Re­dé­cou­vrir Per­go­lèse à Je­si

À l’est de l’ita­lie, la ré­gion des Marches se sin­gu­la­rise par la ri­chesse de sa vie ly­rique : au nord, Pe­sa­ro et son ROF (Ros­si­ni Ope­ra Fes­ti­val) ; au sud, Ma­ce­ra­ta et son Are­na Sfe­ris­te­rio ; entre les deux, dans la pro­vince d’an­cône, Je­si, un peu plus de

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Maître chan­teur ou maître poète ? L’an­ti­qui­té grecque, chère à Wa­gner, unis­sait ces deux vi­sages, Or­phée et sa lyre de­meu­rant les sym­boles de ce que, de­puis Eu­ri­dice de Pe­ri (1600), nous nom­mons opé­ra. C’est dire que, sous leurs atours pa­ro­diques, Die Meis­ter­sin­ger von Nürn­berg touchent au coeur de ce que le com­po­si­teur al­le­mand conce­vait comme un art to­tal, gou­ver­né par le poème et la mé­lo­die, unis dans une fé­conde os­mose par un créa­teur unique. De cet art ap­pe­lé à fixer et in­ter­pré­ter les rêves, se­lon l’ex­pres­sion du sage Hans Sachs, l’ap­pren­ti Da­vid dé­taille, pour Wal­ther von Stol­zing, la gram­maire poé­tique et la syn­taxe mu­si­cale. Strophes, rimes, va­leurs brèves ou longues, doivent y épou­ser les so­no­ri­tés claires du bas en haut de la tes­si­ture, por­tées par un souffle égal, jusque dans les fio­ri­tures de la co­lo­ra­ture, au ser­vice de l’image et du sen­ti­ment. Cet art du chant, que l’on croi­rait pui­sé dans une mé­thode bel­can­tiste ita­lienne, se double ain­si d’un trai­té du lied, forme lit­té­raire au­tant que vo­cale, d’ori­gine mé­dié­vale, dont, au XIIE siècle, un cer­tain Wal­ther von der Vo­gel­weide fut le hé­raut. C’est ce nom tu­té­laire que le jeune as­pi­rant à la maî­trise évoque à la fin de son pre­mier lied de pré­sen­ta­tion, « Am stil­len Herd », gor­gé de ly­risme et bro­dé d’ap­pog­gia­tures ai­lées. Le chant d’épreuve qui s’en­suit, « Fan­get an ! » , exalte le triomphe de l’amour et du prin­temps sur l’hi­ver hos­tile, au sein d’une na­ture éro­ti­sée où s’af­firme le ro­man­tisme le plus en­ivrant. Mais le res­pect des règles poé­tiques, au­quel Sachs in­vite cet émule dont la spon­ta­néi­té heurte le confor­misme des Maîtres, c’est le troi­sième chant, ce « Mor­gen­lich » flo­réal, qui en dé­montre la fé­con­di­té. Le noble Wal­ther von Stol­zing y exalte, en une évo­ca­tion pa­ra­di­siaque, l’ève bi­blique (as­so­nance d’eva) et la Muse du Par­nasse, jouis­sant ain­si, en une même étreinte fan­tas­mée, de la femme pro­mise et de la poé­sie ly­rique dont la déesse, en­fin conquise, l’as­perge d’une su­blime ro­sée. D’un rôle qui, par ailleurs, exige une so­lide en­du­rance, les wag­né­riens épiques fa­çon Lau­ritz Mel­chior ne tra­duisent pas idéa­le­ment la lu­mi­neuse au­ra, celle que Georges Thill ex­hi­bait ( mais en fran­çais) au point d’éblouir Eli­sa­beth Sch­warz­kopf, ou qu’un Helge Ros­vaenge dispensait au stu­dio. Dans le sou­ve­nir du ra­dieux Jacques Ur­lus, l’étin­ce­lant Hon­grois San­dor Ko­nya de­meure in­éga­lé. Un dé­fi pour le der­nier ve­nu, Jo­nas Kauf­mann, so­leil plus noir au de­meu­rant !

JEAN CA­BOURG

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