COMPTES REN­DUS Fins de sai­son

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus Fins De Saison -

mé­langent vai­ne­ment les époques, tan­dis que des sil­houettes d’arbres échouent à créer l’illu­sion d’une fo­rêt en marche. Mieux éclai­ré, ce spec­tacle au­rait peut- être bé­né­fi­cié de la li­si­bi­li­té d’une ap­proche a s s e z b a n a l e m e n t l i t t é ra l e, m a i s s o n concep­teur a cru bon de l’en­com­brer de bi­zar­re­ries aux mo­ti­va­tions obs­cures, qui agacent en vé­ri­té da­van­tage qu’elles n’in­ter­rogent, et fi­nissent par re­tran­cher du sens plu­tôt que d’en ajou­ter. Le geste de Pin­chas Stein­berg s’avère, par contraste, d’une im­pé­rieuse rec­ti­tude, fi­dèle en ce­la à une cer­taine tra­di­tion ver­dienne, as­si­mi­lée à l’élan tu­mul­tueux des « an­nées de ga­lère », dont la ma­jo­ri­té des in­ter­prètes de cette par­ti­tion sin­gu­lière tendent dé­sor­mais à s’af­fran­chir, pour ré­vé­ler ce que sa dra­ma­tur­gie mu­si­cale a de plus no­va­teur. Pas de ful­gu­rances, donc, en­core moins de quête de l’in­ouï, mais un arc dra­ma­tique dont la ten­sion conti­nue af­firme l’as­cen­dant du chef sur l’or­chestre de l’opé­ra de Mar­seille, au fi­ni ins­tru­men­tal in­es­pé­ré – à l’ins­tar du Choeur, ré­cem­ment re­pris en main par Em­ma­nuel Trenque. La dis­tri­bu­tion n’est pas moins en phase avec cette ap­proche. À com­men­cer par Csilla Bo­ross qui, dès son en­trée, ouvre grand les vannes d’une voix pleine – saine ? – et per­cu­tante, cou­ron­née d’ai­gus sau­vages, sou­vent à la li­mite de la sa­tu­ra­tion, si­non du cri. En es­quis­sant, certes à grands traits, les contours d’un per­son­nage, quelques in­flexions bien sen­ties dé­montrent par ailleurs que cette La­dy Mac­beth vaut mieux qu’un simple torrent de dé­ci­bels. En­core qu’il soit dif­fi­cile de ré­sis­ter à la jouis­sance cen­sé­ment cou­pable pro­di­guée par une émis­sion aus­si érup­tive. D’abord un peu gris, de timbre comme de sil­houette, Juan Je­sus Ro­dri­guez ne tarde pour­tant pas à se ré­vé­ler comme le se­cret le mieux gar­dé de la pé­nin­sule Ibé­rique, où sa car­rière l’a jus­qu’à pré­sent can­ton­né. Car ce Mac­beth pos­sède bel et bien, à dé­faut d’un mé­tal plus mor­dant, l’am­pleur, l’en­du­rance, et le style – den­rée rare – d’un au­then­tique ba­ry­ton ver­dien. Wo­j­tek Smi­lek, en re­vanche, se dis­tingue peu de l’or­di­naire, Ban­co sans re­lief, mais pas sans qua­li­tés – dont celle, non né­gli­geable, d’être une vraie basse. Pa­ri réus­si, en­fin, que la prise de rôle de Sta­nis­las de Bar­bey­rac, dont le « me­lo­dram­ma » de l’ot­to­cen­to est loin, en dé­pit de quelques in­cur­sions ici et là, d’être le quo­ti­dien – une cer­taine pru­dence aux abords de l’ai­gu en se­rait le seul signe tan­gible. Le luxe de nuances, la plas­ti­ci­té du phra­sé, l’éclat sombre, l’ar­deur noble et ju­vé­nile de la ligne et de l’ex­pres­sion dont il pare Mac­duff, consti­tuent au­tant de pro­messes pour l’ave­nir qu’ils confirment les es­poirs pla­cés en l’un des fers de lance d’une gé­né­ra­tion, dé­ci­dé­ment bé­nie, de chan­teurs fran­çais.

Est- ce pour contour­ner cette va­cui­té que Ma­rie-ève Si­gney­role nous offre tant à voir ? Elle re­place l’ac­tion, avec une for­mi­dable maî­trise tech­nique et beau­coup d’ima­gi­na­tion, dans une car­casse d’avion après un crash. Et les vi­déos qu’elle a conçues, pro­je­tées en fond de scène, sont im­pres­sion­nantes. Hé­las, Ma­rie- Ève Si­gney­role a ten­dance à rem­plir le vide par du « trop » . Le pla­teau four­mille, il y a tou­jours quelque chose à voir, au point de se perdre. On ne sait plus qui est qui, ni quelles sont les mo­ti­va­tions des dif­fé­rents per­son­nages. Autre mo­tif de frus­tra­tion, la plu­part des bal­lets, à part un éblouis­sant nu­mé­ro de Kwa­mé Ba, passent à la trappe ; on écoute sim­ple­ment l’or­chestre jouer, pen­dant que tout ce beau monde s’agite sur la scène. Dans ces condi­tions, sauf l’ex­tra­or­di­naire Ke­le­bo­gile Be­song qui danse comme une pro, ex­hibe une plas­tique par­faite en bi­ki­ni, et donne cou­leurs et nuances à sa voix, on est bien en peine d’émettre un avis sur le reste de la dis­tri­bu­tion. Une chose est cer­taine, tous ont de l’oreille et de la sû­re­té dans l’in­to­na­tion, car de nom­breux pas­sages ne sont pas évi­dents sur le plan de la ligne mé­lo­dique. grandes bottes en ca­ou­tchouc ! Au plan de l’in­ter­pré­ta­tion, on re­trouve mieux ses re­pères que lors de la pre­mière par­tie. On peut main­te­nant ap­pré­cier à leur juste va­leur les fort belles voix du ba­ry­ton bié­lo­russe Ilya Sil­chu­kov en Mi­chele, de la basse géor­gienne Ka­rha­ber Sha­vidze en Tal­pa et, sur­tout, du té­nor fran­çais Flo­rian Ca­fie­ro, presque trop sé­dui­sant pour in­car­ner l’al­coo­lique Tin­ca. Après son étin­ce­lante De­ja­ni­ra, la so­pra­no sud- afri­caine Ke­le­bo­gile Be­song offre une Gior­get­ta in­tense, qui manque tou­te­fois de charme dans le timbre. Quant au té­nor co­réen Ru­dy Park, c’est un Lui­gi im­pres­sion­nant de puis­sance et de pré­sence scé­nique. La di­rec­tion de Ra­ni Cal­de­ron, à la fois claire et in­tense, se montre sou­cieuse des moindres dé­tails d’or­ches­tra­tion. C’est à lui que l’on doit la par­faite li­si­bi­li­té mu­si­cale de ce Royal Pa­lace en­core ja­mais en­ten­du en France. L’opé­ra Or­chestre Na­tio­nal Mont­pel­lier pro­po­se­ra, la sai­son pro­chaine, un autre vo­let d’il trit­ti­co de Puc­ci­ni, Gian­ni Schic­chi, cou­plé avec La notte di un ne­vras­te­ni­co de Ni­no Ro­ta. On a hâte d’y as­sis­ter, tout en sou­hai­tant à Ma­rie-ève Si­gney­role au­tant d’in­ven­ti­vi­té, et un peu plus de me­sure.

Comme tant d’autres avant lui, Jean-louis Mar­ti­nel­li a choi­si de trans­po­ser l’ac­tion de Lu­cia di Lam­mer­moor dans une pé­riode proche de nous. Les robes du soir por­tées par Lu­cia et Ali­sa (rose pour la pre­mière, grise pour la se­conde) ren­voient au tour­nant des an­nées 1950-1960 : sans manches ni bre­telles, la taille haute et la jupe lar­ge­ment éva­sée, elles évoquent ir­ré­sis­ti­ble­ment le sou­ve­nir d’au­drey Hep­burn. Le com­plet-ves­ton gris d’en­ri­co pour­rait avoir été ache­té hier, tout comme le pan­ta­lon en ve­lours cô­te­lé mar­ron et le tee-shirt blanc d’ed­gar­do. Les ci­rés et bottes en ca­ou­tchouc de Nor­man­no et des choeurs, au le­ver de ri­deau, si­tuent l’ac­tion près de la mer, en écho à la pro­jec­tion très réus­sie, sur la pa­roi du fond, d’une éten­due d’eau fré­mis­sant sous un ciel nua­geux (on songe aux cé­lèbres firths écos­sais). Pour le reste, le dé­cor se ré­sume à des murs mar­ron ano­nymes sur les cô­tés, deux cloi­sons cou­lis­santes aux vitres opaques ve­nant fer­mer la pers­pec­tive pour les ta­bleaux d’in­té­rieur, et de rares ac­ces­soires. La beau­té des images en fond de scène (les vo­lutes d’écume s’échap­pant d’une cas­cade en fu­rie, pen­dant le pre­mier air de Lu­cia et son duo avec Ed­gar­do) contraste avec l’as­pect or­di­naire, voire tri­vial, du mo­bi­lier d’en­ri­co (sa table et son fau­teuil de bu­reau semblent sor­tis d’une ar­riè­re­bou­tique !). Une tri­via­li­té, pour ne pas dire une lai­deur, que l’on re­trouve dans les te­nues aux cou­leurs criardes des in­vi­tés à la noce, par­ti­cu­liè­re­ment tape-à-l’oeil et vul­gaires. Rien de scan­da­leux là-de­dans, rien de pas­sion­nant non plus, d’au­tant qu’on au­rait pu at­tendre d’un met­teur en scène aus­si ré­pu­té que Jean­Louis Mar­ti­nel­li une di­rec­tion d’ac­teurs plus ser­rée et ima­gi­na­tive, ca­pable de je­ter un re­gard neuf sur l’un des titres les plus ra­bâ­chés du ré­per­toire. Quel­qu’un qui n’a ja­mais vu Lu­cia di Lam­mer­moor com­prend ce qui se passe (c’est dé­jà beau­coup par les temps qui courent !). Sai­sit-il tout ce qu’il y a de poé­sie, de pu­re­té et d’élé­va­tion spi­ri­tuelle dans l’amour entre Lu­cia et Ed­gar­do ? Nous en dou­tons sé­rieu­se­ment, même si la der­nière image, mon­trant les amants unis dans la mort sur un lit de roses rouges, cor­rige in ex­tre­mis l’im­pres­sion lais­sée par le reste du spec­tacle. La dis­tri­bu­tion est de qua­li­té, mais la di­rec­tion de Cor­ra­do Ro­va­ris, lourde, bruyante et aux tem­pi com­plè­te­ment er­ra­tiques, ne lui fa­ci­lite pas la tâche. L’or­chestre Sym­pho­nique et Ly­rique de Nan­cy, dont on connaît heu­reu­se­ment les mé­rites par ailleurs, sonne de ma­nière peu agréable, avec des at­taques im­pré­cises et des dé­ra­pages dans la jus­tesse. Quant aux dé­ca­lages entre fosse et pla­teau, ils sont tel­le­ment nom­breux qu’on cesse ra­pi­de­ment de s’en éton­ner. Dom­mage pour Jean-fran­çois La­pointe et Jean Teit­gen qui, à l’ins­tar de l’ex­cellent Choeur de l’opé­ra Na­tio­nal de Lor­raine, sont trop sou­vent pous­sés à hur­ler. Avec un timbre tou­jours aus­si somp­tueux et une ligne de chant de haute école, le ba­ry­ton ca­na­dien campe un En­ri­co plein d’ar­ro­gance, mais trop mo­no­li­thique et bru­tal. Pour être an­ti­pa­thique, le per­son­nage n’en pré­sente pas moins une cer­taine com­plexi­té. Quant à Jean Teit­gen, sa grande basse, riche et so­nore, se glisse mal­dans l’écri­ture de Rai­mon­do, qui ré­clame da­van­tage de sou­plesse et d’ai­sance dans la par­tie su­pé­rieure du re­gistre. Cô­té com­pri­ma­ri, Chris­tophe Ber­ry est un Ar­tu­ro per­cu­tant, Va­le­ria Tor­na­tore, une Ali­sa dis­crète, le meilleur s’avé­rant Ema­nuele Gian­ni­no, qui trans­forme presque Nor­man­no en pre­mier plan. En mai der­nier, la dé­li­cieuse So­phie d’erin Mor­ley se per­dait un peu dans l’im­mense vais­seau de l’opé­ra Bas­tille, à l’oc­ca­sion de la re­prise de Der Ro­sen­ka­va­lier. La so­pra­no amé­ri­caine trouve à l’opé­ra Na­tio­nal de Lor­raine une salle bien mieux adap­tée à ses moyens, qui lui per­met de dé­ployer toutes ses qua­li­tés de timbre, de tech­nique et de phra­sé. L’ai­gu est fa­cile, les vo­ca­lises s’en­chaînent avec flui­di­té, et sa Lu­cia s’im­pose par un tou­chant mé­lange de jeu­nesse et d’in­no­cence. L’in­ten­si­té dra­ma­tique qui, pour l’ins­tant, fait en­core dé­faut, vien­dra avec une plus longue fré­quen­ta­tion du rôle. Rame La­haj, en­fin, confirme ses constants pro­grès. Jean-luc­ma­cia avait dit, dans ces co­lonnes, les mé­rites de son Ed­gar­do à l’opé­ra de Rouen ( voir O. M. n° 111 p. 60 de no­vembre 2015). Nous par­ta­geons son en­thou­siasme : la voix est ef­fec­ti­ve­ment sé­dui­sante, la pres­tance scé­nique ir­ré­sis­tible, et le rôle convient idéa­le­ment aux moyens ac­tuels du té­nor ko­so­var qui, con­trai­re­ment à beau­coup de ses confrères, ne tra­hit au­cun ef­fort dans les pé­rilleuses mon­tées vers l’ai­gu de son air fi­nal. Il lui reste à sur­veiller da­van­tage la jus­tesse de l’in­to­na­tion, par­fois prise en dé­faut. Au bi­lan, une nou­velle pro­duc­tion dont on gar­de­ra sur­tout en mé­moire le couple so­pra­no/té­nor.

Salle ar­chi­comble et pu­blic en dé­lire pour le re­tour très at­ten­du de Pla­ci­do Domingo, ab­sent de l’opé­ra Na­tio­nal de Pa­ris de­puis Par­si­fal, en 2001. Un triomphe mé­ri­té, tant le lé­gen­daire té­nor conti­nue d’éton­ner alors qu’il est en­tré, le 21 jan­vier der­nier, dans sa 76e an­née ! Opé­ra Ma­ga­zine a suf­fi­sam­ment dis­ser­té, sous dif­fé­rentes plumes, sur sa re­con­ver­sion dans les rôles de ba­ry­ton pour que nous n’y re­ve­nions pas dans le dé­tail. In­utile, éga­le­ment, de s’ap­pe­san­tir sur les traces lais­sées sur la voix par cin­quante- sept an­nées d’une car­rière fré­né­tique, la plus fla­grante res­tant ce rac­cour­cis­se­ment du souffle qui conduit oc­ca­sion­nel­le­ment Domingo à abré­ger les fins de phrases ou à bous­cu­ler le tem­po, faute d’avoir eu le temps de ré­cu­pé­rer après un pas­sage dé­li­cat. Ain­si, quelques mi­nutes de pause n’au­raient pas été de trop entre « Di Pro­ven­za il mar, il suol » et la ca­ba­lette « No, non udrai rim­pro­ve­ri »... Lors de cette Tra­via­ta à l’opé­ra Bas­tille, deux choses nous frappent plus par­ti­cu­liè­re­ment : d’abord, la for­mi­dable pro­jec­tion de l’ins­tru­ment dans une salle aus­si im­mense ; en­suite, la pro­di­gieuse mu­si­ca­li­té de l’in­ter­prète, qui lui fait sculp­ter chaque mot du texte avec une émo­tion al­lant droit au coeur du spec­ta­teur. En de­hors de sa lon­gé­vi­té, c’est en ce­la que Pla­ci­do Domingo est un ar­tiste ab­so­lu­ment unique dans le pa­no­ra­ma ac­tuel. On ar­rive en se di­sant que l’on sait dé­jà tout de lui... et on re­part ébloui, re­mué, bou­le­ver­sé même, par le cha­risme de l’un des plus ex­cep­tion­nels chan­teurs de l’his­toire. Au­tour, on re­trouve à l’iden­tique la dis­tri­bu­tion du 4 juin ( voir O. M. n° 119 p. 59 de juille­taoût 2016), à l’ex­cep­tion de Ma­ria Agres­ta, en lieu et place de So­nya Yon­che­va. An­non­cée souf­frante avant le le­ver de ri­deau, la so­pra­no ita­lienne – de fait rem­pla­cée par Iri­na Lun­gu, trois jours plus tard – a très di­gne­ment re­le­vé le dé­fi ; pour ju­ger des mé­rites de sa Vio­let­ta, nous at­ten­drons de la ré­en­tendre au som­met de ses moyens. Un mot de Bryan Hy­mel : en­core moins agréable à écou­ter que le 4 juin, il de­vrait dé­ci­dé­ment re­ti­rer Al­fre­do de son ré­per­toire. Et de Mi­chele Ma­riot­ti, qui se confirme l’un des meilleurs chefs d’opé­ra du mo­ment.

ment entre le ta­bleau du ju­ge­ment de Ra­da­mès et l’au­to­da­fé de Don Car­los conser­vant, en re­vanche, toute sa per­ti­nence. La nou­velle dis­tri­bu­tion, réunie en cette soi­rée de pre­mière, sur­classe net­te­ment celle de 2013. Son point fort est la tor­ren­tielle Am­ne­ris d’ani­ta Ra­ch­ve­li­sh­vi­li, voix d’une ar­ro­gance et d’une éga­li­té entre les re­gistres ex­cep­tion­nelles, qui n’est pas sans rap­pe­ler celle de l’im­mense Ri­ta Gorr. Il lui suf­fit d’ou­vrir la bouche pour fo­ca­li­ser sur elle tous les re­gards, d’au­tant que sa pré­sence scé­nique en im­pose. Et quand elle dé­chaîne ses ana­thèmes contre les prêtres, le spec­ta­teur/au­di­teur reste cloué dans son siège, ébloui par tant de vio­lence et de déses­poir. L’écri­ture du rôle d’ai­da s’ac­com­mode, plus ou moins bien, des idio­syn­chra­sies vo­cales de Son­dra Rad­va­novs­ky : manque d’ho­mo­gé­néi­té entre les re­gistres, émis­sion trop an­gu­leuse, dé­fauts d’in­to­na­tion, ai­gus par­fois très proches du cri. Mais com­ment ré­sis­ter à la puis­sance de la so­pra­no amé­ri­caine, à la convic­tion de ses ac­cents, à sa ma­nière de fi­ler de su­blimes pia­ni ai­gus, là où tant de ses consoeurs sont obli­gées de hur­ler ? Le fa­meux ut du Nil, émis exac­te­ment tel que Ver­di le sou­hai­tait, de­meu­re­ra, sur ce plan, an­tho­lo­gique. Alek­san­drs An­to­nen­ko n’a ni la beau­té du no­blesse du sou­ve­rain, ni la vaillance du guer­rier. Kwang­chul Youn, Ram­fis sobre et so­lide, im­pres­sionne moins, Or­lin Anas­tas­sov ac­cu­sant une in­quié­tante mé­forme en Roi. Une men­tion, en­fin, pour le Mes­sa­ger de Yu Shao, d’une rare pré­sence. À la tête d’un or­chestre dans une forme écla­tante, et de choeurs ad­mi­ra­ble­ment pré­pa­rés par Jo­sé Luis Bas­so, Da­niel Oren di­rige comme aux Arènes de Vé­rone. Moins sub­til que Phi­lippe Jor­dan, il y a trois ans, il joue dé­li­bé­ré­ment la carte du grand spec­tacle – ce qui, dans un lieu pa­reil, et avec une dis­tri­bu­tion aus­si gé­né­reuse en dé­ci­bels, se jus­ti­fie par­fai­te­ment.

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