Cal­las éter­nelle

OPERA MAGAZINE - - Cadeaux -

La lit­té­ra­ture concer­nant Ma­ria Cal­las est abon­dante, et dans toutes les langues. Nulle autre can­ta­trice du XXE siècle n’a à ce point dé­chaî­né les pas­sions, at­ti­ré les éloges les plus di­thy­ram­biques et sou­le­vé de vives contes­ta­tions. Dé­jà au­teur d’un Cal­las Uni­ca, Jean-jacques Ha­nine-rous­sel ap­porte une nou­velle pierre à l’édi­fice, so­bre­ment in­ti­tu­lée Ma­ria Cal­las ; et quelle pierre ! Un vo­lume grand for­mat, re­lié de toile noire, près de sept cents pages (et plu­sieurs ki­los !), plus d’un mil­lier de pho­tos ( dont cer­taines in­édites), un nombre in­croyable de cou­pures de presse qui n’avaient ja­mais été tra­duites en fran­çais, des di­zaines de té­moi­gnages, famille, amis, ser­vi­teurs, col­lègues... Au­tre­ment dit, une mine d’or pour les mé­lo­manes. Sa­luons donc le ré­sul­tat d’un tra­vail de bé­né­dic­tin me­né pen­dant vingt-huit ans, fruit d’une pas­sion avouée pour l’art de celle que l’au­teur n’hé­site pas à nom­mer « la di­va du siècle » – il se­ra dif­fi­cile, dé­sor­mais, de faire mieux et plus com­plet ! Ha­nine-rous­sel est cha­leu­reux et en­thou­siaste ; il n’en ou­blie pas pour au­tant d’être ob­jec­tif, et de re­mettre les pen­dules à l’heure. Car quelle image de Ma­ria Cal­las le pu­blic d’au­jourd’hui conserve-t-il ? Plus que l’ar­tiste, ce sont la femme et ses dé­boires amou­reux qui en­combrent en­core les ch­ro­niques, son aven­ture avec Aris­tote Onas­sis (le bio­graphe éclaire la triste his­toire de ce fils qui ne vé­cut que quelques heures, que des té­moins lui ont confir­mée) – on par­lait à l’époque de pa­pa­raz­zi plus que de presse « people » mais les dom­mages ont été dou­lou­reux, à un mo­ment où les an­nées glo­rieuses de la voix n’étaient plus qu’un sou­ve­nir. Rien n’est dis­si­mu­lé d’une per­son­na­li­té dont on sait qu’elle était dif­fi­cile, comme le confirment cer­tains col­lègues – la mez­zo grecque Ele­na Ni­co­lai qui fut son Adal­gi­sa àtrieste en 1953, la jeune Ga­briel­la­tuc­ci, Glauce dans Me­dea à Flo­rence la même an­née, le ba­ry­ton En­zo Sor­del­lo, En­ri­co dans Lu­cia di Lam­mer­moor au Me­tro­po­li­tan Ope­ra de Newyork en 1956, entre autres, en firent les frais, ce der­nier sur­tout, qui vit les portes du théâtre se fer­mer dé­fi­ni­ti­ve­ment pour lui. En même temps, tous sont una­nimes pour l ouer son pro­fes­sion­na­lisme pous­sé à l’ex­trême et son gé­nie dra­ma­tique – Elisabeth Sch­warz­kopf, aus­si per­fec­tion­niste que sa consoeur, la vit un jour in­car­ner Vio­let­ta et ju­ra ses grands dieux qu’elle ne se ris­que­rait plus dans ce rôle. L’ar­tiste était exi­geante et ins­pi­rée, la femme sans doute plus fra­gile que les ap­pa­rences le lais­saient croire, et, dans ses der­nières an­nées, so­li­taire. Avec la mi­nu­tie et la pro­bi­té d’un en­quê­teur, Jean-jacques Han­nine-rous­sel tente d’éclai­rer les der­nières zones d’ombre, le rôle plus que trouble de la pia­niste Vas­so De­vet­zi, les cir­cons­tances de la mort, son usage de cer­tains mé­di­ca­ments dan­ge­reux comme le Man­drax – on com­prend que l’ima­gi­na­tion po­pu­laire ait trou­vé là ma­tière à dé­rives. Sa der­nière in­ter­view, la di­va la donne à Pe­ter Dra­gadze du ma­ga­zine ita­lien Gente ; elle se­ra pu­bliée en oc­tobre 1977 – Cal­las était dé­cé­dée le 16 sep­tembre pré­cé­dent. Quelques ex­traits sont ré­vé­la­teurs. « Tu veux sa­voir dans quoi j’ai échoué ? Dans une chose très im­por­tante. Je n’ai pas réus­si à être une femme com­plète. Plus qu’une femme à suc­cès, j’au­rais vou­lu être une mère, avoir des en­fants, beau­coup d’en­fants. » « Je me suis fait une mau­vaise ré­pu­ta­tion uni­que­ment parce que j’ai dé­fen­du la mu­sique et mon in­té­gri­té pro­fes­sion­nelle. » « Face à ces pro­blèmes phy­siques, je com­men­çai à perdre mon cou­rage, ma sécurité... J’ai re­com­men­cé à étu­dier, sa­chant bien que le monde de la mu­sique avait dé­jà pré­pa­ré la fosse et at­ten­dait seule­ment que je tombe de­dans. J’étais mo­ra­le­ment dé­truite aus­si pour d’autres rai­sons. J’étais seule. » On l’au­ra com­pris, ce livre est bien plus qu’un bel ob­jet. Les « cal­la­so­philes » l’ac­cueille­ront avec bien­veillance ; les autres y trou­ve­ront ma­tière à ré­flexion (Édi­tions Car­pen­tier, 688 p.).

M. P.

Ma­ria Cal­las, qui im­po­sa sur les scènes ly­riques une nou­velle fa­çon de jouer et de chan­ter, fut pen­dant toute sa car­rière ac­com­pa­gnée par le disque, de la toute fin du 78 tours au mi­cro­sillon en plein es­sor. War­ner Clas­sics a pro­cé­dé à un nou­veau ti­rage du splen­dide cof­fret in­ti­tu­lé

Ma­ria Cal­las : The Com­plete Stu­dio Re­cor­dings,

com­pre­nant tous les en­re­gis­tre­ments de stu­dio gra­vés par la di­va, in­té­grales d’opé­ra et ré­ci­tals (Dia­mant d’opé­ra Ma­ga­zine ; voir O. M. n° 101 p. 10 de dé­cembre 2014). Ces mêmes ré­ci­tals sont pa­ral­lè­le­ment re­grou­pés dans un cof­fret in­ti­tu­lé Ma­ria Cal­las : The Stu­dio Re­ci­tals, de­puis les pre­mières faces pour Ce­tra (1949) aux « Rarities » de 1969 (14 CD War­ner Clas­sics 0825646016112).

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