COMPTES REN­DUS Fes­ti­vals

OPERA MAGAZINE - - Recontres -

tout ré­cem­ment, à Wil­ming­ton, dans le De­la­ware ( voir O. M. n° 119 p. 68 de juille­taoût 2016). Pour­quoi tant d’in­té­rêt pour ce mys­té­rieux ou­vrage iso­lé, si­gné par un com­po­si­teur qui fut, sur­tout, un grand chef d’or­chestre ? Sans doute parce que, même s’il s’agit d’une ap­pro­pria­tion ly­rique de l’ham­let de Sha­kes­peare, le li­vret est de la main d’ar­ri­go Boi­to, ce qui pique ef­fec­ti­ve­ment la cu­rio­si­té. 1865, donc trois ans après la créa­tion de La for­za del des­ti­no : on s’at­tend évi­dem­ment à un style ana­logue, en ou­bliant qu’à l’époque, Fac­cio et Boi­to s’ins­cri­vaient dans une mou­vance contes­ta­taire, à la re­cherche de formes nou­velles pour le théâtre ly­rique. Et si l’on re­trouve dans Am­le­to des ef­fluves ver­diens évi­dents ( toutes les mu­siques de cour et de bal), le jeu de pistes se com­plique vite : le Ros­si­ni se­rio, Ber­lioz et l’opé­ra français... Un creu­set bi­zarre, et tou­jours ali­men­té par pe­tites touches. Fac­cio ne nous pa­raît pas, en ef­fet, do­té d’une ins­pi­ra­tion mé­lo­dique re­mar­quable, mais pro­cède en bon mu­si­cien de théâtre, par une suc­ces­sion d’éclats. Ces dé­charges bru­tales d’éner­gie sont sans grande ori­gi­na­li­té har­mo­nique, mais fonc­tionnent bien grâce à leur ex­cel­lente co­hé­rence avec le texte. Au­cune sé­quence ba­varde, d’em­blée on se re­trouve au coeur du su­jet, quitte par­fois à té­les­co­per les évé­ne­ments : plus de vingt ans avant son gé­nial li­vret pour l’otel­lo de Ver­di, Boi­to se ré­vèle dé­jà re­dou­ta­ble­ment ef­fi­cace. Au cours des deux pre­miers actes, de fré­quentes scènes cho­rales usent et abusent de for­tis­si­mi d’or­chestre fra­cas­sants, ce qui rend sans doute dif­fi­cile à dis­tri­buer le rôle-titre, ré­ser­vé à un té­nor aux moyens plu­tôt hé­roïques. La suite pa­raît plus équilibrée, avec de beaux airs pour cha­cun des pro­ta­go­nistes, ain­si qu’un fas­ci­nant ta­bleau de dé­plo­ra­tion fu­nèbre pour la mort d’ofe­lia. Scé­ni­que­ment, le Fes­ti­val de Bre­genz a in­ves­ti dans une pro­duc­tion su­perbe, avec un peu de « théâtre dans le théâtre » (un ri­deau de­vant mais aus­si un autre der­rière, qui s’ouvre sur les ap­pa­ri­tions du Spectre). Un plan­cher noir, ré­flé­chis­sant et tour­nant, donne beau­coup d’al­lure aux scènes cho­rales, mais aus­si à la noyade et à l’en­ter­re­ment d’ofe­lia (un ro­man- tique pay­sage de bran­chages, puis des cen­taines de bou­gies al­lu­mées). La di­rec­tion d’ac­teurs d’olivier Tam­bo­si cerne bien l’es­sen­tiel, en res­tant très proche d’une re­pré­sen­ta­tion sha­kes­pea­rienne conven­tion­nelle, mais tou­jours avec une belle flui­di­té. Pao­lo Ca­ri­gna­ni di­rige avec la même éner­gie qu’il ac­corde d’ha­bi­tude à Ver­di, même si, cette fois, les cou­leurs de l’or­chestre ( Wie­ner Sym­pho­ni­ker) semblent plus opaques. Et l’équipe de chan­teurs est à la hau­teur de l’en­jeu, pour des rôles sou­vent écra­sants. Le couple royal pa­raît taillé sur le même mo­dèle que ce­lui de Mac­beth, et Dsha­mil­ja Kai­ser et Clau­dio Sgu­ra y font très bonne fi­gure. L’ofe­lia de Iu­lia Ma­ria Dan, plus ly­rique, se montre émou­vante dans sa scène fi­nale. Quant à Pa­vel Cer­noch, phy­si­que­ment cré­dible mais fa­ti­gué vo­ca­le­ment, il re­trouve peu à peu une pro­jec­tion au­to­ri­taire et un beau timbre char­nu, qui lui per­mettent de com­po­ser un rôle-titre convain­cant. Quel est à pré­sent l’ave­nir d’am­le­to (au­cun théâtre ne co­pro­dui­sait ce spec­tacle, contrai­re­ment à ce qui se passe d’ha­bi­tude pour les ra­re­tés re­pré­sen­tées à Bre­genz) ? Il se­rait dom­mage que cette nou­velle car­rière s’ar­rête là !

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