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Opro­duit par le Fes­ti­val d’au­vers-sur-oise, l’or­chestre de Chambre de Pa­ris, Ac­cen­tus et la Phil­har­mo­nie, ce con­cert, in­ti­tu­lé « Lé­gendes », est à mar­quer d’une pierre blanche. D’abord pour la qua­li­té des oeuvres pré­sen­tées, toutes des ra­re­tés. Certes, le

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus En Concert -

Il est des soi­rées d’ex­cep­tion. La créa­tion de l’or­chestre ba­roque Les Mu­si­ciens du Prince, en­semble d’ins­tru­ments an­ciens des­ti­né à ac­com­pa­gner la re­cherche de Ce­ci­lia Bar­to­li, sa di­rec­trice ar­tis­tique, avait été an­non­cée par Ri­chard Mar­tet ( voir O. M. n° 119 p. 6 de juillet-août 2016). Le con­cert inau­gu­ral, voué aux opé­ras et aux ora­to­rios pro­fanes de Haen­del, s’ac­com­plit dans la Cour d’hon­neur du Pa­lais, en pré­sence du prince Al­bert II de Mo­na­co et de la prin­cesse de Ha­novre. Jean-louis Grin­da, di­rec­teur de l’opé­ra de Monte-car­lo, en re­trace la ge­nèse. Consti­tuée à par­tir d’ins­tru­men­tistes ve­nus du monde en­tier, la nou­velle for­ma­tion per­met de re­trou­ver des ar­tistes de La Scin­tilla de Zu­rich, dont son « Kon­zert­meis­ter », la vio­lo­niste Ada Pesch. Le lieu a ac­cueilli, en de mé­mo­rables concerts sym­pho­niques, chefs illustres et so­listes de lé­gende. L’acous­tique de plein air, la brume ma­rine vont-elles se mon­trer fa­vo­rables à un en­semble de trente mu­si­ciens et à une voix ha­bi­tuée des salles à l’ita­lienne ? Ce­ci­lia Bar­to­li, robe rose dra­gée, ap­pa­raît en haut de la ga­le­rie d’her­cule, puis des­cend, sou­ve­raine et mu­tine, l’es­ca­lier mo­nu­men­tal, tan­dis que fait rage la Bat­ta­glia de Ri­nal­do. Elle aborde l’air d’ade­laide dans Lo­ta­rio, « Scher­za in mar la na­vi­cel­la », où elle dé­ploie les pres­tiges d’une vo­ca­li­sa­tion ahu­ris­sante. La ra­vis­sante aria « Fe­li­cis­si­ma quest’al­ma » d’apol­lo e Dafne offre un duo avec la flûte de Jean-marc Gou­jon. On ne sait dès lors qui est chan­teur ou ins­tru­men­tiste. Sou­rire en­jô­leur, l’in­ter­prète se joue de l’éten­due. C’est un vé­ri­table so­pra­no qu’exige Cleo­pa­tra dans Giu­lio Ce­sare ; fa­mi­lière du rôle, Ce­ci­lia Bar­to­li im­prime à « Da tem­peste » un tem­po ra­pi­dis­sime. Se­lon les mots mêmes du texte : « Se poi sal­vo giunge in por­to, non sa più che de­siar » – qui par­vient sain et sauf à re­joindre le port ne sait plus quoi dé­si­rer. laisse pré­sa­ger, avec « Las­cia la spi­na », le cé­lèbre « Las­cia ch’io pian­ga » de Ri­nal­do. L’air d’agi­lea dans Te­seo, « M’ado­ra l’idol mio », est aus­si un duo pour so­pra­no et ins­tru­ment so­liste ; le haut­bois de Pier Lui­gi Fa­bret­ti rap­pelle la di­lec­tion de Haen­del pour la com­pa­gnie de haut­boïstes ins­tal­lée à Halle, dès 1700, par Mi­chel Hyntzsh. Quant à l’aria de Me­lis­sa dans Ama­di­gi, « Des­te­ro dall’em­pia Dite », c’est un vrai trio pour so­pra­no, trom­pette ( Thi­baud Ro­binne) et haut­bois. L’im­mense suc­cès de cet « ope­ra se­ria » va­lut, en 1715, le re­tour en grâce du com­po­si­teur au­près du roi George Ier. En bou­quet de ce feu d’ar­ti­fice, l’hé­roïne de la soi­rée offre « A fa­cile vit­to­ria » d’agos­ti­no Stef­fa­ni : nou­veau dia­logue avec la trom­pette so­lo, sous la forme d’un dé­fi. Thi­baud Ro­binne se lance dans une vo­ca­lise aux ver­ti­gi­neuses cas­cades ; Ce­ci­lia Bar­to­li lui ré­pond a cap­pel­la, dans une jus­tesse in­ima­gi­nable. Après quelques échanges ma­li­cieux, le trom­pet­tiste, à bout d’ar­gu­ments, im­pro­vise en jazz ; la chan­teuse lui ré­pond par « Sum­mer­time » et tous deux se re­trouvent au ren­dez-vous de l’air ba­roque in­ter­rom­pu. In­las­sable cu­rio­si­té mu­si­cale. In­clas­sable ver­sa­ti­li­té vo­cale. Les pa­roles de Dafne pour­raient en gra­ver la de­vise : « Fe­li­cis­si­ma quest’al­ma, ch’ama sol la li­ber­tà » – bien­heu­reuse cette âme éprise de la seule li­ber­té.

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