COMPTES REN­DUS En concert

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

n’est qu’ap­pa­rente. Jouant avec vir­tuo­si­té des pos­si­bi­li­tés of­fertes par cette (grande) lan­terne ma­gique, Ma­nual Ci­ne­ma re­crée l’uni­vers des livres d’en­fants, la naï­ve­té le dis­pu­tant à la poé­sie. Le noir et blanc des sil­houettes se mêle aux cou­leurs pas­tel des dé­cors, ou à celles, à peine plus vives, des gâ­teaux. Les ef­fets de pers­pec­tive per­mettent de voir, en un ins­tant, la Sor­cière en gros plan ou bien mi­nus­cule, che­vau­chant un ba­lai dans les nuages. Au­tant d’images qu’une re­pré­sen­ta­tion scé­nique ne per­met­trait pas. Pro­fi­tant des in­ter­mèdes mu­si­caux, Ma­nual Ci­ne­ma ex­tra­pole, ima­gi­nant ici une riche ci­té ayant fon­dé sa for­tune sur la pro­duc­tion de fraises des bois, là un Pe­ter se rê­vant en­tre­pre­neur et in­ven­tant l’as­pi­ra­teur. L’en­chaî­ne­ment est plus que convain­cant, à la fois pour la per­fec­tion de la réa­li­sa­tion et la per­ti­nence du pro­pos. À l’en­tracte et après le spec­tacle, le pu­blic est in­vi­té à dé­cou­vrir l’en­vers du dé­cor, sans que ce­la n’en­lève rien à sa ma­gie. Le seul dé­faut de cette créa­tion est de... cap­ter l’at­ten­tion, au dé­tri­ment de la mu­sique : force de l’image ! Et c’est dom­mage, car la dis­tri­bu­tion est d’ex­cellent ni­veau. Les deux en­fants sont agréa­ble­ment re­pré­sen­tés. Gaëlle Ar­quez donne à Hän­sel une émou­vante fra­gi­li­té, la cha­leur de son timbre se com­bi­nant avec la dou­ceur du pro­pos. Le gar­çon­net est bien tendre aux cô­tés de Ta­lia Or, Gre­tel plus af­fir­mée, avec une ligne de chant élé­gam­ment te­nue. Le Pe­ter so­nore et joyeux de Die­trich Hen­schel offre au per­son­nage l’al­lant né­ces­saire, ce­lui d’une op­ti­miste sim­pli­ci­té. Na­ta­scha Pe­trins­ky est im­pres­sion­nante, al­liant puis­sance et mu­si­ca­li­té, avec des ai­gus tran­chants et des rau­ci­tés sau­vages, qui donnent à Ger­trud une di­men­sion wag­né­rienne ter­ri­fiante. Le ba­ry­ton au­tri­chien Georg Ni­gl triomphe en Sor­cière, cra­chant ses mots, ou les ex­pi­rant en feu­le­ments bru­taux. Son in­ter­pré­ta­tion a quelque chose de vol­ca­nique dans l’ex­pres­sion, comme si chaque note de­vait être noir­cie avant d’être émise. Dé­li­cates in­ter­ven­tions d’ilse Ee­rens, irréprochable dans le double rôle du Mar­chand de sable et du Bon­homme Ro­sée. Est-ce l’acous­tique du Pa­lais des Beaux-arts ? L’or­chestre Sym­pho­nique de la Mon­naie peine à dé­fi­nir les cou­leurs de la par­ti­tion, son ho­mo­gé­néi­té for­mant une pâte so­nore par trop com­pacte, sous la ba­guette de Lo­thar Koe­nigs.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.