce qui pré­sente aus­si l’avan­tage de ré­duire le re­tour des ré­flexions so­nores vers la mem­brane du haut-par­leur de mé­dium/grave, par exemple. L’ébé­nis­te­rie est réa­li­sée en MDF haute den­si­té de 20 mm d’épais­seur. Un ren­fort in­terne en bois par­ti­cipe, lui aus­si, à la ri­gi­di­té de l’en­semble et l’amor­tis­se­ment est confié à deux ma­té­riaux dif­fé­rents. Dy­nau­dio pro­pose deux fi­ni­tions pour la Spe­cial For­ty : bou­leau gris ou bou­leau rouge. Les prises de connexion sont, elles aus­si, d’ex­cel­lente qua­li­té, d’ori­gine WBT et ac­ceptent fourches, ba­nanes ou fils nus. Des grilles de pro­tec­tion sont, bien en­ten­du, li­vrées d’ori­gine comme les ha­bi­tuels bou­chons en mousse pour les évents que l’on pour­ra uti­li­ser pour li­mi­ter le ni­veau du mé­dium/grave lorsque l’en­ceinte se­ra pla­cée très près du mur ar­rière (moins de 30/40 cm).

Des haut-par­leurs d’une nou­velle gé­né­ra­tion

En ce qui concerne les haut-par­leurs et sur­tout leur ma­riage pour que le si­gnal mu­si­cal soit le plus ho­mo­gène pos­sible, Dy­nau­dio a ap­por­té beau­coup d’amé­lio­ra­tions afin d’op­ti­mi­ser la tran­si­tion entre les deux trans­duc­teurs. Sans nul doute, les in­gé­nieurs de la marque ont-ils ap­pli­qué des re­cettes inau­gu­rées sur les sé­ries haut de gamme Con­fi­dence ou Evi­dence et qui ont été éga­le­ment ap­pli­quées sur la toute nou­velle gamme Con­tour. Le twee­ter porte une ré­fé­rence bien à lui : Eso­tar 40. Il est ca­pable de des­cendre sans fré­mir jus­qu’à 1 khz alors que le mé­dium/grave, une ver­sion re­vue du fa­meux 17W75, peut, lui, mon­ter jus­qu’à 4 khz sans dis­tor­sion. Le si­gnal so­nore passe tout d’abord par un filtre du 1er ordre avec une pente de 6 db par oc­tave, mais les amé­lio­ra­tions sur les haut-par­leurs eux-mêmes par­ti­cipent en grande par­tie au ré­sul­tat fi­nal. L’eso­tar 40 est un twee­ter à dôme en soie im­pré­gnée de 28 mm de dia­mètre. Il bé­né­fi­cie ef­fec­ti­ve­ment d’un «coa­ting», re­vê­te­ment par­ti­cu­lier ap­pli­qué en épais­seur va­riable pour une per­for­mance op­ti­mi­sée dans les hautes fré­quences (c’est le DSR ou Dy­nau­dio Se­cret Re­cette) et de l’ha­bi­tuelle bo­bine mo­bile en alu­mi­nium, très lé­gère, qui baigne dans du fer­ro­fluide (une in­ven­tion de ce construc­teur) afin de conser­ver les mêmes per­for­mances, quel que soit le ni­veau at­teint et mal­gré des tem­pé­ra­tures éle­vées pou­vant être pro­vo­quées par un fort vo­lume d’écoute. Un nou­vel ai­mant prend place à l’ar­rière du dôme tex­tile, mais sur­tout une chambre de dé­com­pres­sion agran­die qui per­met l’uti­li­sa­tion de ma­té­riau ab­sor­bant. Ces tech­niques jouant sur l’amor­tis­se­ment des ondes à l’ar­rière du dôme, les ré­so­nances pa­ra­sites sont ré­duites et la mem­brane gagne en ré­ponse en fré­quence.

Un boo­mer 17W75 bien boos­té

Le nou­veau boo­mer, ou haut-par­leur de mé­dium/ grave, est dé­crit par Dy­nau­dio comme l’ul­time in­car­na­tion de son lé­gen­daire 17W75 avec sa mem­brane mou­lée d’une seule pièce à par­tir de MSP (Ma­gne­sium Si­li­cate Po­ly­mer). Il semble que cette mem­brane pos­sède des épais­seurs va­riables, comme le dôme du twee­ter. Mais Dy­nau­dio n’en dit pas plus. L’avan­tage d’une pièce unique est une par­faite sta­bi­li­té à tous ni­veaux so­nores. Le dia­mètre de ce que l’on pour­rait consi­dé­rer comme un dôme cen­tral donne ce­lui de la bo­bine mo­bile, 75 mm, ce qui est énorme. Cette bo­bine en alu­mi­nium sur sup­port Kap­ton se meut au centre d’un nou­vel ai­mant for­mé de néo­dyme pour la ra­pi­di­té et de fer­rite pour la te­nue en puis­sance. Une des grosses nou­veau­tés ré­side dans l’ap­pa­ri­tion du spi­der asy­mé­trique pour as­su­rer une meilleure li­néa­ri­té des mou­ve­ments de la mem­brane quel que soit le ni­veau d’écoute. Ce nou­veau boo­mer 17W75 bé­né­fi­cie aus­si d’une chambre ar­rière op­ti­mi­sée, qui per­met à Dy­nau­dio de cla­mer qu’il peut des­cendre à 41 Hz à -3 db. Le sa­la­dier, mou­lé d’une seule pièce, est en mé­tal et offre une im­pec­cable ri­gi­di­té. Bra­vo à toute l’équipe de Dy­nau­dio qui, en­core une fois, a su in­no­ver tout en gar­dant les re­cettes qui ont fait son suc­cès de­puis 40 ans. La fi­ni­tion est su­perbe, il ne reste qu’à of­frir à ces Spe­cial For­ty des sup­ports de qua­li­té et une élec­tro­nique

per­for­mante. C’est ce que ce nous avons fait pour réa­li­ser nos tests et nous nous sommes ré­ga­lé tout en étant sur­pris. Place à l’écoute.

Écoute : de la vie, de la ma­tière, mais aus­si énor­mé­ment de pré­ci­sion

Sur­pris, certes, oui car ces Spe­cial For­ty nous ont mon­tré un ca­rac­tère as­sez dif­fé­rent des en­ceintes Dy­nau­dio que nous connais­sons. L’ai­gu, par exemple, connu pour son soyeux et sa lu­mi­no­si­té a fait place à un sur­croît de dou­ceur, comme s’il avait lar­ge­ment ga­gné en ho­mo­gé­néi­té et en neu­tra­li­té. Mais cette nou­velle ca­rac­té­ris­tique n’es­tompe en rien le pou­voir de ré­so­lu­tion de ces en­ceintes. Les Dy­nau­dio Spe­cial For­ty de­meurent ex­trê­me­ment dé­taillées et livrent une foule d’in­for­ma­tions sans pour au­tant perdre en co­hé­rence. Le mé­dium a chan­gé, lui aus­si. Il a ga­gné en poids et en den­si­té. Les timbres sont en­core mieux trans­crits avec une belle ma­tière et sur­tout une vie que nous ne ren­con­trons que trop ra­re­ment. Les Dy­nau­dio Spe­cial For­ty se sont avé­rées ex­trê­me­ment neutres, mais pleines de joie de vivre en même temps. Le grave a, quant à lui, mon­tré de vé­ri­tables prouesses pour la taille somme toute com­pacte de ces en­ceintes. Il nous a éton­nés par sa vi­va­ci­té et sa ca­pa­ci­té de contrôle. Lorsque nous écou­tons le CD de Ra­chel Po­ger (vio­lon) et Jane Ro­gers (al­to), disque qui nous avait ser­vi pour le test des Dy­nau­do Ex­cite 18, le gain en qua­li­té de timbre et en neu­tra­li­té est plus que fla­grant. Le mor­dant des at­taques de notes comme le mor­dant des ar­chets sur les cordes res­tent à l’iden­tique, mais nous sen­tons la tes­si­ture de ces deux ins­tru­ments en­core mieux ren­due. C’est comme si nous avions ga­gné en réa­lisme, la res­ti­tu­tion de­ve­nant beau­coup plus en­ve­lop­pante au ni­veau de l’image sté­réo­pho­nique. Ces Dy­nau­dio Spe­cial For­ty dé­ve­loppent une mise en scène des ins­tru­ments plus cré­dible car rem­plis­sant l’es­pace so­nore avec plus de poids. La pré­sence phy­sique du vio­lon comme de l’al­to est plus réa­liste tant au ni­veau scé­nique que sur le plan du re­lief so­nore. C’est très bien tim­bré et nuan­cé, tout en conser­vant un équi­libre to­nal vrai­ment su­perbe. Le tra­vail sur la liai­son entre les deux haut-par­leurs est fla­grant : l’ai­gu conserve sa tex­ture si fine et la ré­gion mé­dium montre une va­rié­té de nuances et une ri­chesse har­mo­nique ac­crue. Sans faire de jeu de mots ha­sar­deux : c’est d’une évi­dence no­table. À l’écoute de mu­sique plus mo­derne, la ques­tion de la com­pa­ci­té de ces Dy­nau­dio Spe­cial For­ty se pose. Vont-elles en­chan­ter les ama­teurs de Pop, Elec­tro ou autres ? Eh bien, oui, sans nul doute. Le bas du spectre, même s’il ne dé­ve­loppe pas un ni­veau que nous re­trou­vons sur cer­taines grosses en­ceintes co­lonnes, reste li­sible, souple et les lignes de basses sont sui­vies sans fré­mir. En écou­tant le vi­nyle de Lou Reed, «Trans­for­mer» avec son mor­ceau «Walk On The Wild Side», nous ne pou­vons que sa­luer la per­for­mance des Dy­nau­dio Spe­cial For­ty, car elles opèrent une su­perbe dif­fé­ren­cia­tion entre la contre­basse et la ligne de basse élec­trique. La voix de Lou Reed est vrai­ment stu­pé­fiante de réa­lisme, avec ce cô­té un peu rauque. Ces en­ceintes sont ca­pables, mal­gré leur taille, de ré­créer tout l’uni­vers so­nore de cet en­re­gis­tre­ment avec une mise en re­lief hal­lu­ci­nante de tous les mu­si­ciens comme du choeur qui ponc­tue ce mor­ceau.

Con­clu­sion

Dy­nau­dio signe là «une grande en­ceinte» non pas par sa taille, mais par ses qua­li­tés de timbres et sa co­hé­rence. Nous sen­tons très bien que L’ADN des Dy­nau­dio Evi­dence a nap­pé la concep­tion tout à fait nou­velle de ces Spe­cial For­ty. Elles nous ont mon­tré, en outre, des qua­li­tés de neu­tra­li­té, d’ho­mo­gé­néi­té qu’il se­ra dif­fi­cile de trou­ver ailleurs dans cette gamme de prix : un nou­veau must dans le genre «en­ceinte de bi­blio­thèque».

3000 €

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