COMPTES REN­DUS Fes­ti­vals

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus Festivals -

gé­siers, ma­grets, fro­mage de Ro­ca­ma­dour... Le plus im­por­tant, c’est qu’on s’as­seye à n’im­porte la­quelle des longues tables en bois pour dis­cu­ter, en toute ami­tié, avec de par­faits in­con­nus : c’est ce­la, l’es­prit de SaintCé­ré, une sorte de com­mu­nion par­ti­ci­pa­tive, agré­men­tée de belles ren­contres. L’évé­ne­ment com­prend de nom­breux ha­bi­tués, et les places s’ar­rachent long­temps à l’avance. Alors, quand le spec­tacle est réus­si, comme c’est le cas, on ap­proche vrai­ment le bon­heur par­fait. Le Pré­lude de La tra­via­ta s’élève dans les pre­mières mi­nutes de la nuit. Sous la di­rec­tion as­su­rée de Gas­pard Bré­court, la ré­duc­tion pour dix- sept ins­tru­men­tistes fonc­tionne mer­veilleu­se­ment bien. Sou­dain, alors qu’on an­ti­cipe dis­trai­te­ment l’ir­rup­tion des convives de Vio­let­ta, on en­tend, à notre stu­pé­fac­tion, les pre­mières me­sures de l’acte III, soit la vi­site de Gren­vil à la ma­lade, jus­qu’à la sor­tie d’an­ni­na. Car c’est ce­la le par­ti pris d’oli­vier Des­bordes : un long flashback, du­rant le­quel l’hé­roïne re­vit les évé­ne­ments qui ont conduit à sa perte. Ima­gi­née par d’autres, l’idée au­rait pu don­ner lieu à une soupe in­di­geste ; mais, vu par le met­teur e n s c è n e – e t d i re c t e u r a r t i s t i q u e d u Fes­ti­val –, le ré­sul­tat est bluf­fant. La Vio­let­ta qui chante ne quitte guère son lit, et elle est fil­mée en di­rect, les images s’af­fi­chant sur l’écran en fond de scène, en noir et blanc, tan­dis que la Vio­let­ta muette, coif­fée à la Louise Brooks, mime l’ac­tion sur un pla­teau qua­si dé­pouillé de tout ac­ces­soire. L’une se sou­vient ; l’autre, in­croyable pe­tit ani­mal tout de sen­sua­li­té – for­mi­dable Fan­ny Agua­do, dan­seuse et cho­ré­graphe ! –, vit in­ten­sé­ment dans l’ins­tant pré­sent. Les in­ter­ac­tions entre les deux Vio­let­ta ar­rachent les larmes, par exemple lorsque la pre­mière ca­resse le vi­sage de la se­conde, en pro­non­çant « Oh, qual pal­lor ! ». L’en­tracte a lieu entre les deux ta­bleaux du II, puis tout se ré­ta­blit, le III com­men­çant là où on l’avait lais­sé, à « Te­neste la pro­mes­sa... Ad­dio del pas­sa­to », pen­dant le­quel la Vio­let­ta muette reste à terre, pros­trée, dé­jà morte des ter­ribles évé­ne­ments qui se sont dé­rou­lés lors de la fête chez Flo­ra. Pour ser­vir pa­reille concep­tion, il fal­lait une in­ter­prète d’ex­cep­tion, et toute notre ad­mi­ra­tion va à Bur­cu Uyar. Qu’il en faut, du cou­rage, pour se lais­ser fil­mer en gros plan pen­dant des heures, éche­ve­lée, mal fa­go­tée et à peine ma­quillée, bouche grande ou­verte, exi­gences du chant obligent ! Et qu’il en faut, de l’en­du­rance, pour ne ja­mais quit­ter la scène, alors même que l’hé­roïne n’est pas cen­sée s’y trou­ver ! La mu­si­cienne, de plus, dé­livre une pres­ta­tion toute de trans­pa­rence et de sons fi­lés. Du grand art. La pro­duc­tion, com­plè­te­ment cen­trée sur Vio­let­ta, laisse peu de place aux Ger­mont père et fils, fi­gures qui ne peuvent être, dans ce contexte, que bien conven­tion­nelles. On re­lève ce­pen­dant le bel Al­fre­do de Ju­lien Dran, im­pec­cable de style, de timbre et de phra­sé, tan­dis que Chris­tophe La­cas­sagne in­carne un Gior­gio so­lide, aux ac­cents ter­riens. Quant aux se­conds rôles, à part la jo­lie Flo­ra de Sa­rah La­zerges, il n’y a pas grand­chose à en dire. Saint-cé­ré (ou plu­tôt Opé­ra Écla­té) ex­porte ses pro­duc­tions, çà et là. Mais se­ra-t-il pos­sible de pré­sen­ter cette Tra­via­ta ailleurs, dans une dis­tri­bu­tion dif­fé­rente, sans la pré­sence de Bur­cu Uyar ?

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