COMPTES REN­DUS Fes­ti­vals

OPERA MAGAZINE - - Recontres -

avec au­tant d’ima­gi­na­tion que de goût. Le dé­cor unique est un pa­villon chi­nois, en bois rouge fon­cé, do­té d’un es­ca­lier in­té­rieur et d’une plate-forme, qui sert pour la pre­mière ap­pa­ri­tion de Tu­ran­dot et pour celle du bour­reau bran­dis­sant la tête du prince de Perse. Deux portes mo­nu­men­tales sur les cô­tés et un gi­gan­tesque gong, pro­je­té sur la pa­roi du fond, com­plètent le dis­po­si­tif, qui pi­vote sur lui­même et su­bit de lé­gères trans­for­ma­tions au fil des actes. Les cos­tumes d’an­to­nio Be­lart sont ab­so­lu­ment somp­tueux, tant par la qua­li­té des étoffes que par l’har­mo­nie des co­lo­ris, les lu­mières de Qui­co Gu­tier­rez nim­bant le tout dans une at­mo­sphère de conte de fées on ne peut plus en si­tua­tion. Dans ce cadre qui fe­rait certainement hur­ler les ama­teurs de « re­lec­tures » dé­ca­pantes, Ma­rio Gas règle une di­rec­tion d’ac­teurs toute d’élé­gance et de sub­ti­li­té, en par­ti­cu­lier dans l’ap­pro­fon­dis­se­ment des re­la­tions entre Ping, Pang et Pong, et, sur­tout, dans ce­lui du per­son­nage de Tu­ran­dot. Dès « In ques­ta reg­gia », la prin­cesse laisse ap­pa­raître les mul­tiples fê­lures de son ar­mure de glace : im­pres­sion­nante mais en rien mons­trueuse, d’une fé­mi­ni­té ne de­man­dant qu’à s’épa­nouir, elle touche d’em­blée le coeur du spec­ta­teur. Se glis­sant dans cette concep­tion avec une ai­sance confon­dante, Iréne Theo­rin, qui ne nous avait ja­mais vrai­ment convain­cus en Brünn­hilde ou Elek­tra, est ici éblouis­sante, y com­pris sur le plan vo­cal, avec un ai­gu franc et puis­sant, un mé­dium riche et un grave so­nore. Son rayon­ne­ment est tel qu’elle re- lègue au se­cond plan Ma­ria Kat­za­ra­va, pour­tant bien chan­tante et cré­dible en Liù. Chez les mes­sieurs, Ro­ber­to Aro­ni­ca, qui fait ru­gir de bon­heur le pu­blic à la fin de « Nes­sun dor­ma », est un Ca­laf so­lide, au­quel on re­pro­che­ra sim­ple­ment de ne pas faire preuve d’au­tant de sub­ti­li­té que sa Tu­ran­dot dans son ap­proche du per­son­nage. An­drea Mas­tro­ni, Jo­sep Fa­do et Jo­sé Ma­nuel Diaz sont ex­cel­lents dans les rôles de Ti­mur, d’al­toum et du Man­da­rin, aux cô­tés d’un trio de Mi­nistres par­fai­te­ment ap­pa­riés. Giam­pao­lo Bi­san­ti di­rige un or­chestre du Li­ceu de Bar­ce­lone en grande forme, avec ce qu’il faut d’éclat et de trans­pa­rence se­lon les mo­ments, la per­for­mance la plus ex­cep­tion­nelle de la soi­rée res­tant, avec la Tu­ran­dot d’iréne Theo­rin, celle du choeur In­ter­mez­zo. Les forces du Li­ceu, pré­vues à l’ori­gine, n’étant fi­na­le­ment pas dis­po­nibles, Oriol Agui­la, le di­rec­teur ar­tis­tique du Fes­ti­val, a eu l’heu­reuse idée de les rem­pla­cer par cette for­ma­tion qui, rap­pe­lons-le, fait of­fice de choeur ti­tu­laire du Tea­tro Real de­puis 2010. Tous ceux qui sont al­lés à Ma­drid, ces six der­nières an­nées, savent son ni­veau d’ex­cel­lence, ga­ran­ti par la pré­sence de l’un des meilleurs chefs de choeur au monde, en la per­sonne d’andres Mas­pe­ro (rem­pla­cé à Pe­ra­la­da par son as­sis­tant, En­rique Rue­da). Les phé­no­mé­nales qua­li­tés d’in­ter­mez­zo ont lit­té­ra­le­ment ex­plo­sé aux oreilles des spec­ta­teurs de cette Tu­ran­dot, jus­qu’à un fi­nale d’une plé­ni­tude so­nore en­ivrante. Un mot à propos de ce fi­nale, pour le­quel chef et met­teur en scène ont choi­si une so­lu­tion rap­pe­lant celle adop­tée par Ca­lix­to Biei­to, en 2015, au Ca­pi­tole de Tou­louse : après la mort de Liù, c’est-à-dire au mo­ment où Al­fa­no a pris le re­lais de Puc­ci­ni, les chan­teurs, lais­sant leurs cos­tumes en cou­lisse, ter­minent la re­pré­sen­ta­tion en tenue de soi­rée, comme pour une ver­sion de concert.

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