COMPTES REN­DUS à la scène

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus -

n° 110 p. 80 d’oc­tobre 2015).

Rap­pe­lons briè­ve­ment l’idée. En 1753, Dau­vergne et Fa­vart connaissent un beau suc­cès avec La Co­quette trom­pée, his­toire dé­li­cieu­se­ment li­ber­tine d’une femme (Flo­rise) se dé­gui­sant en homme pour sé­duire et confondre sa ri­vale (Cla­rice). Dans La Double Co­quette, Gé­rard Pes­son (né en 1958) et le poète Pierre Al­fe­ri ont conser­vé toute la mu­sique de Dau­vergne, l’aug­men­tant de trente- deux « ad­di­tions », le plus sou­vent brèves, sauf le Pro­logue dans le­quel Flo­rise trouve, sur sa ta­blette nu­mé­rique, des pho­tos de Cla­rice en train de faire des sel­fies en com­pa­gnie de son ma­ri (Da­mon). La ver­sion scé­nique, si l’on en ex­cepte les cos­tumes, ne dif­fère pas tel­le­ment de la pré­sen­ta­tion en concert, dé­jà scé­na­ri­sée par des ar­tistes qui ne res­taient pas plan­tés comme des pi­quets. Les mu­si­ciens (l’en­semble Ama­rillis, di­ri­gé par Hé­loïse Gaillard et­vio­laine Co­chard) sont tou­jours sur le pla­teau, seule­ment mas­qués par des loups. Leur tra­vail est pas­sion­nant, car les ajouts contem­po­rains les obligent à culti­ver des so­no­ri­tés très dif­fé­rentes de celles de la mu­sique du XVIIIE siècle. Les chan­teurs re­nou­vellent leurs ex­cel­lentes per­for­mances, même si, dans le Pro­logue, la voix plu­tôt menue d’isa­belle Pou­le­nard peine à s’im­po­ser dans le vaste es­pace du Théâtre de Saint- Quen­tin- en- Yve­lines. En re­vanche, quelle co­mé­dienne ! Il semble, en ef­fet, que Fan­ny de Chaillé ait tra­vaillé avec pré­ci­sion les dé­pla­ce­ments et les mi­miques des in­ter­prètes. Quant aux cos­tumes d’an­nette Mes­sa­ger, ils confèrent une grande ori­gi­na­li­té à la production. Au dé­but et à la fin, Isa­belle Pou­le­nard ap­pa­raît dans une robe de che­veux l’ha­billant jus­qu’aux pieds. Elle s’en dé­pouille en­suite pour un cos­tume mas­cu­lin aux conven­tions ou­trées, te­nant plus du cor­set que du com­plet trois pièces. Ro­bert Get­chell porte le même, à la cou­leur près. La sé­dui­sante Maï­lys de Villou­treys est, pour sa part, re­vê­tue d’une ex­tra­or­di­naire robe de ser­pents (ten­ta­teurs, évi­dem­ment). La conver­gence du su­jet et de la fac­ture mu­si­cale de­meure l’élé­ment le plus éton­nant de ce spec­tacle, le mé­lange des styles de la par­ti­tion re­joi­gnant la confu­sion des sexes du li­vret. À cer­tains mo­ments, on ne sait plus très bien si l’on est au XVIIIE ou au XXIE siècle, alors même que, dans l’im­mense ma­jo­ri­té de ses « ad­di­tions », Gé­rard Pes­son s’est re­fu­sé au pas­tiche. Strauss et Hofmannsthal avaient mê­lé les genres dans Ariadne auf Naxos ; Pes­son et Al­fe­ri ont mê­lé les époques dans La Double Co­quette, ou­vrant ain­si la pos­si­bi­li­té d’une mu­sique « hors temps ». Du troi­sième genre, en quelque sorte.

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