Ci-des­sus), Don Gio­van­ni voir

OPERA MAGAZINE - - Guide -

On pour­ra s’éton­ner que le la­bel Al­pha – qui pos­sède dé­jà, à son ca­ta­logue DVD, le fa­meux Bour­geois gen­til­homme du tan­dem Ben­ja­min La­zar/vincent Du­mestre (un de ses beaux suc­cès com­mer­ciaux) – en pro­pose au­jourd’hui une autre ver­sion, si­gnée cette fois De­nis Po­da­ly­dès/ Ch­ris­tophe Coin. Les ap­proches sont, il est vrai, on ne peut plus dif­fé­rentes, Po­da­ly­dès cher­chant plus l’ac­tion que le ta­bleau et s’in­té­res­sant da­van­tage à l’éner­gie du verbe qu’à sa forme. Sa production, créée à Lyon, en 2012, a été fil­mée, la même an­née, à l’opé­ra Royal de Ver­sailles, où nous l’avons re­trou­vée, avec beau­coup de plai­sir, en avril 2015 ( voir O. M. n° 107 p. 69 de juin). Com­pa­rée à sa concur­rente, elle peut, à pre­mière vue, semb­ler da­van­tage « de tra­di­tion ». En fait, elle est par­cou­rue par une fan­tai­sie très ori­gi­nale, se tra­dui­sant dans un se­cond de­gré dé­ca­lé et un cer­tain désordre culti­vé. Dom­mage que la cap­ta­tion vi­déo, réa­li­sée par Mar­tin Frau­deau, ne lui rende pas com­plè­te­ment jus­tice. La for­mi­dable éner­gie que l’on res­sen­tait dans la salle est moins pal­pable ici, et les ca­drages peinent par­fois à sai­sir ce qu’il fau­drait d’une ac­tion sou­vent écla­tée et mul­tiple. Au sein d’une dis­tri­bu­tion lé­gè­re­ment dif­fé­rente de celle de la re­prise, Mon­sieur Jour­dain est l’in­amo­vible Pas­cal Ré­né­ric, to­ni­truant mais en rien sim­pliste, dont les plans rap­pro­chés sou­lignent la va­rié­té d’ex­pres­sions. Les chan­teurs, quant à eux, sont les mêmes qu’en avril der­nier : la so­pra­no Cé­cile Gran­ger et le té­nor Ro­main Cham­pion, sty­lés mais un peu ti­mides ; le ba­ry­ton Marc La­bon­nette, plein de fa­conde mais pas tou­jours très pré­cis. Et l’on se g a r d e r a d ’ o u b l i e r, d a n s le di­ver­tis­se­ment fi­nal, l’ex­quis so­lo es­pa­gnol du té­nor Fran­cis­co Maña­lich (par ailleurs gam­biste), s’ac­com­pa­gnant lui- même à la gui­tare. Comme nous l’avons dé­jà écrit, c’est sur­tout par la ma­nière dont elle se mêle presque constam­ment à l’ac­tion que la mu­sique, ron­de­ment me­née par Ch­ris­tophe Coin, sé­duit dans ce spec­tacle. C’est en­core plus vrai de la danse, pour­tant as­sez pauvre sur le plan de l’in­ven­tion pu­re­ment cho­ré­gra­phique (Kao­ri Ito). Une production ré­jouis­sante du chefd’oeuvre de Mo­lière et Lul­ly, dont le DVD ne sai­sit mal­heu­reu­se­ment pas toute la force. Tel on l’a vu, en août 2013, au Fes­ti­val de Salz­bourg ( voir O. M. n° 88 p. 65 d’oc­tobre), tel on le re­trouve en DVD, sans sur­prise, et sans joie. Car la ca­mé­ra très probe de Ti­zia­no Man­ci­ni n’y change rien. Ac­ca­blé par son dé­cor unique, pla­te­ment éclai­ré, de sa­lon ano­nyme, fer­mé par une mo­nu­men­tale ver­rière, comme par la jo­liesse de cos­tumes XVIIIE ne si­gni­fiant pas da­van­tage, Sven-eric Bech­tolf échoue à son

Le met­teur en scène al­le­mand n’a rien d’autre à pro­po­ser que le di­ver­tis­se­ment de conven­tion qu’on a vu trop sou­vent : deux per­ruches et deux per­ro­quets, mul­ti­pliant les mi­nau­de­ries et les poses contor­sion­nées, aux­quels manque toute chair, et tout coeur. L’en­semble gé­nère l’en­nui, voire un sou­rire gê­né de­vant les gags vul­gaires. La Des­pi­na de fort tem­pé­ra­ment de Mar­ti­na Jan­ko­va tire à peu près son épingle du jeu. En re­vanche, le Don Al­fon­so de Ge­rald Fin­ley, quoique im­pec­ca­ble­ment chan­té, ne par­vient pas à dé­pas­ser le per­son­nage sté­réo­ty­pé du phi­lo­sophe à lu­nettes, ma­ni­pu­la­teur des­si­né à gros traits. Quant au qua­tuor d’amants, il reste en de­çà de la tâche : Gu­gliel­mo vo­ca­le­ment cor­rect, mais trans­for­mé en clown déso­rien­té, de Lu­ca Pi­sa­ro­ni ; Fer­ran­do in­exis­tant sur tous les plans d’un Mar­tin Mit­ter­rutz­ner de bonne vo­lon­té, mais dé­pas­sé ; Fior­di­li­gi ap­pli­quée, mais net­te­ment en des­sous de l’aune de Salz­bourg, de Ma­lin Har­te­lius ; Do­ra­bel­la sur­jouée de Ma­rie-claude Chap­puis, ac­cu­sant de sé­rieuses li­mites dans « ». La di­rec­tion sèche et mé­ca­nique de Ch­ris­toph Eschen­bach achève de plom­ber l’en­semble. À ou­blier. Contrai­re­ment au Co­si mis en scène par le même Sven-eric Bech­tolf ( voir

le DVD amé­liore net­te­ment le créé à l’été 2014, au Fes­ti­val de Salz­bourg (

Le Fes­ti­val de Pe­sa­ro se­rait- il de­ve­nu une sorte de parc d’at­trac­tions, re­cons­ti­tuant ar­ti­fi­ciel­le­ment un uni­vers es­thé­tique désuet, coin­cé entre la sta­tion bal­néaire (et son tou­risme de masse) et le pu­blic in­ter­na­tio­nal qui le suit chaque an­née ? C’est la ques­tion que semble po­ser, avec une cer­taine (im)per­ti­nence, cette production d’il si­gnor Bru­schi­no, re­çue de fa­çon mi­ti­gée, en 2012, et fil­mée en cette oc­ca­sion ( voir O. M. n° 77 p. 58 d’oc­tobre). Une vi­sion pré­mo­ni­toire, pour­tant, si l’on en juge par ce que la mu­ni­ci­pa­li­té vient de faire de la mai­son na­tale de Ros­si­ni... Le Tea­tro Sot­ter­ra­neo, jeune com­pa­gnie ex­pé­ri­men­tale flo­ren­tine, joue à fond la carte du kitsch et du bur­lesque, uti­li­sant les re­cettes d’un hu­mour po­tache pour in­ter­ro­ger l’ac­tua­li­té. Une fois que l’on s’est ha­bi­tué à ces choix vi­suels, dont la lai­deur vou­lue ren­force le co­mique des si­tua­tions, ce qui ne pa­rais­sait au dé­but que dé­ca­lage et pro­vo­ca­tion prend tout son sens. Quelques scènes vrai­ment dé­so­pi­lantes se dé­tachent, comme le trio mas­cu­lin et son ca­na­pé gon­flable en per­pé­tuel dés­équi­libre, ou le grand air pen­dant le­quel So­fia tor­ture une pou­pée à l’ef­fi­gie de Bru­schi­no père, qui su­bit dans son corps ses coups d’épingle. Dé­fen­due par une ex­cel­lente dis­tri­bu­tion, la production se ré­vèle sou­vent jubilatoire, même si la cap­ta­tion amoin­drit l’im­pact et la drô­le­rie de cer­tains ef­fets, ne pou­vant en per­ma­nence mon­trer l’en­semble du pla­teau. For­mi­dable, le duo des basses bouffes (Car­lo Lepore/ro­ber­to De Can­dia), et plein d’abat­tage, le couple de jeunes pre­miers, néan­moins mal as­sor­ti phy­si­que­ment (Ma­ria Alei­da/da­vid Ale­gret). Une men­tion pour les com­po­si­tions d’an­drea Vin­cen­zo Bon­si­gnore et de Fran­cis­co Bri­to. Chia­ra Amarù, de­ve­nue de­puis l’une des mez­zos ros­si­niennes les plus pro­met­teuses de la Pé­nin­sule, crève l’écran dans le pe­tit rôle de Ma­rian­na. Da­niele Rus­tio­ni di­rige, avec beau­coup de verve, cette ver­sion non conven­tion­nelle de la der­nière des farces vé­ni­tiennes de Ros­si­ni.

Les hommes hier, les dames au­jourd’hui. Sur la lan­cée de son pré­cé­dent ou­vrage consa­cré aux

Grands Chan­teurs du XXE siècle

(Bu­chet Chas­tel, 2012), on au­rait pu craindre que les mul­tiples res­pon­sa­bi­li­tés de Ri­chard Mar­tet l’empêchent d’ache­ver l’aile com­plé­men­taire du pan­théon ly­rique de ces cent der­nières an­nées. Heu­reu­se­ment, il n’en est rien. Sa dé­marche reste fi­dèle aux mêmes im­pé­ra­tifs : au­cune chan­teuse née après 1946, cin­quante por­traits seule­ment avec, pour cha­cun, une pré­sen­ta­tion bio­gra­phique et cri­tique com­por­tant de pré­cieuses ré­fé­rences dis­co­gra­phiques. Preuves à l’ap­pui, si l’on peut dire, un disque ac­com­pagne cette pu­bli­ca­tion, en four­nis­sant, pen­dant plus de sept heures de mu­sique, un choix d’airs ou de mé­lo­dies qui ca­rac­té­risent au mieux l’art de toutes ces heu­reuses élues ( à l’ex­cep­tion de Jes­sye Nor­man, pour la­quelle une li­cence de re­pro­duc­tion n’a pu être ob­te­nue). Ne se­rait- ce que pour ce vaste panorama so­nore, de­puis Ge­ral­dine Far­rar (née en 1882) jus­qu’à Edi­ta Gru­be­ro­va (née en 1946), il y au­rait mille rai­sons de s’in­té­res­ser à ce tra­vail d’his­to­rien, voire d’ar­chéo­logue. Mais son in­té­rêt pre­mier, comme on s’en doute, ré­side dans les textes qui, en peu de pages, cernent au plus près la per­son­na­li­té de cha­cune de ces di­vas, qu’elle soit so­pra­no, mez­zo ou contral­to. Comme il s’en ex­plique dans son avant- pro­pos, Ri­chard Mar­tet a pré­fé­ré re­te­nir, comme titre de son étude, ce terme de « di­va » plu­tôt que ce­lui de chan­teuse ou de can­ta­trice. Di­va, ce­la sup­pose un très grand ta­lent, certes, mais aus­si un rap­port bien par­ti­cu­lier avec un pu­blic d’ad­mi­ra­teurs et, for­cé­ment, avec des ri­vales éven­tuelles. On dé­couvre ain­si, au gré de ces en­trées suc­ces­sives, les ten­sions qui ont pu exis­ter entre Ma­ria Je­rit­za et Lotte Leh­mann, Elisabeth Sch­warz­kopf et Li­sa Del­la Ca­sa, Re­na­ta Te­bal­di et Ma­ria Cal­las, Grace Bum­bry et Shir­ley Ver­rett. La vie de l’opé­ra ne se li­mite pas à de telles que­relles et c’est avec une éru­di­tion ja­mais pe­sante et une constante clar­té de style, avec même une pointe d’hu­mour par­fois, que l’au­teur de ces Grandes Di­vas du XXE siècle sait nous faire re­vivre, à tra­vers elles, l’his­toire ré­cente de l’opé­ra, tout en nous fai­sant par­ta­ger sa propre pas­sion ly­rique. À d’in­fimes nuances dans le choix des mots ou des ad­jec­tifs, l’on par­vient à de­vi­ner vers qui vont ses pré­fé­rences. Lu en conti­nui­té, de la pre­mière à la der­nière page, cet ou­vrage consti­tue un voyage fort agréable dans le temps, d’un théâtre à un autre, d’un rôle à un autre, en com­pa­gnie de per­son­na­li­tés d’ex­cep­tion. Un voyage si pas­sion­nant que l’on re­grette qu’il n’y ait pas plus de ren­contres pos­sibles. Cin­quante seule­ment. Ayons tout de même une pen­sée p o u r J a n e t B a k e r, B r i g i t t e Fass­baen­der ou Lu­cia Popp, qui ont été aban­don­nées sur le quai. Mais ces trois grandes can­ta­trices étaient-elles des di­vas, au même titre qu’elisabeth Sch­warz­kopf, Joan Su­ther­land, Ma­ria Cal­las ou Ré­gine Cres­pin, pré­sentes sur la cou­ver­ture de ce livre, aus­si pré­cis qu’un dic­tion­naire et aus­si en­flam­mé qu’une lettre d’amour ?

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