GUIDE 80 Cd 82 dvd 84 agen­da Coup de coeur Ein­stein en­fin !

L’in­té­grale des ré­ci­tals 78 tours d’eli­sa­beth Sch­warz­kopf. Al­ci­na et Ta­mer­la­no unis par Pierre Au­di à la Mon­naie de Bruxelles. Le ca­len­drier des prin­ci­paux fes­ti­vals et scènes ly­riques jus­qu’au 28 fé­vrier. Qua­rante ans après sa créa­tion, le chef- d’oeuvre

OPERA MAGAZINE - - Guide -

1976. Le Fes­ti­val d’avi­gnon affiche la créa­tion mon­diale d’ein­stein on the Beach. Une re­prise a lieu Salle Fa­vart, un peu plus tard, au cours d’une tour­née, une autre tour­née pas­sant par Bo­bi­gny, en 1992. À cette date, l’ou­vrage est de­ve­nu my­thique, vi­vant dans le sou­ve­nir de ceux qui l’ont vu et grâce à deux en­re­gis­tre­ments, ces der­niers quelque peu écour­tés. Car l’opé­ra dure quatre heures et de­mie... Quelle n’est pas la sur­prise des mé­lo­manes quand, en mars 2012, les créa­teurs, Phi­lip Glass, Ro­bert Wil­son et Lu­cin­da Childs re­mettent sur le mé­tier, pour la der­nière fois, cette pro­duc­tion lé­gen­daire, dont la tour­née fait cette fois es­cale à Mont­pel­lier ( voir O. M. n° 73 p. 41 de mai 2012) ! Le suc­cès est à la taille de l’évé­ne­ment, mais nom­breux sont les dé­çus et les frus­trés, en par­ti­cu­lier à Paris, qui ne peuvent y as­sis­ter. Jean-luc Cho­plin, ami per­son­nel de Wil­son, se bat donc comme un diable pour que le spec­tacle vienne au Châ­te­let, en jan­vier 2014. Mieux : il réus­sit à convaincre ses au­teurs de le lais­ser fil­mer. Ré­sul­tat : ces deux DVD. Qu’on ne s’y mé­prenne pas : Ein­stein on the Beach n’a rien d’un opé­ra au sens clas­sique du terme. Ses quatre actes sont consti­tués d’une suite de sé­quences sé­pa­rées par des in­ter­ludes, sans vo­lon­té de nar­ra­tion li­néaire – juste des rap­pels d’élé­ments consti­tu­tifs de la vie et de la pen­sée du sa­vant, les chiffres, la science et ses dé­rives jus­qu’à l’arme nu­cléaire. Mais comment iso­ler un seul as­pect du spec­tacle alors qu’il faut ap­pré­hen­der cette créa­tion comme elle a été conçue, donc comme un tout dont les par­ties sont dif­fi­ci­le­ment sé­pa­rables ? Les textes par­lés de Sa­muel M. John­son, Lu­cin­da Childs et Ch­ris­to­pher Knowles, la par­ti­tion et les ly­rics de Phi­lip Glass, la mise en scène, les dé­cors et les lu­mières de Ro­bert Wil­son, la cho­ré­gra­phie de Lu­cin­da Childs, les cos­tumes de Car­los So­to, au­cune com­po­sante de ce gi­gan­tesque poème mu­si­co-dra­ma­tique n’a de sens sans les autres. De là vient la fas­ci­na­tion vi­suelle et au­di­tive éprou­vée – Ri­chard Mar­tet, dans son compte ren­du des re­pré­sen­ta­tions mont­pel­lié­raines, avait bien rai­son de par­ler d’« ef­fet lit­té­ra­le­ment hyp­no­tique ». Voi­là qui re­met bien des choses en ordre, et en par­ti­cu­lier l’image de Phi­lip Glass en France, com­po­si­teur re­gar­dé de haut par les te­nants d’une mu­sique contem­po­raine pure et dure. Deux ques­tions se po­saient, tou­te­fois : comment le pas­sage à l’image s’ef­fec­tue­rait-il ? Et comment les spec­ta­teurs, qui ne de­meu­re­raient sû­re­ment pas quatre heures face à leur écran, ré­agi­raient-ils ? Ré­ponse po­si­tive dans les deux cas. Le tra­vail sur l’image de Don Kent est épous­tou­flant, la va­rié­té des plans, des plus larges aux plus rap­pro­chés, ne laisse rien igno­rer de l’es­pace scé­nique et per­met d’ap­pré­cier le ta­lent des chan­teurs-dan­seurs-ac­teurs (les cinq prin­ci­paux sont ab­so­lu­ment fa­bu­leux). Compte te­nu de la lon­gueur de l’ou­vrage, Wil­son avait lais­sé au pu­blic la pos­si­bi­li­té d’en­trer et de sor­tir de la salle à vo­lon­té ; chez soi, le pro­blème se ré­sout de lui-même. Pas d’hé­si­ta­tion, donc : cette pu­bli­ca­tion est à mar­quer d’une pierre blanche. Ein­stein on the Beach marque une date dans l’his­toire du théâtre mu­si­cal ; un OV­NI aus­si mer­veilleux, on n’est pas près d’en voir un autre !

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Le suc­cès est chose éphé­mère, y com­pris à l’opé­ra. Dès sa créa­tion en 1832, de LouisFer­di­nand Hé­rold ob­tint les fa­veurs du pu­blic. L’opé­ra-co­mique l’af­fi­cha fré­quem­ment jus­qu’en 1949 – le 16 mars eut lieu la 1 605e re­prise ! –, avant un long si­lence rom­pu seule­ment par la nou­velle pro­duc­tion de mars 2015, mise en scène par Éric Ruf ( voir O. M. n° 106 p. 67 de mai). Pour­quoi ce long pur­ga­toire ? Pour les mêmes rai­sons, sans doute, que celles ayant conduit à l’ab­sence de la ma­jeure par­tie du ré­per­toire de la Salle Fa­vart : chan­ge­ment de la mode et des goûts du pu­blic, au pro­fit de mu­siques plus « mo­dernes » ; aban­don du genre en tant que di­ver­tis­se­ment fa­mi­lial ; dis­pa­ri­tion d’une culture en par­tie fon­dée sur la trans­mis­sion. Fort heu­reu­se­ment, la roue tourne.

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