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En­ant en conclu­sion du Fes­ti­val de Ra­dio France, cette soi­rée pour­rait jus­ti­fier, à elle seule, la per­ti­nence d’une telle ma­ni­fes­ta­tion, trente et un ans après sa pre­mière édi­tion. Avec Iris de Mas­ca­gni, en ef­fet, c’est une fois en­core à une oeuvre peu co

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus Festivals -

voir O. M. n° 119 pp. 36-41 de juillet-août 2016).

Rê­veuse et dé­ter­mi­née, So­nya Yon­che­va est tout ce­la dans un bel élan ly­rique. Les phrases les plus longues, les nuances les plus in­fimes trouvent en elle une in­ter­prète aus­si sa­vante que pas­sion­née, qui, avec des moyens vo­caux tout autres, sou­tient la com­pa­rai­son avec Mag­da Oli­ve­ro, jus­qu’alors in­éga­lée dans cet em­ploi. La « stan­ding ova­tion » cou­ron­nant la soi­rée lui était des­ti­née pour une grande part, mais s’adres­sait aus­si à tous ceux qui ac­com­pa­gnaient cette Iris d’ex­cep­tion. À Domingo Hin­doyan, d’abord, di­ri­geant un Or­chestre Na­tio­nal Mont­pel­lier Lan­gue­docRous­sillon au­quel on sou­hai­te­rait par­fois plus de sou­plesse et de moel­leux, mais exal­tant l’ar­chi­tec­ture « mo­dern style » de l’ou­vrage, avec son jeu si sub­til de mo­du­la­tions, de courbes, de vo­lutes. Au­tant d’ef­fets dé­co­ra­tifs n’ex­cluant en rien la so­li­di­té de la construc­tion. On se rend compte alors com­bien cette mu­sique, si ita­lienne à sa source, a su se nour­rir des meilleures in­fluences, à com­men­cer par celle de Wa­gner. Cette ri­chesse d’ins­pi­ra­tion se re­trouve dans les choeurs (Ra­dio Let­tone et Opé­ra Na­tio­nal Mont­pel­lier Lan­gue­doc-rous­sillon). Le té­nor An­drea Ca­rè aborde crâ­ne­ment le rôle d’osa­ka, au risque de fré­quents dé­ra­pages : jus­tesse re­la­tive, ai­gus dou­lou­reux, ten­sion trop ma­ni­feste. Dans un re­gistre moins pé­rilleux, le ba­ry­ton Ga­briele Vi­via­ni donne une in­ter­pré­ta­tion sa­tis­fai­sante de Kyo­to, l’en­tre­met­teur sans scru­pules, au­quel il confère une juste di­men­sion vo­cale. Plus ba­nal dans son chant, Ni­ko­lay Di­den­ko est une basse so­lide, qui ne laisse qu’en par­tie de­vi­ner la co­lère et l’égoïsme du vieil Aveugle, le père d’iris. À no­ter, en­fin, les in­ter­ven­tions fort op­por­tunes de la mez­zo Pao­la Gar­di­na et du té­nor Ma­rin Yon­chev. Dif­fu­sée en di­rect par France Mu­sique, cette ver­sion de con­cert d’iris au­ra, es­pé­rons-le, chan­gé l’opi­nion de ceux qui per­sistent à ne voir en Mas­ca­gni qu’un com­po­si­teur très mi­neur, au­quel Ca­val­le­ria rus­ti­ca­na a ap­por­té une gloire sus­pecte. Peut-on dé­sor­mais at­tendre un nou­vel en­re­gis­tre­ment de cet opé­ra qui, entre La tra­via­ta et Nor­ma, oc­cupe dé­jà une place de choix dans la grande car­rière, si pro­met­teuse, de So­nya Yon­che­va ?

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