Pro­ser­pine ou l’autre Saint-saëns

ÉVÉ­NE­MENT

OPERA MAGAZINE - - Actualites -

Alors que Sam­son et Da­li­la, le plus cé­lèbre opé­ra de Ca­mille Saint-saëns, est à l’af­fiche de l’opé­ra Bas­tille jus­qu’au 5 no­vembre, il faut ab­so­lu­ment se rendre à l’opé­ra Royal de Ver­sailles, le 11 oc­tobre, pour dé­cou­vrir Pro­ser­pine, « drame ly­rique » en quatre actes, créé à l’opé­ra-co­mique, le 14 mars 1887, soit dix ans après Sam­son. Il au­rait pa­ru lo­gique que la Pro­ser­pine sus­cep­tible d’éveiller l’ins­pi­ra­tion de ce grand ama­teur de l’an­tique soit la déesse des Sai­sons et reine des En­fers dans la my­tho­lo­gie ro­maine. Il n’en est rien : le li­vret de Louis Gal­let met en scène une cour­ti­sane de la Re­nais­sance aux moeurs dé­pra­vées, fol­le­ment amou­reuse, comme sou­vent à l’opé­ra, d’un jeune homme (Sa­ba­ti­no) épris d’une autre femme (An­gio­la). Prête à tout pour éli­mi­ner sa ri­vale, elle va jus­qu’à ten­ter de l’as­sas­si­ner, Sa­ba­ti­no dé­tour­nant de jus­tesse le coup fa­tal. Déses­pé­rée, Pro­ser­pine, re­tour­nant l’arme contre elle, meurt en sou­hai­tant tout le bon­heur pos­sible aux amants, qui plaignent la « pauvre femme ». Pré­ci­sons que ce ré­su­mé est ce­lui de l’édi­tion « dé­fi­ni­tive » de l’ou­vrage (dans la ver­sion ori­gi­nale, Pro­ser­pine poi­gnar­dait An­gio­la, puis mou­rait de la main de Sa­ba­ti­no, en pré­ten- dant s’être sui­ci­dée pour qu’il ne soit pas ac­cu­sé de meurtre). Si l’on en croit Adolphe Jul­lien dans sa cri­tique pa­rue dans Le Théâtre, en jan­vier 1900, à l’oc­ca­sion de la pre­mière re­prise de l’opé­ra, Salle Fa­vart, le pu­blic de la créa­tion mon­tra « peu d’em­pres­se­ment » en­vers Pro­ser­pine. Évo­quant l’ac­cueil à cette re­prise, le même sou­ligne les ap­plau­dis­se­ments nour­ris adres­sés aux chan­teurs, en ex­pli­quant que « Pro­ser­pine ne compte pas, tant s’en faut, par­mi les ou­vrages les plus heu­reux de M. Saint-saëns » et qu’elle est de style « trop com­po­site ». Il ap­pré­cie néan­moins l’acte I (« tou­jours sé­millant et gra­cieux ») et, sur­tout, le II (« il règne tout au long de cet acte une flui­di­té mé­lo­dique ado­rable »), es­ti­mant les deux der­niers « sin­gu­liè­re­ment noirs et s’ac­cor­dant mal avec les pre­miers ». Dans son étude pa­rue en 1895, Étienne Des­tranges juge, en re­vanche, Pro­ser­pine « tour à tour char­mante et pas­sion­née (...) la mieux ve­nue, après Sam­son et Da­li­la, dans la sé­rie des opé­ras de Saint-saëns ». Gou­nod lui-même, en 1887, si­gnale l’abon­dance « de dé­tails du plus vif in­té­rêt sous le rap­port de l’ex­pres­sion des ca­rac­tères et de la jus­tesse de l’in­ten­tion dra­ma­tique », en pré­ci­sant que Saint-saëns « ne jette pas la mu­sique en pâ­ture au drame : par­tout et tou­jours il reste un mu­si­cien ». Ce qui ex­plique peut-être les ré­ti­cences d’une par­tie du pu­blic à l’égard de Pro­ser­pine, dé­crite par son au­teur comme « la plus avan­cée dans le sys­tème wag­né­rien » de toutes ses oeuvres. Une chose est cer­taine : on meurt d’en­vie d’en­ten­dre­cet­te­pro­ser­pine, tom­bée­dansl’ou­bli­de­puis plus d’un siècle. Sur­tout après avoir lu la bro­chure de sai­son du Pa­laz­zet­to Bru Zane-centre de mu­sique ro­man­tique fran­çaise, pro­duc­teur de la ver­sion de concert ver­saillaise, qui se­ra pré­cé­dée d’une exé­cu­tion au Prinz­re­gen­ten­thea­ter de Mu­nich, le 9 oc­tobre. On y dé­couvre que « vi­si­ble­ment trans­por­té par ce délice de l’hor­reur, SaintSaëns verse dans une mo­der­ni­té or­ches­trale sans pré­cé­dent, em­pi­lant les dis­so­nances sous les cris de fu­reur ou de déses­poir de ses per­son­nages ». La dis­tri­bu­tion ras­sem­blée par le Pa­laz­zet­to Bru Zane, sous la ba­guette d’ulf Schir­mer, est, a prio­ri, l’une des plus belles que l’on puisse réunir au­jourd’hui : Vé­ro­nique Gens en Pro­ser­pine, Ma­rie- Ade­line Hen­ry en An­gio­la, Frédéric An­toun en Sa­ba­ti­no, en­tou­rés de Ma­thias Vi­dal, An­drew Fos­ter-williams et Jean Tei­gen. Un disque est pré­vu, dans la col­lec­tion « Opé­ra français » du Pa­laz­zet­to.

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