GUIDE 78 cd 82 dvd 84 Agen­da coup de coeur At­ten­tion, di­va au zé­nith !

Un gros cof­fret pour Fre­de­ri­ca von Stade. Un nou­veau de ré­fé­rence. Le ca­len­drier des prin­ci­paux fes­ti­vals et scènes ly­riques jus­qu’au 30 no­vembre. Du pur li­ri­co de Liù au grand so­pra­no dra­ma­tique de Tu­ran­dot, An­na Netrebko en­thou­siasme de bout en bout dan

OPERA MAGAZINE - - GUIDE -

Com­ment ne pas suc­com­ber ? De­puis que nous l’avons en­ten­due pour la pre­mière fois, nous sommes convain­cus que, dans l’opé­ra ita­lien, le ter­ri­toire d’élec­tion d’an­na Netrebko se si­tue da­van­tage du cô­té de Puc­ci­ni, Ci­lea, Gior­da­no et Leon­ca­val­lo que de Bel­li­ni, Do­ni­zet­ti et Ver­di. Ce nou­veau récital, in­ti­tu­lé Ve­ris­mo (éti­quette com­mode, mais bien peu per­ti­nente pour ran­ger tous les titres non ver­diens nés dans la Pé­nin­sule entre 1860 et 1940), en ap­porte la confir­ma­tion écla­tante. Le timbre, d’abord, plus ve­lou­té et ca­pi­teux que ja­mais, pare d’une ir­ré­sis­tible sé­duc­tion les longues phrases de Liù, Cio-cio-san, Tos­ca ou Ma­non Les­caut, comme c’était ja­dis le cas avec Re­na­ta Te­bal­di, Leon­tyne Price ou Mi­rel­la Fre­ni. La sen­si­bi­li­té de l’in­ter­prète, en­suite, re­po­sant sur la sen­sua­li­té et l’aban­don, sert tout na­tu­rel­le­ment le pro­fil vo­cal et psy­cho­lo­gique de ces hé­roïnes, là où Lu­cia, El­vi­ra d’i pu­ri­ta­ni ou Leo­no­ra d’il tro­va­tore exigent de la so­pra­no rus­so-au­tri­chienne da­van­tage d’ef­forts (d’ailleurs in­éga­le­ment dis­pen­sés d’un soir sur l’autre). Pour cet en­re­gis­tre­ment de stu­dio, réa­li­sé en trois fois (juillet et oc­tobre 2015, juin 2016), An­na Netrebko au­rait pu se re­po­ser sur de tels atouts et lé­guer un récital sim­ple­ment réus­si. Ce qui le rend ex­cep­tion­nel, c’est le tra­vail ef­fec­tué sur la dic­tion, sur la cou­leur et la mu­sique des mots, en tout point com­pa­rable à ce­lui ef­fec­tué à Rome, en 2014, pour ses dé­buts dans Ma­non Les­caut, sous la hou­lette de Ric­car­do Mu­ti. An­na Netrebko, en ef­fet, a im­pé­ra­ti­ve­ment be­soin d’un men­tor pour of­frir le meilleur d’el­le­même, quel­qu’un qui la dis­ci­pline et l’em­pêche de trans­for­mer le texte en bouillie et de pié­ti­ner la va­leur des notes. Di­ri­geant un or­chestre aus­si pré­cis, aux so­no­ri­tés aus­si en­ivrantes que dans le récital Nes­sun dor­ma : The Puc­ci­ni Al­bum de Jo­nas Kauf­mann, l’an der­nier (So­ny Clas­si­cal), An­to­nio Pap­pa­no est l’homme de la si­tua­tion : l’os­mose qui s’opère entre la so­pra­no et lui tient du mi­racle. Chaque plage est à mar­quer d’une pierre blanche, dans des pages pour­tant ra­bâ­chées : un « La mam­ma mor­ta » et un « Sui­ci­dio ! » au grave émis sans au­cun ar­ti­fice, ni vul­ga­ri­té ; un « Un bel di ve­dre­mo » at­ta­qué comme dans un rêve et conclu sur un si bé­mol for­tis­si­mo d’un rayon­ne­ment si­dé­rant ; un « Vis­si d’arte » d’une sin­cé­ri­té d’au­tant plus tou­chante que, der­rière la di­va soi­gnant son phra­sé et ses di­mi­nuen­di, on en­tend la jeune femme com­plè­te­ment dé­pas­sée par les évé­ne­ments... Car An­na Netrebko veille à dif­fé­ren­cier cha­cune des hé­roïnes, en réus­sis­sant à al­lé­ger sa voix d’opu­lent li­ri­co spin­to pour rendre jus­tice aux or­ne­ments post-bel­can­tistes de « L’al­tra notte » ( Me­fis­to­fele) et « Stri­do­no lassù »( Pa­gliac­ci). Elle réus­sit même l’ex­ploit d’être aus­si cré­dible en Liù qu’en Tu­ran­dot, lais­sant trans­pa­raître, dans un « In ques­ta reg­gia » cou­ron­né d’un contre-ut d’une ar­ro­gance et d’une plé­ni­tude stu­pé­fiantes, la pe­tite fille ter­ro­ri­sée qui se dis­si­mule der­rière la prin­cesse de glace aux pul­sions san­gui­naires. Certes, Yu­sif Ey­va­zov, son époux à la ville, est un té­nor au timbre d’une lai­deur rédhi­bi­toire dans l’acte IV in­té­gral de Ma­non Les­caut, qui sert de conclu­sion à l’al­bum. Mais la di­va, l’or­chestre et le chef sont dans un tel état de grâce qu’on fi­nit par ne plus y faire at­ten­tion.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.