COMPTES REN­DUS Fes­ti­vals

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus Festivals -

de Psaumes, à l’ori­gine conçu pour les adieux d’ E s a - Pe k k a Sa l o n e n a u L o s A n g e l e s Phil­har­mo­nic, en 2009, d’une émo­tion par­ti­cu­lière. Qui au­ra op­por­tu­né­ment oc­cul­té les ques­tions es­thé­tiques sur la ca­pa­ci­té de la mu­sique de Stra­vins­ky à émou­voir, jus­te­ment – An­dré Bou­cou­re­chliev n’écri­vait- il pas, dans un ar­ticle de 1996 re­pro­duit dans le pro­gramme, qu’ Oe­di­pus Rex « exige qu’on [le] com­prenne avec l’in­tel­lect plus qu’avec la sen­si­bi­li­té » ? Qu’il nous soit per­mis de rendre compte avec le coeur de ce dip­tyque, pen­sé par Pe­ter Sel­lars comme un che­mi­ne­ment de l’âme vers cette lu­mière, cette nu­di­té qui guident le met­teur en scène amé­ri­cain dans sa quête d’une oeuvre d’art to­tale, dé­les­tée de toute forme d’illu­sion­nisme – rap­pro­chant son théâtre mé­di­ta­tif et pu­ri­fié de ce­lui d’un autre maître, Pe­ter Brook. Re­ve­nant aux ori­gines, à la tra­gé­die grecque donc, et à So­phocle, ce­lui d’ Oe­dipe Roi et d’ Oe­dipe à Co­lone, Sel­lars dé­bar­rasse l’« opé­ra-ora­to­rio » de Stra­vins­ky de la nar­ra­tion de Jean Coc­teau – au­teur d’un li­vret que le com­po­si­teur ré­cu­sa par deux fois, avant que le texte chan­té ne soit tra­duit en la­tin par le fu­tur car­di­nal Jean Da­nié­lou –, pour la con­fier à An­ti­gone même. La co­mé­dienne Pau­line Che­vil­ler porte le des­tin d’ Oe­dipe au­tant que ce­lui de sa fille, qui l’ac­com­pagne dans son er­rance jus­qu’à la trans­fi­gu­ra­tion, avec un élan à la fois fra­gile et in­ébran­lable, comme si elle se re­fu­sait le droit de flé­chir. C’est elle, re­te­nant des larmes qu’elle fi­ni­ra par lais­ser cou­ler, après que la vé­ri­té au­ra été pro­cla­mée, qui af­firme la né­ces­si­té de re­gar- der, d’in­ter­ro­ger et de com­prendre, alors même que ceux qui savent per­sistent à pen­ser qu’il vaut mieux se taire que par­ler. Et la voix du choeur – les hommes d’or­phei Drän­gar, d’une in­ten­si­té dé­chi­rante – se fait d’au­tant plus pres­sante que Sel­lars ins­crit la mu­sique au plus pro­fond des corps, et chaque in­di­vi­du dans l’hu­ma­ni­té souf­frante, avec un sens du geste col­lec­tif qui n’ap­par- tient qu’à lui. Le contraste est sai­sis­sant avec des so­listes que Stra­vins­ky vou­lait mas­qués, face au pu­blic. Les ma­gni­fiques trônes de bois sculp­té de l’ar­tiste éthio­phien Elias Sime as­sument cette di­men­sion ri­tuelle et « pé­tri­fiée », tan­dis que le met­teur en scène fend le marbre, en sym­biose avec Esa-pek­ka Sa­lo­nen. Sans re­non­cer à la pré­ci­sion, presque la ri­gi­di­té de la pul­sa­tion, le chef fin­lan­dais, à la tête du Phil­har­mo­nia Or­ches­tra, dé­cèle, et ré­vèle, un ly­risme, no­tam­ment chez le rôle-titre, dont les traits ain­si as­sou­plis ac­cen­tuent la fê­lure. Jo­seph Kai­ser est, tel Oe­dipe, à la croi­sée des che­mins, entre la svel­tesse d’une émis­sion tou­jours claire et fré­mis­sante, et la ten­ta­tion d’un for­mat plus hé­roïque. Aux prises avec les lignes es­car­pées de Jo­caste, Vio­le­ta Ur­ma­na tente de dra­per les dé­bor­de­ments de son vi­bra­to dans les cou­leurs cui­vrées de son grand mez­zo ver­dien. Et si la source ro­cailleuse du timbre de Willard White com­mence à don­ner de sé­rieux signes de ta­ris­se­ment, la pré­sence, l’élo­quence res­tent im­menses, quand à tra­vers lui s’ex­prime la voix des oracles.

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