COMPTES REN­DUS À la scène

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus -

d’une vé­gé­ta­tion qui en­va­hit aus­si les cos­tumes des cho­ristes, trône une pomme géante, mi­verte mi-blanche, que l’ar­ri­vée de Dul­ca­ma­ra fe­ra s’ou­vrir pour y prendre ses bou­teilles d’élixir... en forme de pommes ! À cô­té re­pose une Coc­ci­nelle (la voi­ture !), re­cou­verte elle aus­si de vé­gé­ta­tion, à la­quelle ré­pondent de mul­tiples coc­ci­nelles (les in­sectes !), dis­po­sées un peu par­tout dans le dé­cor. À ces pe­tites taches rouges font écho la robe fuch­sia d’adi­na et un tas d’es­car­pins, sur un pla­teau par ailleurs do­mi­né es­sen­tiel­le­ment par le vert, avec un peu de blanc. On le voit, cette fan­tai­sie tri­co­lore, en plus d’être un clin d’oeil au dra­peau ita­lien, im­pose un uni­vers es­thé­tique aus­si fort et co­hé­rent que mys­té­rieux. Son ins­pi­ra­tion sur­réa­liste, comme ses mul­tiples sym­boles, sti­mulent l’ima­gi­na­tion du spec­ta­teur et donnent des al­lures de conte de fées à une his­toire as­sez ba­nale, lue ici comme une nos­tal­gie du pa­ra­dis per­du. Ain­si la pomme géante ren­voie- t- elle à la pomme d’or of­ferte par Pâ­ris à Vé­nus sur le mont Ida, évo­quée par Bel­core à son en­trée (« Come Pa­ride vez­zo­so »), mais aus­si au fruit dé­fen­du du jar­din d’éden. On ad­mire en­core l’in­ven­ti­vi­té des dé­cors et des cos­tumes, ain­si que la vir­tuo­si­té et l’hu­mour d’une mise en scène ca­pable de mon­ter, en un clin d’oeil, de vé­ri­tables say­nètes. La dé­mons­tra­tion des ver­tus de l’élixir de­vient ain­si un tour de ma­gie, trans­for­mant une vieille femme en pou­pée sexy, et un prêtre âgé en jeune bo­dy­buil­dé bar­dé de cuir. D’une bat­tue nette et ferme, prompte à rat­tra­per telle ou telle amorce de dé­ca­lage, Ju­lia Jones sait évi­ter l’écueil du clin­quant et main­tient un bon équi­libre fosse/pla­teau. Pour au­tant, le son de l’or­chestre Sym­pho­nique de Mul­house – voire des Choeurs de l’opé­ra Na­tio­nal du Rhin – reste un peu gé­né­rique, man­quant de svel­tesse et de nerf, et les mo­ments d’ef­fu­sion ly­rique n’ap­portent pas toute la poé­sie qu’on pour­rait at­tendre. Plé­bis­ci­té aux sa­luts, Is­mael Jor­di – dont les dé­buts in­ter­na­tio­naux avaient eu lieu ici même, en Er­nes­to dans Don Pas­quale, en jan- vier 2003 – est un Ne­mo­ri­no en cu­lottes courtes fort sym­pa­thique, au timbre sé­dui­sant et plu­tôt bien chan­tant. On re­grette, mal­gré tout, que sa ro­mance « Una fur­ti­va la­gri­ma » n’émeuve pas au­tant qu’elle le de­vrait, faute d’in­té­rio­ri­té et de vé­ri­tables de­mi-teintes. Sans doute la fré­quen­ta­tion d’em­plois plus lourds, comme Ed­gar­do dans Lu­cia di Lam­mer­moor, rend-elle son adé­qua­tion au rôle moins évi­dente qu’au­tre­fois. An­non­cé souf­frant, Fran­co Pom­po­ni se montre pour­tant en bonne voix, pour un Bel­core d’une suf­fi­sance plus vraie que na­ture. En­zo Ca­pua­no ra­chète, par un brillant sa­voir-faire scé­nique, ce que son Dul­ca­ma­ra peut avoir de pâle et de gris. Hanne Roos est une jo­lie Gian­net­ta, au timbre un peu fluet. Da­nielle de Niese, en­fin, ne ma­ni­feste pas ici cette pré­sence phy­sique ra­va­geuse qui, d’or­di­naire, lui per­met de com­pen­ser ce que sa voix peut avoir de fra­gile et d’ir­ré­gu­lier. Du coup, son Adi­na la­bo­rieuse peine à exis­ter, avec un ins­tru­ment ayant, de sur­croît, per­du en fraî­cheur et en fa­ci­li­té. Le mé­dium est pâ­teux, l’ai­gu pré­cau­tion­neux, et la so­pra­no prend soin d’évi­ter tout sur­ai­gu. Dom­mage !

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