COMPTES REN­DUS Fes­ti­vals

OPERA MAGAZINE - - Recontres -

Se confir­mant sans peine dans l’ex­cep­tion­nel, Juan Die­go Flo­rez ne nous sur­prend pas de la même fa­çon, mais il ne fait qu’une bou­chée de Vil­fre­do, rôle qui semble avoir été écrit pour lui, dès la re­dou­table ca­va­tine ini­tiale. Le té­nor pé­ru­vien est al­lé ré­pé­tant, au fil des in­ter­views, que c’était « haut, très haut », mais ce­la ne lui pose ja­mais pro­blème. Ce qui nous en­chante sur­tout, au-de­là de la prouesse vo­cale et de la pure beau­té du timbre, c’est la qua­li­té de phra­sé et d’ex­pres­sion – la mo­des­tie aus­si, ap­por­tée au ly­risme des par­ties moins vir­tuoses du rôle, de plus en plus nom­breuses au fil des actes, no­tam­ment le duo du II (« Se ogni speme di per­do­no ») et le « Vi­vi... e confor­to sia­ti », qui conclut pour lui. Ici se ma­ni­feste d’abord le grand art qui laisse ses fans, aveugles de la seule per­for­mance py­ro­tech­nique, un peu dé­con­te­nan­cés. Fi­na­le­ment mieux ser­vi par la par­ti­tion, qui lui offre un mor­ceau de roi avec la gran­diose (et pré-ver­dienne) scène du II, « La sal­va, o ciel cle­mente », le Bria­no du ba­ry­ton ita­lien Lu­ca Sal­si lui ra­vi­rait presque la ve­dette, par l’in­ten­si­té de pré­sence d’un per­son­nage pour au­tant bien nuan­cé. Moins jeune de voix, la so­pra­no au­tri­chienne Kris­tiane Kai­ser ap­porte à Ro­ve­na l’as­su­rance tran­quille d’un mé­tier éprou­vé, tan­dis que des com­pri­ma­ri sans re­proche com­plètent heu­reu­se­ment, per­met­tant d’ap­pré­cier plei­ne­ment les deux ma­gni­fiques sex­tuors fi­naux du I et du III. Très sol­li­ci­té, le re­mar­quable Salz­bur­ger Ba­ch­chor est à son meilleur. Quant au Wie­ner Phil­har­mo­ni­ker, il rend mer­veilleuse jus­tice à la brillante or­ches­tra­tion du com­po­si­teur – qui, on le sait, est éga­le­ment son fon­da­teur. Mais c’est aus­si que le pas­sion­né, tré­pi­dant, mais im­pec­ca­ble­ment pré­cis An­drés Oroz­coEs­tra­da, chef co­lom­bien for­mé à Vienne, fait briller l’oeuvre de tous ses feux. Avec ce qui don­ne­rait un en­re­gis­tre­ment d’ex­cel­lence, Il tem­pla­rio d’ot­to Ni­co­lai, bien loin d’être une simple cu­rio­si­té, est ain­si re­ve­nu au pre­mier rang. On at­tend de voir main­te­nant une pro­duc­tion de qua­li­té égale à cette éblouis­sante ver­sion concer­tante.

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