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OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

on­ter The Bas­sa­rids (1966) n’est pas à la por­tée du pre­mier théâtre ve­nu. Cet opé­ra très dense re­quiert des com­pé­tences mu­si­cales ex­cep­tion­nelles, même s’il ne dure que deux heures d’un seul te­nant, et aus­si beau­coup d’es­pace dis­po­nible pour ac­cueillir un ef­fec­tif plé­tho­rique. D’im­por­tance moyenne, le Na­tio­nal­thea­ter de Mann­heim a réus­si, un mois après le Teatro dell’ope­ra de Rome ( voir O. M. n° 113 p. 52 de jan­vier 2016), à mo­bi­li­ser tous les moyens né­ces­saires pour cé­lé­brer di­gne­ment le de­mi­siècle d’exis­tence de l’ou­vrage. Me­né conjoin­te­ment par l e c h e f d e c h oe u r N i l s Sch­we­cken­diek et par le chef d’or­chestre Ros­sen Ger­gov, ce tra­vail peut ai­sé­ment se confron­ter aux stan­dards in­ter­na­tio­naux. La par­ti­tion de Henze, pas­sion­nante sur­en­chère dis­tan­ciée par rap­port à l’hé­ri­tage wag­né­ros­traus­sien, brille ici de tout son éclat. Certes, la salle de Mann­heim a es­thé­ti­que­ment mal vieilli, comme beau­coup de théâtres de la re­cons­truc­tion al­le­mande, mais les confor­tables vingt-quatre mètres de large de la scène et de la fosse per­mettent de lo­ger tout l’ef­fec­tif re­quis, sans em­bou­teillage. De fait, la seule sen­sa­tion d’ex­cès pro­vient d’un ni­veau so­nore par­fois énorme, qui sa­ture tout l’es­pace acous­tique dis­po­nible. Pour com­po­ser la dis­tri­bu­tion, la troupe a ras­sem­blé tous ses ti­tu­laires wag­né­riens, ré­ser­voir de voix in­té­res­santes mais cu­rieu­se­ment d’un rayon­ne­ment in­suf­fi­sant, comme si tout ce beau monde ( des Brünn­hilde, Kun­dry, Wo­tan ou Al­be­rich, pour­tant) pa­rais- sait flot­ter dans des te­nues trop larges. Mais peut-être le han­di­cap est-il aus­si lin­guis­tique, la plu­part des chan­teurs sem­blant gê­nés par la pro­so­die an­glaise. Évi­dem­ment, les per­for­mances res­tent ho­no­rables, mais on dé­plore un manque de re­lief gé­né­ral. Scé­ni­que­ment, le pro­jet de Frank Hil­brich di­vise le pla­teau en deux ni­veaux su­per­po­sés, afin de ré­su­mer l’af­fron­te­ment entre le monde de Dio­ny­sus, es­sen­tiel­le­ment sen­so­riel et char­nel, et ce­lui de Pen­theus, re­pré­sen­tant ri­go­riste de l’ordre éta­bli. En bas : un dé­cor de bi­blio­thèque mu­ni­ci­pale, uni­vers de culture et de ra­tio­na­li­té, dé­li­bé­ré­ment quel­conque. En haut : un étage vide mas­qué par un ri­deau noir, en­droit ré­ser­vé aux fan­tasmes et aux li­bé­ra­tions des pul­sions ; ain­si, les scènes d’or­gie sont dis­cer­nables tan­tôt par trans­pa­rence, tan­tôt sous forme de pro­jec­tions d’images tour­nées en di­rect par un vi­déaste, équi­pé d’une ca­mé­ra in­fra­rouge. Le sub­ter­fuge est ef­fi­cace, au moins pour sug­gé­rer sans trop mon­trer. Le pro­blème vient plu­tôt du manque d’in­té­rêt de ce qui se passe en bas : confron­ta­tions phy­si­que­ment ten­dues, mais sans si­gni­fi­ca­tion évi­dente, entre des per­son­nages sys­té­ma­ti­que­ment at­ti­fés comme s’ils ve­naient de se four­nir en soldes dans un grand ma­ga­sin. La com­plexi­té ré­fé­ren­cée du li­vret d’au­den, sur fond de conflit entre ordre éta­bli et contre­cul­ture ré­vo­lu­tion­naire, s’en trouve la­mi­née, au pro­fit d’une mise à plat des plus ba­siques. Du « Re­gie­thea­ter » certes, mais en ser­vice mi­ni­mum.

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