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OPERA MAGAZINE - - GUIDE -

su­per­be­ment contrô­lée et épa­nouie (ce n’était pas tou­jours le cas dans ses pré­cé­dents en­re­gis­tre­ments), on sou­li­gne­ra l’ad­mi­rable ca­pa­ci­té de l’ar­tiste à em­poi­gner le texte pour y dé­ployer ses res­sources ex­pres­sives (ad­mi­rable « Agi­ta­to da tem­peste » de Graup­ner). Dans cette op­tique, le tra­vail or­ches­tral (la fu­sion, de­vrait-on dire) opé­ré par Gio­van­ni An­to­ni­ni tient du pro­dige. Tour à tour tran­chants, élec­triques, sen­suels et arach­néens, les vingt ins­tru­men­tistes d’il Giar­di­no Ar­mo­ni­co épousent les courbes de la mu­sique avec une ri­chesse so­nore qui laisse pan­tois. Une so­lide col­la­bo­ra­tion ar­tis­tique, au­tour d’un vrai et beau pro­jet. Ré­jouis­sant ! avec John Adams, Brad Mehl­dau (avec le­quel elle avait au­pa­ra­vant en­re­gis­tré l’al­bum Love Songs, chez le même édi­teur) avec Sting et Björk... Vaste et in­tel­li­gent pro­jet, donc, que la mez­zo sué­doise dé­fend avec l’ex­cellent qua­tuor Brook­lyn Ri­der. Cet uni­vers si par­ti­cu­lier, et qu’on aime parce qu’il abo­lit les bar­rières, sol­li­cite la lit­té­ra­ture : Cant voi l’aube de Ca­ro­line Shaw est fon­dé sur le poème d’un trou­vère ano­nyme du XIIE siècle, et For Six­ty Cents de Co­lin Ja­cob­sen est ins­pi­ré par la ro­man­cière Ly­dia Da­vis – ces deux par­ti­tions ont été spé­cia­le­ment com­po­sées pour l’oc­ca­sion. Quant à So Ma­ny Things, qui donne son titre au disque, c’est une longue pièce de Ni­co Muh­ly en­ser­rant un écrit de Joyce Ca­rol Oates entre deux frag­ments de Cons­tan­tin C a v a f y, tra­duits par Da­niel Men­del­sohn. Dans le tis­su ins­tru­men­tal aux so­no­ri­tés af­fû­tées que lui offrent les membres de Brook­lyn Ri­der, la voix d’anne So­fie von Ot­ter s’in­sère ai­sé­ment, et si le timbre a dé­sor­mais per­du une par­tie de son moel­leux et de sa plé­ni­tude, il n’en conserve pas moins des re­flets mor­do­rés sé­dui­sants et des cou­leurs graves émou­vantes. Quant à l’art de la di­seuse, il n’est plus à van­ter. « » de John Adams est ti­ré de son opé­ra Doc­tor

et les ly­rics sont de Pe­ter Sel­lars. À son ly­risme lar­ge­ment dé­ployé ré­pondent ce­lui, plus in­ci­sif, de Kate Bush ( Pi), por­trait d’un ob­sé­dé des nombres, et ce­lui, très épu­ré et poi­gnant, de Ca­ro­line Shaw. Björk ( Hun­ter) joue sur la ten­sion dra­ma­tique, Brad Mehl­dau ( Love Su­blime) sur le sen­ti­ment, Ru­fus Wain­wright ( Les Feux d’ar­ti­fice t’ap­pellent) sur la sim­pli­ci­té et un ac­com­pa­gne­ment ryth­mique ef­fi­cace de basse obs­ti­née. Un disque cou­ra­geux, qui ne livre ses secrets que si on l’écoute at­ten­ti­ve­ment. Mais faut-il croire l’in­ter­prète lors­qu’elle af­firme que ces pages touchent da­van­tage la sen­si­bi­li­té que l’in­tel­lect ?

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