GUIDE dvd

OPERA MAGAZINE - - GUIDE -

ti­ve­ment à Rome et à Ve­nise. Dans les deux cas, le triomphe est au ren­dez-vous, les deux com­po­si­teurs dis­po­sant, il est vrai, de dis­tri­bu­tions su­per­la­tives. Le per­son­nage prin­ci­pal, Ar­bace, est ain­si confié à deux cas­trats de lé­gende : Ca­res­ti­ni à Rome et Fa­ri­nel­li à Ve­nise. S’agis­sant d’em­plois d’une telle dif­fi­cul­té, on ne s’éton­ne­ra pas de re­trou­ver, dans l’ar­ta­serse de Hasse, Fran­co Fa­gio­li, dé­jà Ar­bace dans ce­lui de Vin­ci, chez Vir­gin/era­to. Comme sou­vent avec le contre-té­nor ar­gen­tin, on ai­me­rait lui voir un vi­sage moins gri­ma­çant et en­tendre une dic­tion plus claire, mais la per­for­mance vo­cale s’avère, une fois en­core, phé­no­mé­nale : notes te­nues, sauts d’in­ter­valles, vo­ca­lises, jeux de re­gistres, rien n’ar­rête ce vir­tuose d’ex­cep­tion, chez le­quel la prise de risque est per­ma­nente. En Ar­ta­serse, le té­nor Ani­cio Zor­zi Gius­ti­nia­ni tend à for­cer, mais le reste de la dis­tri­bu­tion est de très bon ni­veau, Cor­ra­do Ro­va­ris et l’en­semble ba­roque de l’or­ches­tra In­ter­na­zio­nale d’ita­lia consti­tuant des ac­com­pa­gna­teurs ef­fi­caces et dy­na­miques. En fait, c’est du cô­té vi­suel que la sa­tis­fac­tion est moindre. L’ac­tion est trans­po­sée, sans sur­prise, dans un XXE siècle as­sez in­dé­fi­ni, avec ce qu’il faut d’uni­formes mi­li­taires, cas­quettes et bottes de cuir. Les chan­teurs errent, comme per­dus, sur un pla­teau seule­ment ha­billé de grands pans de mur do­rés et dé­cré­pits, de quelques marches d’es­ca­lier et d’élé­ments cou­lis­sants va­riant un peu les es­paces. Du coup, leur vif in­ves­tis­se­ment dra­ma­tique les conduit ré­gu­liè­re­ment à sur­jouer. Au bi­lan, cette pro­duc­tion n’ap­porte pas grand-chose à notre dé­cou­verte de l’ar­ta­serse de Hasse, d’au­tant qu’elle sup­porte as­sez mal la cap­ta­tion vi­déo. À l’in­té­rieur d’une même scène, l’oeil du spec­ta­teur passe ain­si son temps à faire des al­lers­re­tours entre lu­mière et obs­cu­ri­té, en fonc­tion de l’angle des ca­mé­ras. Faut-il s’éton­ner, dès lors, que nous pré­fé­rions à ce DVD tech­ni­que­ment im­par­fait (pas de haute dé­fi­ni­tion, pas de mul­ti­ca­nal), le CD pu­blié pa­ral­lè­le­ment (3 CD Dy­na­mic CDS

&&&&), qui a sa place dans 7715/1-3, la dis­co­thèque de tout mé­lo­mane in­té­res­sé par ce ré­per­toire ? Es­pé­rons main­te­nant que l’ar­ta­serse de Hasse, à l’ins­tar de ce­lui de Vin­ci, au­ra un jour les hon­neurs d’un bon en­re­gis­tre­ment de stu­dio.

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Dans la salle, le soir du 28 mars 2015, pre­mière de cette nou­velle pro­duc­tion, la ba­guette de Da­niel Ba­ren­boim nous avait don­né la sen­sa­tion, désa­gréa­ble­ment per­sis­tante, de s’abattre sur Par­si­fal telle une chape de plomb ( voir O. M. n° 106 p. 47 de mai). Au point de soup­çon­ner l e di­rec­teur mu­si­cal du Staat­so­per de Ber­lin de cher­cher à éga­ler le re­cord de len­teur éta­bli par Ar­tu­ro Tos­ca­ni­ni à Bay­reuth, en 1931. Pour­tant, il n’en était rien : le « Büh­nen­weih­fest­spiel » dé­passe de peu les quatre heures, du­rée rai­son­nable, en somme. Était-ce l’acous­tique pro­blé­ma­tique du Schil­ler Thea­ter ? N’étions-nous tout sim­ple­ment pas d’hu­meur wag­né­rienne ? Quoi qu’il en soit, la cap­ta­tion, ef­fec­tuée le mois sui­vant, laisse une im­pres­sion au­tre­ment fa­vo­rable, d’équi­libre entre so­len­ni­té et ful­gu- rances dra­ma­tiques, trans­cen­dées par un or­chestre dont la pâte so­nore, sombre et dense, n’em­pêche pas des iri­sa­tions presque ir­réelles. À l’ex­cep­tion de Re­né Pape, dont les mi­cros flattent le Gur­ne­manz ma­jes­tueux, et le le­ga­to de vio­lon­celle, les chan­teurs ont en com­mun un vi­bra­to ample et ir­ré­gu­lier – béant même, et rédhi­bi­toire, chez le Kling­sor vo­ci­fé­rant de To­mas To­mas­son. Prix à payer, peut-être, pour des for­mats au­then­ti­que­ment hé­roïques. An­dreas Scha­ger in­carne un Par­si­fal à la cou­leur as­sez fruste, mais d’un élan, d’une sin­cé­ri­té, qui ba­laient les ré­serves – qu’en se­rait-il si l’image ne confé­rait une telle cré­di­bi­li­té à son ba­rou­deur ado­les­cent ? An­ja Kampe em­brase Kun­dry de son mé­tal ardent, for­gé dans un mé­dium au fré­mis­se­ment en­voû­tant. Et Wolf­gang Koch ras­semble les forces qui res­tent à Am­for­tas pour un troi­sième acte bou­le­ver­sant, ins­cri­vant sa dou­leur dans la chair même d’un timbre man­quant d’abord de concen­tra­tion. In­utile de cher­cher, dans ce DVD, les ré­ponses aux énigmes que po­sait, en di­rect, la lec­ture de Dmi­tri Tcher­nia­kov. Car les in­ten­tions pro­fondes du met­teur en scène, qui scrute le li­vret à la loupe tout en éva­cuant sa di­men­sion chré­tienne, mais pas ri­tuelle, de­meurent as­sez opaques. La com­mu­nau­té en­doc­tri­née, avide de sang, des Che­va­liers du Graal, tels qu’ils sont ici mon­trés, évoque-t-elle le dé­tour­ne­ment des croyances qui me­nace d’anéan­tis­se­ment nos so­cié­tés contem­po­raines, em­bour­bées dans leur lutte contre les fa­na­tismes de tout bord ? Reste une di­rec­tion d’ac­teurs pro­digue en mo­ments de vé­ri­té, par­ti­cu­liè­re­ment dans la confron­ta­tion entre Kun­dry et Par­si­fal, au II.

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