COMPTES REN­DUS Fes­ti­vals

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus Festivals -

taire : faire re­ve­nir Fer­ran­do et Gu­gliel­mo en Du­bats, c’est-à-dire en mer­ce­naires afri­cains en­rô­lés dans l’ar­mée ita­lienne. Comme le dit en­core le met­teur en scène, dans une Lettre aux chan­teurs pu­bliée dans le pro­gramme de salle, « l’ou­trance du re­jet des étran­gers par les deux soeurs [lors de l’acte I] s’en­ten­dra ain­si dans sa fé­ro­ci­té blanche ». Sa ma­nière de « po­ser » cette Afrique co­lo­niale pois­seuse, où règne la bru­ta­li­té et où les in­di­vi­dus sont trai­tés comme de simples ob­jets, est sai­sis­sante. Grâce, no­tam­ment, à une di­rec­tion d’ac­teurs au cor­deau et à un choix de fi­gu­rants noirs par­ti­cu­liè­re­ment réus­si, créant de vé­ri­tables per­son­nages se­con­daires – le choeur, de son cô­té, est sud-afri­cain (Cape Town Ope­ra). Au II, les choses changent. Do­ra­bel­la cède, comme le veut l’in­trigue, et de­vient même com­plè­te­ment nym­pho­mane. Fior­di­li­gi, en re­vanche, ré­siste. Et là, autre idée de gé­nie du met­teur en scène : faire en sorte que, pen­dant un « Per pie­tà » par­ti­cu­liè­re­ment in­té­rio­ri­sé et rê­veur, la jeune femme réa­lise que le guer­rier afri­cain qui la cour­tise n’est autre que Fer­ran­do, mais qu’elle l’ac­cepte, parce que, comme le laisse en­tendre la mu­sique, elle en est tom­bée amou­reuse... À la fin, un groupe se forme, qui doit ac­cep­ter de sur­vivre à l’épreuve et de faire comme si rien ne s’était pas­sé. Mais Fior­di­li­gi n’y par­ti­ci­pe­ra pas : se sai­sis­sant d’un fu­sil, elle le di­rige contre elle. Le pu­blic du Fes­ti­val n’a, semble-t-il, pas été com­plè­te­ment convain­cu par les ar­gu­ments de Chris­tophe Ho­no­ré et l’a en par­tie sif­flé, le soir de la pre­mière. Pour­tant, c’est une des mises en scène les plus ac­com­plies, les plus in­tenses et, mal­gré les ap­pa­rences, les plus fi­dèles à l’es­prit de Co­si, l’un des opé­ras de Mo­zart les plus dif­fi­ciles à réus­sir ( même Pa­trice Ché­reau, ici même et, plus tard, au Pa­lais Gar­nier, s’y était cas­sé les dents). Mais c’est la réus­site de toute une équipe, com­plè­te­ment in­ves­tie dans le pro­jet, qu’il faut sa­luer : Len­neke Rui­ten est une belle Fior­di­li­gi, à la voix ample, le seul per­son­nage lu­mi­neux, au fond, de cette pro­duc­tion ; Kate Lind­sey, une Do­ra­bel­la très im­pli­quée (ce que lui de­mande le met­teur en scène est suf­fi­sam­ment éton­nant pour être re­mar­qué) ; Joel Prie­to, un Fer­ran­do sen­ti­men­tal, mais trop sou­mis aux règles so­ciales pour ac­cep­ter de s’en dé­ga­ger ; et Na­huel Di Pier­ro, un Gu­gliel­mo sou­dard à sou­hait. Ils sont ma­ni­pu­lés, bien sûr, par le Don Al­fon­so vi­cieux de Rod Gil­fry, ma­gni­fique dans cette in­car­na­tion de vieux co­lon ra­ciste et im­puis­sant, et par la Des­pi­na de San­drine Piau, da­van­tage in­ten­dante cal­cu­la­trice et li­ber­tine que ser­vante. Jé­ré­mie Rho­rer, qui suc­cède à Louis Lan­grée pour les deux der­nières re­pré­sen­ta­tions, di­rige avec ar­deur, flui­di­té, net­te­té. Sous sa bat­tue, le Frei­bur­ger Ba­ro­ckor­ches­ter fait naître la lueur d’es­poir que la pro­duc­tion re­fuse.

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