COMPTES REN­DUS Fes­ti­vals

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus Festivals -

L’his­toire est donc celle d’un homme mo­deste, Dim­na, qui souffre de sa condi­tion et cherche à se rap­pro­cher du Roi. À force de flat­te­ries, il y par­vient, et ce­lui-ci lui confie alors son in­quié­tude : le jeune Cha­tra­ba se fait l’écho du peuple et émeut par ses chants, qui in­citent à la ré­volte. Dim­na se pro­pose d’ame­ner Cha­tra­ba au Roi et, contre toute at­tente, les deux hommes de­viennent amis. À tel point que Dim­na se sent dé­lais­sé et fo­mente sa ven­geance : il laisse en­tendre au Roi que Cha­tra­ba joue double jeu. Le Roi or­donne alors la mise à mort du jeune homme. Mais le peuple, fu­rieux, conti­nue à cé­lé­brer ses chants. La Mère du Roi, consciente du dan­ger, dé­cide de le cal­mer, en pro­mou­vant Cha­tra­ba poète na­tio­nal à titre post­hume. Et en signe de clé­mence, elle pro­pose que Dim­na, dé­mas­qué, ne soit pas exé­cu­té, mais ju­gé. Sur ce ré­cit, Mo­neim Ad­wan a com­po­sé des chants en arabe, en­tre­cou­pés par une nar­ra­tion en fran­çais. À un autre mo­ment, il fait chan­ter en fran­çais sur une mu­sique arabe. Ces chants, ac­com­pa­gnés par cinq mu­si­ciens pré­sents sur scène (vio­lon, vio­lon­celle, cla­ri­nette, qa­nûn et per­cus­sions), pla­cés sous la di­rec­tion du vio­lo­niste Zied Zoua­ri, sont fon­dés sur le sys­tème mo­dal des ma­qâms (gammes de trois ou quatre notes), qui ont cha­cun une mis­sion dif­fé­rente. N’étant pas spé­cia­liste de la mu­sique arabe, je me gar­de­rai bien de ju­ger la spé­ci­fi­ci­té de cette par­ti­tion et de ses fi­lia­tions. Mais un texte du pro­gramme nous dit qu’elle « s’ins­crit dans la tra­di­tion du chant clas­sique arabe, tout en in­cor­po­rant des pro­cé­dés contra­pun­tiques oc­ci­den­taux, ain­si que des in­fluences in­diennes et perses ». Quoi qu’il en soit, elle sé­duit par sa poé­sie, sa fraî­cheur et, sous son ap­pa­rente sim­pli­ci­té, sa sub­ti­li­té. Comme sé­duit le spec­tacle, très ef­fi­cace, ima­gi­né par Oli­vier Le­tel­lier. Avec quelques pra­ti­cables et peu d’ac­ces­soires, il par­vient à rendre im­mé­dia­te­ment li­sible une his­toire qui n‘est pas sans écho avec notre ac­tua­li­té. Et les chan­teurs qui, nous dit-on, sont tous des stars de la mu­sique arabe, s’en donnent à coeur joie : Ra­nine Chaar est une tendre Ka­lî­la, peut- être un peu gauche scé­ni­que­ment ; Mo­neim Ad­wan lui-même et Mo­ha­med Je­ba­li dé­fendent, avec beau­coup de convic­tion, res­pec­ti­ve­ment Dim­na et le Roi ; Reem Tal­ha­mi sub­jugue par la fi­nesse de son chant, dans le rôle de la Mère du Roi ; quant au jeune Jean Cha­hid, il est l’in­car­na­tion de la fougue et de la li­ber­té qui ca­rac­té­risent les poètes. Bref, une belle réus­site, qui doit faire une tour­née in­ter­na­tio­nale et dont peut s’en­or­gueillir le Fes­ti­val.

Étren­né par Les Arts Flo­ris­sants, le cou­plage d’ac­téon et Di­do and Ae­neas va ab­so­lu­ment de soi. Exac­te­ment contem­po­raines, ces deux tra­gé­dies mi­nia­tures sont pour ain­si dire ju­melles, tant par leur conci­sion que par une sa­vante éco­no­mie de moyens, tou­chant di­rec­te­ment au coeur de l’émo­tion. Dès lors s’opère une forme de sym­biose entre le gé­nie de Marc- An­toine Char­pen­tier et ce­lui de Pur­cell, qui ne cessent de s’éclai­rer l’un l’autre – au pro­fit, sans doute, du pre­mier, dont la pas­to­rale est beau­coup plus ra­re­ment jouée que l’opé­ra du se­cond. Fin connais­seur d’ac­téon, qu’il a no­tam­ment ex­plo­ré dans le cadre de l’aca­dé­mie Ba­roque Eu­ro­péenne d’am­bro­nay, Chris­tophe Rous­set n’avait, pa­ra­doxa­le­ment, ja­mais abor­dé Di­do and Ae­neas dans son in­té­gra­li­té. Il di­rige les deux par­ti­tions d’un seul souffle, avec une vi­gueur, une in­ten­si­té qui sont la vie même, pré­fé­rant les subtiles sus­pen­sions d’un flux mu­si­cal su­pé­rieu­re­ment or­ga­nique aux stases et autres poses que prennent tant de chefs adeptes, dans Pur­cell sur­tout, de phra­sés gri­ma­çants, d’at­taques tor­tueuses et de contrastes pous­sés à la ca­ri­ca­ture. Point d’ef­fets de manche, donc, ni d’ap­pro- pria­tion nar­cis­sique, mais une net­te­té du trait qui est la si­gna­ture des Ta­lens Ly­riques – à l’ins­tar de cette so­no­ri­té cré­pi­tante, dont la plé­ni­tude in­es­pé­rée triomphe d’em­blée de l’obs­tacle par­fois in­sur­mon­table qu’est l’acous­tique ca­pri­cieuse de la Cour des Hos­pices, ma­jes­tueux écrin du Fes­ti­val In­ter­na­tio­nal d’opé­ra Ba­roque & Ro­man­tique de Beaune. Plus éton­nant en­core, les voix s’y pro­jettent avec un na­tu­rel qui leur confère une théâ­tra­li­té im­mé­diate. De Mark Mil­ho­fer, on ne connais­sait que les ir­ré­sis­tibles com­po­si­tions en duègne, nour­rice et autres rôles tra­ves­tis du « dram­ma per mu­si­ca » du Sei­cen­to. Son Ac­téon n’en fait que plus forte im­pres­sion. D’une ai­sance confon­dante dans la tes­si­ture de haute-contre à la fran­çaise, il ré­sout tout bon­ne­ment la qua­dra­ture du cercle, grâce à un al­liage idéal entre fran­chise d’émis­sion et raf­fi­ne­ment sty­lis­tique – jus­qu’à la li­mite au­to­ri­sée du ma­nié­risme. Et avec quel swing il fait cha­lou­per l’idiome de « Come away, fel­low sai­lors » dans Di­do and Ae­neas ! La lu­mière per­lée de Da­nie­la Skor­ka, Diane puis Be­lin­da, sé­duit d’au­tant plus que, quinze jours à peine après son in­in­tel­li­gible Phé­nice dans Ar­mide à Pots­dam ( voir plus loin), sa dic­tion du fran­çais a su­bi une vé­ri­table mé­ta­mor­phose. À l’ae­neas déses­pé­ré­ment fruste de Yaïr Po­li­shook, on pré­fère la Ma­gi­cienne d’étienne Ba­zo­la, qui y fait va­loir da­van­tage de pré­sence, mieux, d’élo­quence que de timbre. Et puis, Vi­vi­ca Ge­naux com­pense ce que la voix a de dé­ci­dé­ment in­grat, en trou­vant, à l’heure de l’ul­time face-à-face de Di­do avec son amant, des ac­cents de fu­reur bles­sée, dont la sai­sis­sante vé­ri­té est d’une ar­tiste ins­pi­rée.

4juillet 2003 : Bel­shaz­zar est pro­gram­mé à Beaune pour la pre­mière fois... en plein mou­ve­ment des in­ter­mit­tents du spec­tacle, dont plu­sieurs oc­cupent la Ba­si­lique Notre-dame. Rien – et sur­tout pas une heure et de­mie d’in­cer­ti­tude sur l’is­sue des né­go­cia­tions – ne vient ce­pen­dant à bout de la pa­tience d’un pu­blic bien dé­ci­dé à re­ce­voir sa dose de Haen­del. Et te­nu en ha­leine par la di­rec­tion de Re­né Ja­cobs jus­qu’à une heure qua­rante-cinq du ma­tin ! Il s’en est fal­lu de peu que le même ora­to­rio ne su­bisse, cet été, un sort com­pa­rable. Non pas à cause d’un cli­mat so­cial tou­jours ten­du, mais de la fi­nale de l’eu­ro 2016, qui au­ra fait pe­ser sur le troi­sième acte la me­nace d’un con­cert de klaxons – la dé­faite de la France face au Por­tu­gal en au­ra dé­ci­dé au­tre­ment. Au grand sou­la­ge­ment des mé­lo­manes. Et c’est peu de dire qu’à treize ans de dis­tance, le mi­racle s’est re­pro­duit – quoique dans un style d’in­ter­pré­ta­tion té­moi­gnant de la di­ver­si­té et de la com­plé­men­ta­ri­té des ap­proches. D’abord grâce à Ot­ta­vio Dan­tone, qui mène son Ac­ca­de­mia Bi­zan­ti­na de ce geste à l’au­to­ri­té lim­pide, et donc im­pa­rable, dont la flui­di­té, la sou­plesse, le souffle conti­nu ma­gni- fient la dy­na­mique pic­tu­rale de la par­ti­tion, sans ja­mais en for­cer la di­men­sion dra­ma­tique. Mais la fresque ne se­rait pas com­plète sans le choeur, dont on pou­vait lé­gi­ti­me­ment craindre qu’il ne soit, comme si sou­vent sous les voûtes de la Ba­si­lique, confi­né à un loin­tain ha­lo. C’était més­es­ti­mer le RIAS Kam­mer­chor Ber­lin, qui im­prime à cha­cune de ses in­ter- ven­tions une net­te­té, une pré­sence, et une den­si­té in­es­pé­rées. Si l’exal­ta­tion pro­phé­tique de Del­phine Ga­lou en Da­niel ne com­pense que dans une cer­taine me­sure la sé­che­resse d’un timbre à la pro­jec­tion trop confi­den­tielle, la cou­leur in­grate et l’ai­gu conqué­rant de Tho­mas Wal­ker tra­duisent de fa­çon idoine l’ébrié­té fa­na­tique de Bel­shaz­zar. Da­mien Guillon trouve en Cy­rus le rôle idéal pour ob­te­nir ses ga­lons d’al­to haen­dé­lien : aux an­ti­podes de l’hé­roïsme cui­vré de Be­jun Meh­ta, le contre-té­nor fran­çais sait ain­si sus­pendre le temps dans « Great God, who, yet but dark­ly known », où s’épa­nouit la lu­mière se­reine de son re­gistre su­pé­rieur. Fraî­cheur, ou plu­tôt cha­leur ju­vé­nile, na­tu­rel fré­mis­sant de l’émis­sion et du phra­sé, le so­pra­no res­plen­dis­sant de Ka­the­rine Wat­son at­teint un de­gré d’évi­dence que sa Theo­do­ra ne lais­sait qu’en­tre­voir, à l’au­tomne der­nier, au Théâtre des Champs-ély­sées. Mais c’est d’abord son éton­nante ma­tu­ri­té ex­pres­sive qui lui per­met de par­ve­nir à cette sa­gesse tour­men­tée, dont Ni­to­cris est la bou­le­ver­sante in­car­na­tion.

Dans un opé­ra de Vi­val­di, la vir­tuo­si­té, l’élé­gance et les contrastes ne manquent ja­mais, con­trai­re­ment à nombre d’oeuvres na­po­li­taines. Le com­po­si­teur avait sans doute no­té les fai­blesses de ce nou­veau style, qui pre­nait d’as­saut les scènes ul­tra­mon­taines. Il sut s’en amu­ser et c’est là tout le sel de Ta­mer­la­no, « pas­tic­cio » créé à Vé­rone, en 1735. De cet opé­ra, gra­vé par Fa­bio Bion­di, il y a une di­zaine d’an­nées, sous l’in­ti­tu­lé Ba­ja­zet ( Vir­gin Clas­sics/era­to), Thi­bault Noal­ly livre une ver­sion dif­fé­rente, do­tée d’airs ti­rés de Mo­te­zu­ma et La ve­ri­tà in ci­men­to. La par­ti­tion, conser­vée à Tu­rin mais man­quant de mu­sique, laisse au chef la li­ber­té d’en glis­ser d’autres, se­lon son goût et ses in­ter­prètes, comme l’au­rait fait un im­pré­sa­rio du XVIIIE siècle. Ta­mer­lan, ré­cit de la mor­telle ri­va­li­té entre le sul­tan Ba­ja­zet et l’en­va­his­seur tar­tare, fut d’abord une tra­gé­die fran­çaise jo­li­ment ver­si­fiée par Pra­don (1676), puis uti­li­sée par Gas­pa­ri­ni et Haen­del. Le puzzle vi­val­dien op­pose Naples, la nou­velle mode des Hasse et Gia­co­mel­li, et le style de Ve­nise. Le clan des étran­gers, Ta­mer­la­no et Irene, est pour­vu d’airs ébou­rif­fants, dont beau­coup taillés sur me­sure pour Fa­ri­nel­li. Ain­si « Qual guer­rie­ro in cam­po ar­ma­to », com­po­sé par Ric­car­do Bro­schi et que Blan­dine Stas­kie­wicz at­taque avec une au­to­ri­té mar­mo­réenne. Le ter­rible am­bi­tus peut po­ser pro­blème et les ai­gus, ti­rés en fin de vo­ca­lise, manquent d’éclat. Le su­blime « Spo­sa, son dis­prez­za­ta » de Gia­co­mel­li sied mieux à cette tra­gé­dienne que le pu­blic a dé­cou­verte à Beaune, en 2005, dans Cal­li­rhoé de Des­touches. Ta­mer­la­no est in­car­né par le contre-té­nor Da­vid DQ Lee. Les ré­ci­ta­tifs ha­sar­deux, les graves ba­ry­ton­nés, les ai­gus dé­cro­chés de haute lutte (« Bar­ba­ro tra­di­tor ») convainquent peu. Le Ba­ja­zet peint par Vi­val­di re­pose da­van­tage sur l’ex­pres­si­vi­té que sur la vir­tuo­si­té. Flo­rian Sem­pey, sub­til in­ter­prète de Ra­meau, livre un per­son­nage élé­gam­ment bles­sé. Au­tour, Anne Blan­chard, l’âme du Fes­ti­val de Beaune, a réuni un aréo­page de jeunes voix, comme la ma­gni­fique An­théa Pi­cha­nick. En As­te­ria, se­cond rôle gra­ti­fié de quatre airs splen­dides, la mez­zo fran­çaise dé­ve­loppe une onc­tuo- si­té rare. Et Léa De­sandre offre à An­dro­ni­co une belle mu­si­ca­li­té. Quant à An­na Ka­syan, on dis­cu­te­ra lon­gue­ment de son agi­li­té fa­çon Bar­to­li, tout en cri­ti­quant un souffle ath­lé­tique mal maî­tri­sé. Elle fi­ni­ra par em­por­ter la par­tie dans « D’ira e fu­ror ar­ma­to », où Idaspe af­fronte les cla­meurs d’un cor na­tu­rel ( Ta­ke­no­ri Ne­mo­to en fait une stu­pé­fiante dé­mons­tra­tion). Chaque pu­pitre des Ac­cents, l’en­semble créé et di­ri­gé du vio­lon par Thi­bault Noal­ly, mé­rite aus­si son triomphe. Il convient de sa­luer la co­hé­sion des cordes, la sû­re­té des vents et la grâce du conti­nuo, par­mi le­quel l’ex­cellent vio­lon­celle d’eli­sa Jo­glar Prie­to.

Le plus sou­vent, c’est aux fêtes de fin d’an­née que les théâtres ré­servent le meilleur d’of­fen­bach, en l’agré­men­tant de toutes sortes de frian­dises. À Bru­ni­quel, il en va au­tre­ment. Dans ce pit­to­resque village mé­dié­val du Tarn-et-ga­ronne, le mu­si­cien mon­dia­le­ment re­con­nu de La Vie pa­ri­sienne prend ses va­cances d’été de­puis main­te­nant trente ans. Des va­cances dé­con­trac­tées et stu­dieuses, l’un ne va pas sans l’autre. Frank T’hé­zan est la che­ville ou­vrière du Fes­ti­val des Châ­teaux de Bru­ni­quel, ma­ni­fes­ta­tion à la­quelle Jean-chris­tophe Keck ap­porte dé­sor­mais une contri­bu­tion pré­cieuse. Certes, quel que soit l’ou­vrage choi­si, il faut faire avec les moyens du bord. Mais l’en­thou­siasme qui anime tous les par­ti­ci­pants, qu’ils soient pro­fes­sion­nels ou simples ama­teurs, rem­place avan­ta­geu­se­ment le tape-à-l’oeil que l’on ren­contre trop sou­vent en d’autres lieux. On s’en rend compte, une fois en­core, avec cette Ma­de­moi­selle Mou­che­ron, bien ou­bliée, il faut le dire, de­puis sa pre­mière ap­pa­ri­tion à Pa­ris, au Théâtre de la Re­nais­sance, le 10 mai 1881. Son com­po­si­teur était dé­cé­dé de­puis sept mois et cette « opé­rette bouffe », écrite quelque dix ans au­pa­ra­vant, sur un li­vret d’eu­gène Le­ter­rier et Al­bert Van­loo, fut loin de faire l’una­ni­mi­té de la cri­tique. L’in­trigue, sans grande ori­gi­na­li­té, a pour cadre un pen­sion­nat guin­dé de jeunes filles, où Berthe, sur­nom­mée Mou­che­ron à cause de l’ala­cri­té de son ca­rac­tère, ap­porte un vent frais de ré­bel­lion. Avec un sens ai­gu du spec­tacle po­pu­laire, Frank T’hé­zan la trans­pose au coeur des ma­ni­fes­ta­tions étu­diantes de mai 1968. Quelques af­fiches col­lées aux murs, ain­si qu’un choix op­por­tun de vé­hi­cules et de vê­te­ments au­jourd’hui pas­sés de mode, suffisent à re­créer une am­biance d’époque. Le pe­tit en­semble or­ches­tral, pla­cé sous la di­rec­tion de Jean-chris­tophe Keck, dé­taille amou­reu­se­ment les quelques tré­sors que re­cèle la par­ti­tion, tout en ac­com­pa­gnant une équipe de chan­teurs-co­mé­diens par­fai­te­ment adap­tés à ce type de ré­per­toire. Pi­liers du Fes­ti­val, Frank T’hé­zan, Jean­neMa­rie Lé­vy et Do­mi­nique Des­mons al­lient, avec bon­heur, conscience mu­si­cale et brio. Em­ma­nuelle Zol­dan a beau­coup d’al­lure en scène, tan­dis que Xa­vier Mau­con­duit joue à fond la carte de l’au­to­dé­ri­sion. Quant à Ju­lia Jé­rosme, com­ment ne pas ap­pré­cier son abat­tage et sa belle san­té vo­cale ? Un mot, en­fin, pour sa­luer tous ceux qui, fi­gu­rants, cho­ristes ou dan­seurs d’un soir, font par­ta­ger par le pu­blic leur plai­sir à ser­vir, au mieux de leur ta­lent, un Of­fen­bach aus­si rare. Un Of­fen­bach qui, dans un tel cadre, coule de source.

tion entre l’of­fice de Tou­risme de Jé­ru­sa­lem, le Mi­nis­tère Is­raé­lien du Tou­risme et l’opé­ra d’is­raël – avec l’ap­port d’un spon­sor pri­vé, Al­fred Green­berg, dis­pa­ru en 2011 et dont la Fon­da­tion « Seed the Dream » pour­suit le tra­vail de mé­cé­nat – a per­mis de fon­der le Fes­ti­val d’opé­ra de Jé­ru­sa­lem. Du 22 au 25 juin, sa deuxième édi­tion pro­po­sait, outre di­vers concerts dans des mu­sées de la ville, deux soi­rées ly­riques à la Pis­cine du Sul­tan. Le 23, un éton­nant pro­gramme, in­ti­tu­lé « Ope­ra Pa­ra­di­so », ras­sem­blait ain­si, pro­je­tés sur grand écran, des ex­traits de films uti­li­sant l’opé­ra comme bande-son, tan­dis que des chan­teurs – pour la plu­part is­sus de la troupe de l’opé­ra d’is­raël – in­ter­pré­taient en di­rect ces airs, sous la di­rec­tion mu­si­cale d’ethan Sch­meis­ser. Pour le Ri­go­let­to du 22, le Fes­ti­val a de­man­dé à Ju­lia Pevz­ner d’adap­ter aux contraintes du lieu la pro­duc­tion de Da­vid Pount­ney, créée à l’opé­ra d’is­raël, en mars 1997. L’ab­sence de cou­lisses a été ha­bi­le­ment contour­née par deux bais­sers de ri­deau. Par ailleurs, l’ajout d’un triple écran (une vue gé­né­rale de l’ac­tion au centre, des gros plans sur les cô­tés) a par­tiel­le­ment per­mis de com­pen­ser la dis­tance entre le pu­blic et le pla­teau. La mise en scène sty­li­sée de Da­vid Pount­ney pos­sède une in­dé­niable ef­fi­ca­ci­té, avec sa trans­po­si­tion de l’in­trigue au XIXE siècle, dans les beaux dé­cors conçus par le re­gret­té Ste­fa­nos La­za­ri­dis. On re­marque, en par­ti­cu­lier, la grande table dres­sée au Pa­lais du­cal, et cette vaste serre ser­vant de mai­son à Gil­da, sur le toit de la­quelle elle se hisse pour un « Ca­ro nome » aé­rien. On com­prend moins, en re­vanche, com­ment cette serre peut, par la suite, ser­vir de re­paire à Spa­ra­fu­cile et Mad­da­le­na. Mu­si­ca­le­ment, une fois qu’on s’est ha­bi­tué à l’am­pli­fi­ca­tion, plu­tôt ha­bi­le­ment faite, on par­vient à ap­pré­cier la di­rec­tion fluide et d’une belle théâ­tra­li­té de Fran­ces­co Cilluf­fo, à la tête d’un Or­chestre Sym­pho­nique de Jé­ru­sa­lem bien son­nant et des ex­cel­lents Choeurs de l’opé­ra d’is­raël. La dis­tri­bu­tion pa­raît très dis­pa­rate, tant pour les na­tio­na­li­tés que pour le ni­veau. Dans les rôles prin­ci­paux, le point faible est le Duc de Sal­va­tore Cor­del­la, fruste de style comme de tech­nique, avec des ai­gus pas­sés en force. On dé­plore sur­tout, chez le té­nor ita­lien, une ex­pres­si­vi­té fort li­mi­tée et une to­tale ab­sence de jeu­nesse, tant vo­cale que phy­sique. L’in­car­na­tion scé­nique et la ca­rac­té­ri­sa­tion mu­si­cale sont, en re­vanche, constam­ment au ren­dez- vous chez le Ri­go­let­to du ba­ry­ton russe Bo­ris Stat­sen­ko. Ce­la ra­chète, en par­tie, quelques ir­ré­gu­la­ri­tés : par­fois per­cu­tante et d’une belle pâte, la voix dis­pa­raît cu­rieuse-

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